31 août 2010

Le décrochage: refaire l'école?

À chaque fois qu'on parle de décrochage scolaire, on parle de refaire l'école, toujours l'école. Or, il existe au moins trois variables extérieures à l'école sur lesquelles l'État pourrait exercer un certain contrôle, mais il ne le fait pas pour des raisons pratiques, financières ou électorales.

La première est la valeur de l'éducation dans la société québécoise. D'après un sondage dont je chercherai la source si vous me le demandez, le Québec vient au dernier rang au Canada quant à l'importance qu'on accorde aux études. L'école, bof!

La seconde est que le Québec est devenue l'une des provinces les plus pauvres du Canada. Certains quartiers montréalais sont des nids de pauvreté intolérables. Or, des conditions socio-économiques défavorables sont souvent l'une des causes du décrochage scolaire.

La troisième est les parents québécois qui seraient plus cool que ceux de France ou d'Italie, par exemple. Cool ou qui s'en contrefoutent? Un exemple, juste pour le plaisir. Je sais: il ne faut pas généraliser, sauf que, parfois, il y a des exemples qui valent mille mots.

Jonathan est un élève qui connait des difficultés scolaires. On demande à ses parents de se présenter à une rencontre pour discuter d'un plan d'intervention personnalisé (un PIP). Ceux-ci ne travaillent pas, donc on est en droit de s'attendre qu'ils se présentent sans trop de problème à l'école. On offre même de leur payer le taxi, s'il le faut. Devinez leur réponse. Pas étonnant que leur enfant ne réussit pas. Avec des parents comme ça, je ne décrocherais pas: je me suiciderais.

Alors, quand on parle de refaire l'école, j'invite tous nos gérants d'estrade à regarder ailleurs. On travaille toujours sur la partie du problème qui est la plus facile à cerner et on oublie le reste, ce qui fait que toutes les solutions au décrochage seront condamnées à être inefficaces et l'école sera toujours obligée à se renouveler sans que cela apporte les résultats escomptés.

Prochain billet: un petit mot sur l'Ontario.

30 août 2010

TECFEE: petit débat sur 98,5 FM

À l'émission de Paul Arcand ce matin, Marie-France Bazzo et Mario Dumont débattent du Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE). Les mots-clés de l'entrevue: incompétence, absence de culture générale, cercle vicieux, complaisance, tricherie, éthique, mentalité sociale.

Rien de bien neuf.

29 août 2010

Le décrochage scolaire des garçons: la faute des enseignantes et de l'école!

Une série de textes publiés dans Le Soleil aujourd'hui (ici, ici, ici et ici) traite du rapport existant entre les garçons et l'école. Habituellement, Daphné Dion-Viens effectue un excellent travail mais, dans le cas présent, j'ai plusieurs réserves quant au traitement de ce sujet puisqu'elle accorde plus d'importance à certains aspects du problème qu'à d'autres.

Une image des garçons stéréotypée

Tout d'abord, il y a cette généralisation abusive à propos de ce qu'est un garçon. On le réduit à un primate sous-développé. Un gars, ça a besoin de bouger, de parler, de grogner, de péter...

Désolé, mais j'ai des gamins qui ne correspondent pas du tout à cette image et des filles qui en sont une copie parfaite. Le côté pervers de cette vision des choses est qu'en définissant ce qu'est un garçon (un vrai de vrai!), on défnit aussi ce qu'il n'est pas. Et s'il ne l'est pas, c'est qu'il n'est pas un garçon mais un ostie de fif.

Tu aimes l'école et tu es un garçon: tu es un fif! Tu aimes le français et tu es un garçon: tu es un fif! Tu n'aimes pas les bousculades dans la cour d'école et tu es un garçon: tu es un fif! J'ai passé mon primaire et une partie de mon secondaire à ne pas correspondre à l'image stéréotypée du gars et à me faire suer. Les choses se sont calmées le jour où l'ostie de fif a foutu une volée à son principal persécuteur et à deux de ses acolytes. C'est con, mais c'est comme ça.

