(Précision: je ne suis absolument pas croyant en quelque religion que ce soit. Même si je suis un fervent partisan de la Sainte Flanelle, j'ai parié il y a deux semaines avec un collègue que la troupe de Claude Julien ne serait pas des séries éliminatoires. On peut donc me décrire comme étant plus un individu lucide que naïf.)
Dans une récente déclaration, le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, décrit le projet de loi 21 comme étant «pragmatique et applicable». Pour ma part, il m'apparait polarisant et incohérent. Et voici pourquoi.
La polarisation des points de vue
Ce projet de loi est-il bien nécessaire en éducation? Si on s'intéresse à cette question en se basant sur des valeurs et des principes personnels et généraux (laïcité, valeurs québécoises, etc.), on pourrait toujours répondre que oui. Mais si on se base davantage sur des constats pratiques, la réponse est davantage non. Pourquoi?
La première raison est que le nombre d'enseignants portant des signes religieux serait relativement faible. On est très loin d'une obscure mouvance religieuse menaçant l'intégrité psychologique des élèves dans les écoles publiques. Si on voulait véritablement contrer les «dangers» que peuvent représenter certaines religions sur les jeunes, on devrait davantage s'attarder aux écoles illégales et au financement des écoles privées offrant un projet éducatif à valeur religieuse. Sur ce point, le présent gouvernement se trompe manifestement de cible et on peut même se demander comment il continue à financer certains établissements scolaires! On nage ici dans la dissonance cognitive la plus évidente.
La deuxième raison qui me pousse à me questionner sur la nécessité de ce projet de loi est qu'on n'a aucune indication d'une influence réelle du port de signe religieux sur les élèves.
Avant tout, il faut savoir qu'une telle loi ne ferait rien de plus pour empêcher des cas de «prosélytisme actif». Soulignons également qu'il existe déjà la possibilité d'appliquer des mesures disciplinaires quant aux enseignants dont le comportement aurait manqué de professionnalisme. Dans les faits, on ne relève aucun cas documenté de «prosélytisme actif» provenant d'enseignant portant des signes religieux dans une école publique. Le seul cas de comportement douteux dont j'ai eu personnellement connaissance dans une école était relié à un intervenant scolaire de religion catholique qui portait une chainette avec une discrète petite croix au cou. Ses conseils religieux à une jeune fille venue lui parler d'avortement étaient pour le moins déplacés. Au contraire, j'ai davantage connu des individus portant des signes religieux et à qui on demandait d'en parler afin de mieux comprendre leurs motivations personnelles. Je pense aussi à cette collègue voilée dont la fille était une de mes élèves qui n'avait aucunement l'intention de porter le hijab, contrairement à sa mère. Il s'agit d'exemples anecdotiques, me dira-t-on, mais telle est la réalité que j'ai vécue.
Reste la question de l'influence de ce que j'appelle le «prosélytisme passif», c'est-à-dire la possibilité qu'un élève en vienne à adopter des valeurs religieuses semblables à celles de son enseignant portant des signes qui sont au coeur du débat actuel. J'ai beaucoup de difficulté à adhérer à un pareil argument pour lequel on retrouve peu - soyons à la mode - de données probantes. Et je souris toujours quand certains commentateurs présentent les enseignants comme étant des modèles d'autorité alors que ce sont les mêmes qui dénoncent le manque de discipline qu'ils exercent dans leur classe. Si d'aventure on souscrit néanmoins à cette thèse, il faudrait alors être conséquent et couper immédiatement les subventions de toutes les écoles religieuses privées de la province, ce que la CAQ ne fera pas. Au contraire, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, défend celles-ci alors que les jeunes ne partagent peut-être pas le choix de leurs parents de les y envoyer.
Bref, je ne suis pas convaincu que le Québec soit devant une situation pressante et urgente qui nécessite la suspension d'une liberté fondamentale et je m'interroge à savoir si l'actuel projet de loi ne va pas plutôt braquer les esprits dans un débat démagogique qui renforcera les antagonismes.
Un projet de loi incohérent
Le projet de loi 21 corrige certaines incohérences récentes véhiculées par les ténors de la CAQ, notamment lorsqu'on indiquait que les membres de la direction d'une école étaient libres de porter ou non un signe religieux. Pensons aux propos de la ministre de la Sécurité publique et vice première-ministre du Québec, Mme Guilbault, qui affirmait qu'un enseignant contrevenant pourrait être déplacé à un tel poste. Mais voilà, soudainement, le monde de l'éducation se révèle bien plus complexe que certains semblaient le comprendre.
Une des failles de ce projet de loi est évidemment qu'il ne vise pas tous les intervenants scolaires du réseau public avec lesquels les élèves seront en contact. Soyons au minimum logique! La présence d'une clause d'antériorité permettant à certains enseignants de porter des signes religieux est en elle-même une contradiction flagrante des principes qu'on entend défendre. Mais en plus d'individus bénéficiant de cette clause, un élève pourrait être sous la responsabilité d'une surveillante, d'un psychologue ou d'une technicienne en éducation spécialisée (une TES) portant un signe religieux. Comment, au nom de la laïcité et de la «protection» de la jeunesse, peut-on interdire le port de tels signes aux enseignants et le laisser à tous les autres membres du personnel d'une école? Ainsi, au cours d'une même journée, un jeune pourrait avoir un enseignant portant la kippa à la première période, rencontrer une TES voilée à la deuxième, être apostrophé par un surveillant portant le kirpan à l'heure du diner, se retrouver avec un enseignant et un orthopédagogue portant la croix dans la même classe à la troisième pour finalement être assis devant un suppléant à qui on interdit de porter un signe religieux à la quatrième. Et dans les écoles alternatives, il pourra même côtoyer des parents portant un signe religieux et qui font du co-enseignement avec un prof!