Mesdames les enseignantes, vous ne comprenez pas les garçons

Quand on affirme qu'il n'y a pas assez de profs masculins dans les écoles, on remet indirectement en question le rôle que les femmes y jouent puisqu'on suggère fortement que plus d'hommes dans nos classes assurerait une meilleure réussite des garçons. Or, cette hypothèse n'a été démontrée d'aucune façon. «C'est absolument farfelu. Il n'y a aucune étude qui démontre ce lien. La Grande-Bretagne a déjà offert des primes salariales aux hommes qui allaient étudier en enseignement, mais une étude a montré que les résultats n'étaient pas là», affirme Jean-Claude Saint-Amant, professeur retraité de l'Université Laval qui s'est intéressé à cette question.

Sachez aussi, mesdames, que vous n'aimez pas les petits garçons: trop dérangeants, trop turbulents, pas assez dociles. Et puis, vous ne tenez pas compte de ceux-ci dans vos classes et dans vos cours. Vous leur faites lire des livres de filles et ne leur donnez pas l'occasion de vivre des activités que leur sont destinées. Bref, vous n'êtes pas professionnelles!

D'ailleurs, Égide Royer, professeur à l'Université Laval, n'y va pas avec le dos de la main morte quand il affirme que les bibliothèques scolaires sont remplies de livres et de magazines destinées davantage aux filles. Il n'est sûrement pas venu visiter celle de mon école. Depuis des années, en lecture, on est devenu des obsédés. Le premier critère pour choisir un livre est devenu: «Ça va-tu intéresser les gars?» En classe, au diable, la qualité de l'écriture et si on fait suer 20 filles dans un groupe de 27 élèves! Il faut penser à nos petits gars qui font donc pitié...

Dans la même veine, c'est rigolo de constater que, dans la même bibliothèque, plusieurs filles lisent des revues de science tandis que les garçons, eux, dans des magazines, trippent sur la couleur des chars. Devinez qui s'inscrira un jour en ingénierie?

La faute de l'école, toujours de l'école

Dans ce genre de série de textes, ça prend toujours un témoignage, question de développer l'aspect «intérêt humain». On ne lit jamais de témoignage de garçons qui aiment l'école et qui y fonctionnent bien. Il faut lire celui de Pierre-Olivier. Bouleversant.

Donc, Pierre-Olivier est un garçon que l'école n'a pas compris. Tout jeune, il exerce de l'intimidation dans la cour de récréation et dérangeait les autres élèves: «Peut-être que j'avais besoin d'attention. Devant nos amis, on veut toujours avoir l'air hot quand on est jeune.» La journaliste le qualifie de «petit tannant» dans le titre de son article. Que c'est sympathique! Mais si je suis le parent d'un élève qu'il a molesté, des termes comme baveux ou p'tit criss, est-ce que ça peut aussi convenir?

Finalement, Pierre-Olivier décroche en quatrième secondaire: «L'école est peut-être plus adaptée aux filles. Les gars ont besoin de bouger plus, c'est dur de rester assis à écouter en classe.» Voilà l'avis de ce spécialiste en éducation qui reprend des lieux communs sans aller plus loin. Des précisions? Des exemples? Des solutions? Non, non: répétons le discours déculpabilisant et facile.

D'ailleurs, il est remarquable de constater comment Pierre-Olivier attendait qu'on le prenne en main, que ce soit l'école qui fasse le travail à sa place: «À l'école, c'était pas mal du laisser-aller. Il n'y avait pas vraiment de conséquences quand je manquais des cours. C'est peut-être un coup de pied au derrière que ça m'aurait pris. Mais c'est sûr que la décision finale, c'est moi qui l'ai prise. Je ne sais pas comment, mais il aurait fallu que je trouve un moyen pour me motiver davantage.»

Honnêtement, ce jeune est un exemple parmi tant d'autres de garçons qui manquent de maturité. Et ça, ça ne s'enseigne pas. Ça s'acquiert avec le temps comme il le prouve si bien dans son témoignage: «Peut-être que j'avais aussi besoin de vivre quelque chose d'autre. Au niveau du travail (trois ans chez Burger King), ça m'a permis de savoir c'était quoi, gagner de l'argent et dépenser. J'ai gagné de la maturité aussi. Aujourd'hui, je suis conscient que l'école, c'est important si tu veux faire quelque chose dans la vie.» Des stages chez Burger King, voilà la solution! Et, en plus, ça finit par écoeurer son homme de la malbouffe...