On réalise encore plus à quel point nos dirigeants ne comprennent pas tout le fatras qu'ils sont en train de créer quand on analyse, par exemple, certains propos du premier ministre, François Legault. Appelé à expliquer pourquoi un même enfant devrait avoir une enseignante non voilée durant la classe tout en étant sous la supervision d'une éducatrice du service de garde voilée après les heures d'école, le député de L'Assomption a indiqué que le service de garde était facultatif, contrairement au service offert par l'enseignante. Pourtant, le surveillant, la psychologue, la technicienne en éducation spécialisée et l'orthopédagogue d'une école que j'ai précédemment mentionnés ne sont pas des services facultatifs et pourront continuer à porter un signe religieux.
Ce n'est pas la première fois, en passant, qu'un représentant important de la CAQ y va d'une réponse improvisée de la sorte. À quoi peut-on s'attendre d'un gouvernement qui propose d'interdire tout signe «de caractère visible ou non» et qui tente de se montrer rassurant en indiquant qu'il n'y aura pas de fouille à nu? Comment interdire l'invisibilité? Il est embêtant aussi de constater qu'il s'agit parfois de maladresses provenant soit du premier ministre et ancien ministre de l'Éducation, soit de la vice première-ministre, soit du ministre de l'Éducation actuel. Le dernier cas en lice: le bureau du ministre Jolin-Barrette qui a indiqué que les stagiaires en enseignement ne pourront pas porter de signes religieux. Ils ne sont pourtant pas des employés de l'État visés par ce projet de loi. Oups. De plus, qu'arrivera-t-il s'ils veulent effectuer un stage dans une école privée?
Et puisqu'on parle d'écoles privées, comment l'État qui les subventionne jusqu'à 70% peut-il les soustraire à cette loi? Est-on en train de verser dans la laïcité à deux et même à trois vitesses? Donne-t-on une fois de plus des privilèges aux plus nantis? Une partie de la réponse se trouve-t-elle dans le fait qu'il s'agit surtout d'écoles catholiques?
On comprend, à la lumière de cette analyse rapide et incomplète, que le gouvernement de la CAQ vient de créer davantage de problèmes que d'en résoudre. Comment fera-t-on maintenant pour identifier les employés qui auront le droit ou non de porter un signe religieux? Utilisera-t-on un signe visible ou invisible?
30 mars 2019
11 mars 2019
Et si on réinventait l'école? Un livre de contes pour adultes
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Quand
Jean-François Roberge a écrit «Et si on réinventait l’école?», il était déjà prévisible
qu’il serait ministre de l’Éducation, un poste qu’il espérait de toutes ses
forces. Il ne peut avoir l’excuse d’avoir été surpris de sa nomination par
François Legault ou de ne pas avoir pensé qu’un jour, ses écrits seraient lus
ou relus par différents analystes.
Je
me suis donc attelé à cet exercice de lire cet ouvrage qu’il a publié en
octobre 2016, ouvrage que mentionnent parfois certains chroniqueurs pour asseoir
la crédibilité de cet homme à la tête de l’éducation au Québec mais dont on
peut douter qu’ils l’aient vraiment lu.
Avant-propos
«Pourquoi
réinventer l’école?», se demande JF Roberge. Ses réponses sont simples :
-
Le
Québec peut faire mieux. Il faut avoir de l’ambition.
-
Le
Québec est une société vieillissante où chaque jeune est important.
-
L’éducation
est la meilleure solution contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
-
Il
faut un réseau scolaire performant pour relancer l’économie.
-
Une
situation alarmante en ce qui a trait aux faibles taux de littératie, de
diplomation scolaire et de rétention des jeunes enseignants
Le ministre conclut son avant-propos en
affirmant : «[…] comme l’a si bien dit Albert Einstein «La folie consiste
à refaire sans cesse la même chose, mais en espérant un résultat différent». 11
Seul petit problème si on se base sur un
article de Normand Baillargeon : le mot n’est pas d’Einstein mais de la
scénariste et romancière états-unienne Rita Mae Brown, dans Sudden Death
(1983).
Et ce
premier petit impair illustre bien le défaut général de cet ouvrage : il
s’agit d’un condensé de lieux communs, de clichés et d’anecdotes personnelles
sans toujours de cohérence et de références crédibles pour appuyer un propos
qu’auraient pu tenir bien des enseignant ayant le même nombre d’années
d’expérience du réseau scolaire québécois. Si M. Roberge soulève parfois les
dérives de notre système d’éducation, les solutions qu’il préconise demeurent
floues, évasives, naïves, approximatives tellement elles versent dans la
candeur. Pis encore, comme si ce livre éparpillé avait subi un travail
d’éditeur douteux, on se demande quels liens ont certains chapitres avec le
titre de celui-ci. Qu’ont à voir avec l’école québécoise, par exemple, les
propos du ministre sur la pertinence de nommer des jeunes à des conseils
d’administration de sociétés d’État?
Il m’a
fallu m’y prendre à deux reprises pour terminer la lecture de l’épitre de notre
actuel ministre. Deux reprises pour constater que je perdrais mon temps à en
analyser le contenu. Est demeuré un premier jet recensant quatre chapitres. J’ai
préféré m’arrêter là.
Chapitre 1 – Le pouvoir
d’inspirer
La réalité de la scolarisation de
M. Roberge semble très différente du Québécois ordinaire. Il décrit ainsi des enseignants
qui l’ont marqué, entre autres un prof qui restait après la classe et dont la
porte de son bureau individuel – une rareté dans une école publique - n’était
jamais fermée ou un autre qui invitait ses élèves à son chalet la fin de
semaine.
Il s’intéresse ensuite aux
qualités que devrait posséder un bon enseignant. Pour lui, il existe un trop
grand nombre de candidats qui choisissent cette profession pour de mauvaises
raisons, soit parce qu’ils ont été refusés dans d’autres programmes soit qu’ils
veulent profiter de deux mois de vacances l’été.
Mais sur quoi se base le ministre
pour appuyer une telle affirmation? Qu’est-ce qu’«un grand nombre»? Et ce
propos n’entre-t-il pas en contradiction avec tout l’intérêt qu’il accorde aux
pages 11 et 19 aux jeunes enseignants qui quittent après cinq ans, décrivant
ces départs comme une «véritable hémorragie»? S’ils sont là pour de mauvaises
raisons, ne n’est-il pas mieux qu’ils quittent la profession, non?
Chapitre 2 – Pour en
finir avec la médiocrité
Pour
Jean-François Roberge, le nivellement par le bas encourage la médiocrité.
Ainsi, pour éviter de décourager les élèves plus faibles, des enseignants ont
«pris l’habitude de remonter artificiellement les notes de toute la classe», ce
qui démotive également les élèves plus doués. 23 Certains parents, qui
reprochent aux enseignants d’être trop sévères et de donner trop de devoirs,
sont aussi complices de cette médiocrité.
Pour M. Roberge, les enseignants et les directeurs d’école ont le
«devoir de résistance». Il cite le professionnalisme d’une enseignante qu’il a
connue lors de son dernier stage universitaire et dont l’approche était fondée
sur une base scientifique. Sa rigueur exemplaire faisait que «Si un élève
méritait 59%, elle ne lui donnait pas 60%.» 23
Et
pour montrer à quel point le nivellement par le bas est remis en question, le
député de Chambly cite… Grégory Charles. Je n’ai rien contre cet artiste
émérite dont l’expérience de vie est fort éclairante (élève doué, il a arrêté
ses études après la cinquième secondaire), mais n’y aurait-il pas eu un expert
plus pertinent sur cette question?
Encore
une fois, nous sommes devant une analyse réductrice et incomplète. Le ministre
semble oublier que ce sont souvent – pour ne pas dire presque toujours - des
enseignants qui luttent contre le nivellement par le bas devant les demandes
des directions d’école, des commissions scolaires et du ministère qui veulent
de plus beaux pourcentages de réussite à inscrire dans leurs rapports
annuels.
Et
que dire de sa solution à ce problème : des examens ministériels uniques à
chaque cycle du primaire et à chaque année du secondaire en ce qui a trait aux
matières de base (anglais, français, mathématiques, sciences et histoire). Passons
sur le fait que le ministre – qui a été enseignant pendant 17 ans - ne sache
pas que le cours d’histoire est devenu celui d’univers social. Ces examens
seraient conçus uniquement par des enseignants en exercice (les mêmes qui
encouragent le nivellement par la bas?) et corrigés par des enseignants d’une
autre école de celle où sont inscrits les élèves pour éviter toute «tentation
de tricher» car, on l’a compris, le problème, ce sont les profs. 27
Le
ministre fait ici encore une fois la preuve de sa méconnaissance de la réalité
scolaire en écrivant : «Il n’y aurait aucune surcharge pour les
enseignants, puisque le travail de correction serait de même nature qu’à
l’accoutumée.» 27 Or, il est facile d’estimer qu’il y aura surcharge pour
l’enseignant qui recevra plus de copies à corriger qu’il a d’élèves dans ses
classes. Et surtout, comment ce système complexe va-t-il fonctionner? Va-t-on
mettre sur pied un gros «Tinder scolaire» pour arrimer enseignants et copies à
corriger? M. Roberge a-t-il idée de la
complexité de la logistique à mettre en place pour ces cinq examens
ministériels chaque année quand on sait qu’il y a près de 900 000 élèves
du primaire et du secondaire au Québec?
Chapitre 3 – Un
capitaine à la barre
M.
Roberge a compris, dès sa première année en enseignement, que les écoles du
Québec n’étaient que de «simples succursales des commissions scolaires qui leur
imposent un pouvoir bureaucratique étouffant.» 29 On peut sourire quand on sait
qu’il s’agit de la même personne qui a récemment décidé d’imposer deux
récréations à toutes les écoles primaires sans même consulter les enseignants,
les commissions scolaires et… les directions d’école. Surtout quand il écrit: «Nous avons conçu un
système qui privilégie la norme au détriment de la singularité.» 33
Le
ministre actuel entend donc donner davantage de pouvoir aux directions d’école qu’il
compare maladroitement à un «président d’entreprise qui n’aurait pas de voix au
conseil d’administration de son entreprise.» À ce que je sache, une école n’est pas la
propriété d’un directeur. Celle-ci lui est confiée. 32
De
plus, le député de Chambly, appartenant à la CAQ, transformerait les
commissions scolaires en centres régionaux de services à la disposition des
écoles. Encore ici, M. Roberge montre une certaine méconnaissance du
fonctionnement scolaire à quelques occasions. Tout d’abord, quand il écrit :
«Les écoles ont besoin d’être épaulées sur le plan administratif tandis que la
répartition des élèves doit se faire dans une perspective régionale.» 35 Mais
comment un centre de services peut-il avoir le pouvoir décisionnel de
déterminer la répartition des élèves? Je vois déjà la foire d’empoigne entre
écoles concurrentes, à moins que ce soit le ministère lui-même qui procéderait
à cette répartition. Combien d’autres arbitrages inter-écoles finiront ainsi dans
les bureaux des sous-ministres? Ensuite,
M. Roberge croit que la transformation des commissions scolaires entrainerait
d’«importantes économies». 35 Très bien, mais sur quelles études se base-t-il
pour arriver à une telle conclusion? L’expérience nous montre tout le contraire
si on pense à la fusion des municipalités, à la fusion des commissions scolaires
et à l’abolition des directions régionales du ministère de l’Éducation.
Par
ailleurs, le ministre Roberge affirme «sans crainte de se tromper» 35 qu’après
avoir discuté avec de nombreux directeurs d’école, la majorité d’entre eux sont
d’accord avec son idée de transformer les commissions scolaires en centres de
services. Ah bon. C’est particulier car, dans mon cas, c’est tout à fait
l’inverse! De nombreux directeurs doivent me mentir car, après tout, ils vivent
sous le règne de l’«omerta», comme prend la peine de l’indiquer le député de
Chambly.