Un gars, ce n'est pas une fille

Scientifiquement, il est admis que la maturation cognitive et et le développement du cerveau sont généralement plus lents chez les garçons que les filles. Cela explique pourquoi ces dernières se débrouillent mieux en ce qui a trait au langage. Plus encore, on retrouve plus de garçons et d'hommes souffrant de désordres tels la dyslexie, l'hyperactivité, etc.

Égide Royer dénonce l'éducation au Québec en indiquant que, dans certains pays, l'écart entre les garçons et les filles est beaucoup plus faible: le Japon et la Suisse, par exemple. D'accord, mais a-t-on étudié pourquoi? S'agit de raisons pédagogiques, sociales ou culturelles?

Tiens, lançons des hypothèses. Y a-t-il une plus forte présence masculine à la maison dans ces pays parce qu'on y retrouverait moins de divorces? L'éducation familiale et scolaire des garçons est-elle la même? Existe-t-il dans ces pays des activités ou des lieux extérieurs à l'école où les garçons peuvent s'éclater? Vit-on dans ces endroits le syndrome du petit garçon roi comme c'est le cas au Québec?

Dans notre Belle Province, une des plus grandes révolutions scolaires a eu lieu quand on a convaincu les filles de s'intéresser à des métiers non traditionnels. On a mis de l'avant quelques campagnes de publicité. On a fait une place dans les écoles spécialisées à celles-ci. Mais a-t-on chamboulé tout le système pour autant? Non. A-t-on peint les bulldozers en rose pour qu'ils soient plus féminins?

La maturité, ça ne se commande pas, dirait Brassens. Et je ne suis pas convaincu qu'en transformant nos écoles, on changera les choses. Tout cela reste à prouver. Quant à moi, on ferait surtout suer ceux qui y fonctionnent déjà bien.

La création de programmes particuliers en sport ou en multimédia, par exemple, peut être une excellente façon d'offrir des alternatives à certains gamins sans tout remettre en question. On le constate dans une école de ma région avec un programme en football.

Mais ici aussi, les garçons doivent avoir des objectifs, des buts dans la vie, fournir des efforts. Bref, faire autre chose que de passer leurs soirées au sous-sol à manger des chips et jouer au Nintendo comme le font certains de nos pauvres petits décrocheurs... Parce qu'une partie de la problématique est là, à mon avis. Pas dans une culture féminine qui ostracise une culture masculine à l'école. Mais dans une culture de l'effort qui n'admet pas celle de la paresse et de l'irresponsabilité.

Plusieurs de mes jeunes garçons qui écrivent correctement font l'effort de bien écrire et de se corriger. Ils ne sont pas tous des génies et des bollés, mais ils ont du coeur au ventre dans tout ce qu'ils entreprennent, en français comme dans les sports. Les autres, vous l'avez deviné, paressent et finissent par être victimes de leur manque d'effort.

27 août 2010

Premières impressions de la rentrée: «Une vie professionnelle rêvée»

Le slogan de l'année semble se vérifier: «Un vie professionnelle rêvée, une vie personnelle à chier...»

Côté vie professionnelle, y'a pas à dire: tout va très bien.

Le local masqué

Un seul local de classe, le même que l'année dernière qui est bien décoré et aménagé à mon goût. En bonus, je le partage avec deux collègues (masculins) que j'aime bien. La cohabitation pourrait donc s'avérer agréable. Il y a de bonnes chances que je sois le seul à y faire de la récupération. Encore plus chouette! Un bémol: à l'occasion, ce local servira à la suppléance. Selon les cas, un peu de désordre en perspective, selon les capacités des suppléants à tenir leurs groupes.

Le facteur «local d'enseignement» est important dans la vie de tous les jours d'un prof. Ainsi, j'ai un collègue qui a six locaux à son horaire. J'en pleurerais. Lui a le sens de l'humour assez développé: «Je voulais perdre du poids.»