Pour
M. Roberge, les commissions scolaires sont de mauvais gestionnaires. C’est un
peu ironique quand on pense que les membres des directions générales de
celles-ci sont presque toujours composées eux-mêmes d’anciens directeurs
d’écoles, ces fameux «capitaines à la barre». Il cite plutôt en exemple les
écoles privées qui, elles, sont évidemment administrées, et je le cite, par des
«gens responsables», la preuve étant que leurs bâtiments ne manquent pas
d’équipement, n’ont pas de toits qui coulent et ne sont pas gangrénés par la
moisissure. Comme si les habiletés de gestion de leurs dirigeants étaient la raison
de ce fait…
Chapitre 4 – Pour un
ordre professionnel pour les enseignants
Dès
le début de sa carrière, notre ministre était d’avis que les enseignants
devraient être régis par un ordre professionnel. Il explique qu’un ordre
professionnel détermine la formation initiale permettant d’accéder à la
profession (ce qui est déjà prescrit par la Loi sur l’instruction publique),
s’assurer que ses membres suivent une formation continue de qualité et traite
les plaintes provenant du public (ce qui est déjà fait par les directions
d’école et les commissions scolaires).
Il
cite ensuite une anecdote personnelle pour traiter du manque de
professionnalisme des enseignants. Alors qu’il était un élève de troisième
secondaire, il a été confronté à un enseignant ayant manifestement des
problèmes reliés à la consommation d’alcool. Malgré une plainte formelle des
parents du futur ministre, le prof «éméché a continué de sévir sans que la
directeur prenne les mesures nécessaires.» Mais que peut savoir réellement de
cette situation un adolescent de 14 ans à l’époque? N’y a-t-il eu vraiment
aucune mesure de prise? Et si c’est le cas, cela ne montre-t-il pas également
une certaine incompétence ou un désintéressement de la direction, ces fameux
«capitaines»? À la page 41, il estime que les directions, à qui il confierait
davantage de pouvoirs, manquent de formation, de leadership, de temps et de
latitude pour gérer adéquatement leur personnel. Alors, à quand un ordre
professionnel des directions scolaires, on se le demande?
M.
Roberge voit un ordre pour les enseignants comme un chien de garde, un gendarme,
un protecteur de l’élève. Nulle part, il ne semble comprendre la logique première
de ce qui doit guider la création d’un tel organisme : la volonté claire
des membres d’une profession de se doter d’une telle structure. Il ne cite
aucun exemple des ratés entourant l’imposition d’un ordre professionnel à des
enseignants au Canada. En guise d’argument,
il énumère les vertus qu’apporte l’Ordre des infirmières et infirmiers du
Québec : ratio infirmières-patients protégeant les malades, bonne qualité
des soins offerts, heures de travail limitées. Décidément, le ministre n’aurait
pas pu choisir pire exemple, n’est-ce pas, quand on connait la situation des hôpitaux
québécois? Il aurait pu aussi citer les bienfaits du corporatiste Collège des
médecins, de l’incorruptible Ordre des ingénieurs… et j’en passe.
Voilà.
J’ai arrêté ici mon analyse. J’ose espérer que cet exercice incomplet saura
vous indiquer la pertinence du propos de M. Roberge. Pour ma part, relire un tel livre m’a
suffi.
27 février 2019
Réforme du bulletin ou le jour de la marmotte
Cette semaine, avec un hiver qui n'en finit pas, c'est comme si on assistait à une mauvaise reprise du film «Le jour de la marmotte». En effet, le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) a ramené cette lubie chère aux partisans du défunt Renouveau pédagogique d'abolir les moyennes et les pourcentages au bulletin. Heureusement, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, qui a déjà joué comme enseignant dans cette mauvaise production pédagogique au cours de sa carrière, a tôt fait d'inviter les membres de cet auguste comité à retourner dans leur tanière avec leur idée.
Passons sur le mépris que véhicule cette suggestion de ces membres de ce conseil si supérieur à l'égard des enseignants, comme si ces derniers ne savaient pas effectuer des évaluations formatives ou encore des rétroactions significatives afin de permettre aux élèves de mieux se connaitre et de s'améliorer. Passons aussi sur cette culpabilisation implicite à l'effet que l'anxiété chez les jeunes élèves est causée par les formes actuelles d'évaluation, comme si l'école seule était responsable des maux qui affligent l'estime de soi notre jeunesse.
Non, intéressons-nous à l'essentiel. Par leur intervention, ces immortels de la pédagogie québécoise préconisent encore une fois, il ne faut pas s'y tromper, un bulletin qui évacue l'évaluation des connaissances pour privilégier celle des compétences. Or, en français, par exemple, on ne le dira jamais assez, les évaluations actuelles par compétence ne mobilisent pas un ensemble significatif de connaissances. Sinon, comment peut-on expliquer que certains bons élèves de première secondaire (pas des élèves surdoués, je le précise) pourraient aisément réussir, comme de nombreux enseignants en sont convaincus, les épreuves ministérielles de cinquième secondaire sans avoir suivi quatre années complètes de formation? Ils sont déjà, semblent-ils, même à douze ans, assez compétents pour satisfaire les «exigences» ministérielles de la fin du secondaire.
Au lieu de se préoccuper des notes et des bulletins, les membres du CSE devraient davantage s'interroger sur ce qu'apprennent nos jeunes dans les écoles et les exigences qu'on a envers eux. Ainsi, ils pourraient se demander s'il est acceptable que, de la première à la quatrième secondaire, un élève puisse «réussir» un examen d'écriture en effectuant une faute d'orthographe d'usage ou grammaticale par mot? Qu'on ne croit pas qu'il s'agisse d'une exagération ici: la chose est permise, sue et hautement tolérée. Encore une fois, ces élèves aussi en savent assez pour satisfaire les «attentes» des évaluations. Qu'on maquille leur résultat avec un 60%, un D ou un émoticône souriant ne changera rien au mensonge dans lequel on se complait. On veut que nos élèves réussissent, mais que «réussissent»-ils au juste?