Il y a aussi ces locaux sans fenêtre, sans âme, sans vie. Mais ce n'est pas le cas du mien puisque j'ai pris le temps de tout faire pour bien m'y sentir. Et j'ai profité de la rentrée pour effectuer du MÉNAGE! Même que j'ai triché et me suis pointé à l'école lundi pour le faire. C'est fou ce qu'on ramasse quand on a de la place. Sauf que cette année, j'ai décidé de voyager plus léger.

Le matériel masqué

Comme le disait le slogan politique: «Je suis prêt.» Cet été, j'ai mis à jour différents documents et examens. De plus, j'ai effectué du classement dans tout ce que j'avais créé depuis des années. Là encore, ça devrait bien aller. Tout tient dans une clé USB. Tout est aussi disponible dans ma boite de courriel au cas où. Tout est dans le disque dur du portable que l'école me fournit. Je pourrai corriger mes petites erreurs immédiatement ou encore apporter des modifications si je les estime nécessaires.

La plupart de la photocopie a été effectuée à temps et les élèves et moi pourrons «placer» notre cahier à anneaux dès la première semaine.

En ce qui a trait aux romans que les élèves liront, mes titres sont déjà retenus. Deux groupes et douze romans différents seront lus cette année. Question de ne pas m'ennuyer, j'ai ajouté trois oeuvres que je ne connais pas, dont une que les collègues m'ont recommandée. On est maso ou on ne l'est pas! Au total, en trois ans, c'est une vingtaine de titres nouveaux que j'aurai inclus dans mon enseignement. Je suis incapable de radoter le même contenu de cours sans m'endormir....

L'horaire masqué

Aussi bien vous révéler une grande partie du secret de cette année: je suis «libéré» d'un groupe pour un projet particulier. Donc, j'ai huit périodes de moins à mon horaire, ne m'en laissant ainsi que seize. Quel drôle de mot que «libéré» pour signifier qu'on m'a retiré un groupe! J'aime tellement enseigner qu'il m'a fallu des semaines avant d'accepter de participer à ce nouveau projet. La présence des élèves est une drogue dont je vais difficilement me passer.

Avec cette «libération», le danger est que je risque de vouloir remplir mon horaire avec des tâches qui ne seront pas reliées au mandat qu'on m'a confié. J'aime les défis et celui de cette année sera de me débarrasser de ce réflexe de vouloir trop en faire.

J'y reviendrai.

Les collègues masqués

Aussi bien dire que l'année scolaire 2010-2011 m'a réservé de belles surprises. Je partage mon local avec deux collègues précaires dont un a été embauché à 7h30 le jour même de la rentrée. De plus, je serai entouré de trois anciens élèves devenus enseignants. C'est toujours particulier de vivre avec des individus une nouvelle forme de relations personnelles. Je reviendrai là-dessus aussi.

Enfin, côté collègues, mon bureau est toujours situé dans la salle des profs la plus enthousiaste et stimulante de mon école. Une joyeuse bande de jeunes et moins jeunes qui aiment leur boulot, qui rigolent ensemble, qui jouent à se lancer un ballon de football pendant que d'autres corrigent... Déjà, on a organisé nos diners d'anniversaire. Un BBQ est prévu chez un collègue dans deux semaines. Le pool de hockey est en vue.

Une équipe d'enseignants vivants, solidaires, un peu débile vaut bien des programmes d'aide aux employés. Ces collègues sont l'une des raisons pour lesquelles j'aime encore viscéralement ce boulot qui est le mien et j'espère être capable de leur rendre tout ce qu'ils m'apportent depuis déjà deux ans.

Dans un prochain billet un jour: «une vie personnelle à chier».

Facebook et TECFEE: grosse surprise! (ajout)

La Presse semble s'étonner que les futurs enseignants utilisent Facebook comme façon de contourner le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE), notamment en ce qui a trait au vocabulaire.

Que quelqu'un se réveille au MELS: même les élèves de cinquième se servent de Facebook et de leur cellulaire pour déjouer l'examen de fin d'année en écriture! Mais revenons au TECFEE.