Au lieu de fabuler sur un bulletin imaginaire qui favoriserait une réussite illusoire, nos docteurs de l'éducation pourraient-ils unir leur voix à celles des milliers d'intervenants qui déplorent les conditions abominables dans lesquelles nos jeunes vivent et tentent d'apprendre dans nos écoles? D'ailleurs, où étaient-ils, on se le demande, quand le précédent gouvernement libéral coupait allègrement dans les services directs aux élèves? De même, estiment-ils acceptable qu'aujourd'hui, dans une école publique, les élèves n'aient pas avec eux partout et en tout temps une grammaire ou un équivalent numérique? Que pensent-ils de la loi sur la gratuité scolaire du ministre Roberge qui reconduit le principe d'une école à trois vitesses, principe qu'ils avaient pourtant dénoncé?
Voilà autant de sujets, quant à moi, auxquels les membres du Conseil supérieur de l'éducation devraient s'attarder s'ils voulaient faire oeuvre utile. Car, pour l'instant, au bulletin de la pertinence, leur intervention n'atteint définitivement pas les attentes de ceux qui se soucient des élèves.
Passons sur le mépris que véhicule cette suggestion de ces membres de ce conseil si supérieur à l'égard des enseignants, comme si ces derniers ne savaient pas effectuer des évaluations formatives ou encore des rétroactions significatives afin de permettre aux élèves de mieux se connaitre et de s'améliorer. Passons aussi sur cette culpabilisation implicite à l'effet que l'anxiété chez les jeunes élèves est causée par les formes actuelles d'évaluation, comme si l'école seule était responsable des maux qui affligent l'estime de soi notre jeunesse.
Non, intéressons-nous à l'essentiel. Par leur intervention, ces immortels de la pédagogie québécoise préconisent encore une fois, il ne faut pas s'y tromper, un bulletin qui évacue l'évaluation des connaissances pour privilégier celle des compétences. Or, en français, par exemple, on ne le dira jamais assez, les évaluations actuelles par compétence ne mobilisent pas un ensemble significatif de connaissances. Sinon, comment peut-on expliquer que certains bons élèves de première secondaire (pas des élèves surdoués, je le précise) pourraient aisément réussir, comme de nombreux enseignants en sont convaincus, les épreuves ministérielles de cinquième secondaire sans avoir suivi quatre années complètes de formation? Ils sont déjà, semblent-ils, même à douze ans, assez compétents pour satisfaire les «exigences» ministérielles de la fin du secondaire.
Au lieu de se préoccuper des notes et des bulletins, les membres du CSE devraient davantage s'interroger sur ce qu'apprennent nos jeunes dans les écoles et les exigences qu'on a envers eux. Ainsi, ils pourraient se demander s'il est acceptable que, de la première à la quatrième secondaire, un élève puisse «réussir» un examen d'écriture en effectuant une faute d'orthographe d'usage ou grammaticale par mot? Qu'on ne croit pas qu'il s'agisse d'une exagération ici: la chose est permise, sue et hautement tolérée. Encore une fois, ces élèves aussi en savent assez pour satisfaire les «attentes» des évaluations. Qu'on maquille leur résultat avec un 60%, un D ou un émoticône souriant ne changera rien au mensonge dans lequel on se complait. On veut que nos élèves réussissent, mais que «réussissent»-ils au juste?
Au lieu de fabuler sur un bulletin imaginaire qui favoriserait une réussite illusoire, nos docteurs de l'éducation pourraient-ils unir leur voix à celles des milliers d'intervenants qui déplorent les conditions abominables dans lesquelles nos jeunes vivent et tentent d'apprendre dans nos écoles? D'ailleurs, où étaient-ils, on se le demande, quand le précédent gouvernement libéral coupait allègrement dans les services directs aux élèves? De même, estiment-ils acceptable qu'aujourd'hui, dans une école publique, les élèves n'aient pas avec eux partout et en tout temps une grammaire ou un équivalent numérique? Que pensent-ils de la loi sur la gratuité scolaire du ministre Roberge qui reconduit le principe d'une école à trois vitesses, principe qu'ils avaient pourtant dénoncé?
Voilà autant de sujets, quant à moi, auxquels les membres du Conseil supérieur de l'éducation devraient s'attarder s'ils voulaient faire oeuvre utile. Car, pour l'instant, au bulletin de la pertinence, leur intervention n'atteint définitivement pas les attentes de ceux qui se soucient des élèves.
25 février 2019
Comme un mauvais livre
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, était à Tout le monde en parle dimanche, le 24 février dernier. Il est temps, à mon avis, de commencer à suivre de plus près les idées de celui-ci. Certaines de ses récentes déclarations auraient déjà dû alarmer les intervenants intéressés par le monde scolaire. Mais il faut donner la chance au coureur, paraît-il. Sauf qu'en éducation, peut-on être exaspéré de voir que les citoyens soient si peu exigeants et vont de chance en chance jusqu'à devenir cyniques?
Celui dont tant de commentateurs vantent le livre qu'ils n'ont même pas ouvert (je reviendrai peut-être un jour sur cet ouvrage que j'ai lu seulement à moitié tellement il m'a découragé) a alors pu nous faire part de sa pensée sur de nombreux dossiers.
Il est remarquable de voir le ministre nous expliquer que les classes de maternelle quatre ans doivent être offertes à tous, peu importe le milieu socio-économique: «Quelle erreur! [...] Comme si un trouble du spectre de l'autisme, une dysphasie, une dyspraxie, ça dépendait du salaire des parents. Comme si on habitait dans un milieu de la classe moyenne ou un quartier riche, on ne pouvait pas avoir accès à ce service-là.» Ce dernier cite même le rapport Parent pour appuyer sa volonté. On comprend que, pour lui, les maternelles quatre ans doivent être offertes dans des milieux de la classe moyenne et aisée.
Question 1: Comment le ministre peut-il soutenir un pareil raisonnement d'accès aux services pour tous tout en maintenant un système scolaire à trois vitesses dans lequel les parents à faibles revenus, auxquels ils semblent moins s'intéresser, ne peuvent pas envoyer leurs enfants dans des écoles privées pourtant subventionnées par son ministère ou dans des programmes particuliers qui pourront continuer à exiger des frais importants en vertu de sa loi sur la «gratuité» scolaire?
À l'humoriste Laurent Paquin qui demande quels sont les avantages de la maternelle quatre ans, le ministre explique tout d'abord que le jeune pourra ainsi avoir une «continuité de services professionnels». Il vante l'expertise des enseignantes «qui auront un baccalauréat de quatre ans», une façon comme une autre de jeter un doute sur la compétence des intervenantes actuelles en CPE. Il parle également d'une équipe qui sera là pour les épauler par des «orthophonistes, orthopédagogues, psychologues, psycho-éducateurs qui vont le suivre aussi. [...] Le professionnel qui va être là à quatre ans, ben il va être là à cinq ans, six ans, sept ans. Il n'y aura pas de transferts de dossier. Ça va être la même personne qui va accompagner ton jeune.»
Question 2: Dans quel monde vit ce ministre? Tout d'abord, sait-il seulement que l'école québécoise vit une pénurie importante de tous les spécialistes qu'il énumère? Que ceux-ci préfèrent oeuvrer ailleurs que dans le monde scolaire tant leurs conditions de travail y sont mauvaises?
Question 3: Comment le ministre peut-il promettre une telle continuité de services alors qu'il est fréquent que ces professionnels changent d'école pour tenter d'améliorer leur sort? L'exemple que je vais citer est peut-être anecdotique mais je n'ai pas connu un seul élève qui ait eu la même orthopédagogue, psychologue ou psycho-éducatrice durant son cheminement scolaire dans mon école tant les changements de postes y ont été nombreux. On paiera donc des millions pour éviter un seul transfert de dossier entre le CPE et l'école primaire, lieu où l'enfant changera deux ou trois fois de spécialistes en cours de scolarisation.
À partir de là, honnêtement, j'ai décroché. Manque de cohérence dans la pensée et manque de connaissance de la réalité scolaire.
J'avais l'impression de relire un mauvais livre.
Celui dont tant de commentateurs vantent le livre qu'ils n'ont même pas ouvert (je reviendrai peut-être un jour sur cet ouvrage que j'ai lu seulement à moitié tellement il m'a découragé) a alors pu nous faire part de sa pensée sur de nombreux dossiers.
Il est remarquable de voir le ministre nous expliquer que les classes de maternelle quatre ans doivent être offertes à tous, peu importe le milieu socio-économique: «Quelle erreur! [...] Comme si un trouble du spectre de l'autisme, une dysphasie, une dyspraxie, ça dépendait du salaire des parents. Comme si on habitait dans un milieu de la classe moyenne ou un quartier riche, on ne pouvait pas avoir accès à ce service-là.» Ce dernier cite même le rapport Parent pour appuyer sa volonté. On comprend que, pour lui, les maternelles quatre ans doivent être offertes dans des milieux de la classe moyenne et aisée.
Question 1: Comment le ministre peut-il soutenir un pareil raisonnement d'accès aux services pour tous tout en maintenant un système scolaire à trois vitesses dans lequel les parents à faibles revenus, auxquels ils semblent moins s'intéresser, ne peuvent pas envoyer leurs enfants dans des écoles privées pourtant subventionnées par son ministère ou dans des programmes particuliers qui pourront continuer à exiger des frais importants en vertu de sa loi sur la «gratuité» scolaire?
À l'humoriste Laurent Paquin qui demande quels sont les avantages de la maternelle quatre ans, le ministre explique tout d'abord que le jeune pourra ainsi avoir une «continuité de services professionnels». Il vante l'expertise des enseignantes «qui auront un baccalauréat de quatre ans», une façon comme une autre de jeter un doute sur la compétence des intervenantes actuelles en CPE. Il parle également d'une équipe qui sera là pour les épauler par des «orthophonistes, orthopédagogues, psychologues, psycho-éducateurs qui vont le suivre aussi. [...] Le professionnel qui va être là à quatre ans, ben il va être là à cinq ans, six ans, sept ans. Il n'y aura pas de transferts de dossier. Ça va être la même personne qui va accompagner ton jeune.»
Question 2: Dans quel monde vit ce ministre? Tout d'abord, sait-il seulement que l'école québécoise vit une pénurie importante de tous les spécialistes qu'il énumère? Que ceux-ci préfèrent oeuvrer ailleurs que dans le monde scolaire tant leurs conditions de travail y sont mauvaises?
Question 3: Comment le ministre peut-il promettre une telle continuité de services alors qu'il est fréquent que ces professionnels changent d'école pour tenter d'améliorer leur sort? L'exemple que je vais citer est peut-être anecdotique mais je n'ai pas connu un seul élève qui ait eu la même orthopédagogue, psychologue ou psycho-éducatrice durant son cheminement scolaire dans mon école tant les changements de postes y ont été nombreux. On paiera donc des millions pour éviter un seul transfert de dossier entre le CPE et l'école primaire, lieu où l'enfant changera deux ou trois fois de spécialistes en cours de scolarisation.
À partir de là, honnêtement, j'ai décroché. Manque de cohérence dans la pensée et manque de connaissance de la réalité scolaire.
J'avais l'impression de relire un mauvais livre.
12 février 2019
Un ministre de l'Éducation doit-il connaitre la Loi sur l'instruction publique?
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, annonçait aujourd'hui que le gouvernement de la CAQ allait obliger chaque école primaire à donner deux périodes de récréation de vingt minutes par jour aux élèves. Passons sur le fait qu'on verse ici dans la micro-gestion, ce qui peut sembler paradoxal pour un parti qui entend attribuer plus de pouvoirs aux écoles et aux directions d'école.
Là où le bât blesse vraiment, c'est lorsque l'ancien enseignant de 17 années d'expérience au primaire déclare: « Il faut instaurer des minimums. Pour les matières scolaires, il y a du temps prescrit. En mathématiques, par exemple, il y a un certain nombre d'heures par semaine. Je pense qu'il faut faire la même chose pour les récréations.»
Si on connait bien la Loi sur l'instruction publique (LIP), on s'aperçoit que cette affirmation est erronée, au primaire comme au premier cycle du secondaire.
(...)
SECTION VI
«Prescrit» est synonyme d«'obligatoire». «Indicatif» est plutôt synonyme de «suggéré». Là encore, il est paradoxal de constater que le temps attribué aux récréations sera clairement déterminé par Québec comme s'il s'agissait d'une question primordiale alors que le temps consacré à l'enseignement des matières de base comme le français, par exemple, peut varier d'une école à l'autre, d'un programme à l'autre. Peut-être le ministre ignore-t-il qu'il s'agit là d'une revendication de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF) depuis des années?
Je suis convaincu que le député de Chambly n'a pas voulu induire la population en erreur. Simplement, il ne semble pas bien connaitre encore la loi régissant le régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire.
Là où le bât blesse vraiment, c'est lorsque l'ancien enseignant de 17 années d'expérience au primaire déclare: « Il faut instaurer des minimums. Pour les matières scolaires, il y a du temps prescrit. En mathématiques, par exemple, il y a un certain nombre d'heures par semaine. Je pense qu'il faut faire la même chose pour les récréations.»
Si on connait bien la Loi sur l'instruction publique (LIP), on s'aperçoit que cette affirmation est erronée, au primaire comme au premier cycle du secondaire.
chapitre I-13.3, r. 8
Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire
Loi sur l’instruction publique
(chapitre I-13.3, a. 447).
CHAPITRE II
CADRE GÉNÉRAL D’ORGANISATION DES SERVICES ÉDUCATIFS
SECTION VI
RÉPARTITION DES MATIÈRES
22. À l’enseignement primaire, les matières obligatoires enseignées chaque année et le nombre d’heures par semaine, prévu à titre indicatif pour ces matières, sont les suivants: (...)
23. AU PREMIER CYCLE DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE, LES MATIÈRES OBLIGATOIRES ENSEIGNÉES CHAQUE ANNÉE ET LE NOMBRE D’HEURES PAR SEMAINE, PRÉVU À TITRE INDICATIF POUR CES MATIÈRES, ET LEUR NOMBRE D'UNITÉS SONT LES SUIVANTS: (...)
23. AU PREMIER CYCLE DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE, LES MATIÈRES OBLIGATOIRES ENSEIGNÉES CHAQUE ANNÉE ET LE NOMBRE D’HEURES PAR SEMAINE, PRÉVU À TITRE INDICATIF POUR CES MATIÈRES, ET LEUR NOMBRE D'UNITÉS SONT LES SUIVANTS: (...)
Je suis convaincu que le député de Chambly n'a pas voulu induire la population en erreur. Simplement, il ne semble pas bien connaitre encore la loi régissant le régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire.
10 février 2019
La laïcité à deux vitesses dans les écoles québécoises
Depuis la rentrée parlementaire de février, le gouvernement de François Legault montre bien que la CAQ n’a pas vraiment de position cohérente en ce qui a trait à la laïcité dans les écoles québécoises. Mais en est-on surpris?
Aux prises avec des promesses électorales visant à recueillir le plus grand nombre de votes possible pour être élu, celui-ci doit maintenant se dépêtrer entre les attentes énormes qu’il a créées et une réalité qui semble bien l’embêter. Aussi verse-t-il dans une certaine dissonance cognitive qui n’augure rien de bon dans un débat aussi émotif.
Après avoir tenté d’expliquer pourquoi dans une même école, un enseignant devra renoncer à porter un signe religieux alors que le directeur, le travailleur social, le surveillant d’élève ou l’éducateur en garderie pourra le garder, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a voulu justifier la semaine dernière pourquoi le projet de loi s’appliquera aux écoles publiques et pas aux écoles privées en indiquant que desparents choisissent d'envoyer leurs enfants à l'école privée subventionnée au passé confessionnel pour les exposer à des valeurs religieuses : «Supposons, une école religieuse juive ait des gens qui portent des symboles, ou catholique, ou protestante, ou peu importe, là. Sincèrement, je ne vois aucune contradiction là-dedans. Je trouve ça normal.» Bref, après l’école à trois vitesses (privée, publique et programmes particuliers), le ministre cautionne maintenant la laïcité scolaire à deux vitesses.
Pour ma part, dans le cadre d’un projet de loi sur la laïcité, j’éprouve un malaise certain à ce que l’État québécois subventionne à plus de 60% une école qui se dit pourtant privée et qui continuerait à offrir des valeurs religieuses tout en ne lui imposant pas les règles que devra suivre l’école publique.
Dans un questionnaire auquel ont répondu 1164 directeurs d’écoles publiques en 2018, 93% d’entre elles indiquaient que le port de signes religieux n'avait pas créé de tensions au sein de leur établissement. Malgré cela, le ministre Roberge expliquait qu’il irait de l’avant avec son projet de loi car «pour nous, c'est une question de principe».
Il faut donc croire qu’à la CAQ, selon que l’école soit publique ou privée, les principes sont définitivement à géométrie variable.
PS: L'expression «laïcité à deux vitesses» est empruntée à Sylvain Dancause, :)
PS: L'expression «laïcité à deux vitesses» est empruntée à Sylvain Dancause, :)
24 janvier 2019
Signes religieux: retour sur les propos de la vice-première ministre
Actuellement, le nouveau gouvernement de la CAQ profite d'une lune de miel particulièrement longue du fait qu'il a été élu en octobre dernier et a ainsi pu bénéficier du long congé parlementaire des Fêtes. Mais voilà: ce congé se termine bientôt et il lui faudra alors affronter la réalité.
Déjà, on commence à voir poindre l'improvisation de certains porte-paroles du gouvernement en place en ce qui a trait à l'éducation. Récemment, Mme Guilbault, ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, a fait l'étalage, quant à moi, non seulement de sa méconnaissance du sytème scolaire québécois mais aussi de l'incohérence de la CAQ en ce qui a trait à l'interdiction du port des signes religieux pour les enseignants.
On sait que la CAQ propose de déplacer à un autre poste - sans contact avec le public - tout fonctionnaire qui refuserait de se conformer à une éventuelle loi demandant qu'il ne porte plus de signe religieux dans le cadre de son travail. En éducation, dans le cadre d'un entrevue au Journal de Montréal, Mme Guilbault affirmait: «Un enseignant peut travailler, j'imagine, à la direction de l'école.»
Or, la réalité n'est pas aussi simple que la députée de Louis-Hébert semble le penser. Tout d'abord, si on veut qu'il travaille «à la direction d'une école», l'enseignant déplacé devrait avoir les qualifications légales pour occuper ce poste, soit un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS). On ne peut donc pas muter quelqu'un aussi facilement. De plus, cette façon de procéder ne vient-elle pas court-circuiter le processus de nomination des directions d'école? Devra-t-on obligatoirement choisir certains candidats pour cette importante fonction alors qu'ils refusent de se conformer à la loi? On voit poindre un certain illogisme.
Outre les compétences que n'aurait pas nécessairement l'enseignant muté, on peut également se questionner sur la motivation dont il fera preuve dans un poste aussi important et dont il n'aurait pas voulu. Peut-être l'augmentation de salaire à laquelle il aurait droit saura le convaincre d'occuper cette fonction? Muté à un poste pour lequel il n'est peut-être pas qualifié parce qu'il ne respecte pas la loi et, par surcroît, avoir une augmentation de salaire?
Ensuite, si un enseignant ne peut porter de signe religieux devant des élèves parce qu'il serait en position d'autorité, comment peut-on penser qu'une direction d'école le serait moins? Non seulement celle-ci doit appliquer le code de vie de l'établissement scolaire qu'elle dirige et les sanctions qui s'ensuivent parfois, mais elle est aussi le leader de cette institution. Et elle pourrait porter un signe religieux mais pas les enseignants sous sa gouverne.
À moins, bien sûr, que Mme Guilbault se soit mal exprimée et ait voulu dire que l'enseignant récalcitrant travaillera «pour» la direction de l'école. Peut-être classera-t-il des papiers, prendra-t-il ses rendez-vous... Encore là: il y a un problème. Il existe déjà des postes clairement définis par les différentes conventions collectives pour de telles tâches. Et cet enseignant fera ce travail normalement moins rénuméré tout en touchant son plein salaire de prof? Chaque déplacement entrainera inévitablement son lot de griefs.
Non, décidément, la rentrée parlementaire québécoise s'annonce particulière.
Déjà, on commence à voir poindre l'improvisation de certains porte-paroles du gouvernement en place en ce qui a trait à l'éducation. Récemment, Mme Guilbault, ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, a fait l'étalage, quant à moi, non seulement de sa méconnaissance du sytème scolaire québécois mais aussi de l'incohérence de la CAQ en ce qui a trait à l'interdiction du port des signes religieux pour les enseignants.
On sait que la CAQ propose de déplacer à un autre poste - sans contact avec le public - tout fonctionnaire qui refuserait de se conformer à une éventuelle loi demandant qu'il ne porte plus de signe religieux dans le cadre de son travail. En éducation, dans le cadre d'un entrevue au Journal de Montréal, Mme Guilbault affirmait: «Un enseignant peut travailler, j'imagine, à la direction de l'école.»
Or, la réalité n'est pas aussi simple que la députée de Louis-Hébert semble le penser. Tout d'abord, si on veut qu'il travaille «à la direction d'une école», l'enseignant déplacé devrait avoir les qualifications légales pour occuper ce poste, soit un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS). On ne peut donc pas muter quelqu'un aussi facilement. De plus, cette façon de procéder ne vient-elle pas court-circuiter le processus de nomination des directions d'école? Devra-t-on obligatoirement choisir certains candidats pour cette importante fonction alors qu'ils refusent de se conformer à la loi? On voit poindre un certain illogisme.
Outre les compétences que n'aurait pas nécessairement l'enseignant muté, on peut également se questionner sur la motivation dont il fera preuve dans un poste aussi important et dont il n'aurait pas voulu. Peut-être l'augmentation de salaire à laquelle il aurait droit saura le convaincre d'occuper cette fonction? Muté à un poste pour lequel il n'est peut-être pas qualifié parce qu'il ne respecte pas la loi et, par surcroît, avoir une augmentation de salaire?
Ensuite, si un enseignant ne peut porter de signe religieux devant des élèves parce qu'il serait en position d'autorité, comment peut-on penser qu'une direction d'école le serait moins? Non seulement celle-ci doit appliquer le code de vie de l'établissement scolaire qu'elle dirige et les sanctions qui s'ensuivent parfois, mais elle est aussi le leader de cette institution. Et elle pourrait porter un signe religieux mais pas les enseignants sous sa gouverne.
À moins, bien sûr, que Mme Guilbault se soit mal exprimée et ait voulu dire que l'enseignant récalcitrant travaillera «pour» la direction de l'école. Peut-être classera-t-il des papiers, prendra-t-il ses rendez-vous... Encore là: il y a un problème. Il existe déjà des postes clairement définis par les différentes conventions collectives pour de telles tâches. Et cet enseignant fera ce travail normalement moins rénuméré tout en touchant son plein salaire de prof? Chaque déplacement entrainera inévitablement son lot de griefs.
Non, décidément, la rentrée parlementaire québécoise s'annonce particulière.
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