«Cet examen, c'est n'importe quoi. On n'évalue pas les compétences en français des futurs profs. Dans un de mes examens, on m'a demandé de définir épater le bourgeois et les chiens aboient, la caravane passe. On n'utilisera jamais ces expressions dans notre pratique! On m'a demandé de définir idiome, darne, indigent... On demande des définitions de mots anodins, inutilisés dans le langage», déplore Sébastien qui étudie pour devenir prof au secondaire.

Boswell! Quand on parle de niveler par le bas, en voilà un bel exemple. Si on croit qu'une chose n'est pas utile, pourquoi la connaitre? Comment savoir qu'une chose est inutile si:
1- on ne la connait pas.
2- on n'a pas encore été placé dans un contexte d'enseignement.

La réaction de ce Sébastien illustre bien le débat compétence versus connaissances. Quant à moi, un prof devrait avoir un minimum de culture dans tous les domaines: géographie, histoire, sciences, etc. De plus, un prof ne devrait pas réduire le savoir, notamment en ce qui a trait à la langue, à ce qui est minimalement «utile». Pour Sébastien, être compétent semble se résumer à une version utilitariste de la langue. «Menoum, menoum» suffit à bien des gens pour se faire comprendre dans la vie de tous les jours. Faut-il s'en contenter?

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Sur Cyberpresse, de nombreux intervenants qualifient de «tricheurs» les étudiants qui ont utilisé ce stratagème. D'autres parlent de «déshonneur» et de manque de «professionnalisme». Mais non: ils ont rien de moins qu'actualisé leurs réseaux sociaux.

Dans les faits, ce genre d'examen «fermé» fera toujours l'objet d'un certain coulage. Dans mes classes, mes groupes n'ont jamais le même test de grammaire, par exemple. Cependant, à l'ère des nouvelles technologies, le coulage peut prendre des proportions plus importantes.

Faut-il revoir ce mode d'évaluation? À mon avis, non. Il faut simplement multiplier le nombre d'examens différents jusqu'à ce que le nombre de questions à étudier rendra l'épreuve encore plus difficile. De la sorte, on s'assurera que les jeunes enseignants auront encore plus de connaissances. Ironique, non?

Continuez à enrichir le site Facebook et continuez à étudier. Vous apprendrez encore plus. Et tiens, remplissions ce site d'informations inutiles pour compliquer encore plus les choses!

Par ailleurs, je suis déçu de la réaction de la présidente de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF), Suzanne Richard: « À partir du moment où il y a un test de connaissance, que ce soit dans n'importe quel domaine, ce n'est pas étonnant que les étudiants tentent de mieux réussir. » Oui, mais pourraient-ils tenter de réussir plus honorablement?

26 août 2010

Quand les gestionnaires se mêlent de pédagogie...

J'ai entendu cette rumeur provenant de deux sources différentes et sans conctact entre elles. Nos gestionnaires n'aiment pas que les profs de français travaillent avec des séries uniques de romans en classe, bref qu'un groupe lise le même roman en même temps. Non, non: il faudrait que, dans une classe, nos élèves lisent des titres différents. On se retrouverait donc avec cinq ou six oeuvres en même temps.

Au nom de quoi voudrait-on aller de l'avant avec cette bêtise? On ne me l'a pas dit, mais je présume que c'est de permettre une plus grande liberté de choix aux gamins. Bien évidemment, on oublie qu'il est impossible de travailler efficacement en groupe la lecture et la littérature avec une telle méthode. Le prof ne pourra que survoler avec les élèves des oeuvres que tous n'auront pas lu et se farcir évidemment une quantité incroyable de romans qu'il devra maitriser adéquatement.

Ça, c'est comme quand on permet aux élèves de lire un livre de leur choix. Une vraie récréation! Certains «fourguent» une oeuvre qu'ils ont déjà lue antérieurement. D'autres comptent sur les limites physiques et mentales de l'enseignant en y allant d'une oeuvre qu'il ne connait pas et dont il ne se tapera pas la lecture pour un seul gamin...

25 août 2010

Bulletin à trois étapes

Je viens de jaser avec l'orienteur scolaire de l'école. Vous auriez dû voir sa gueule quand on a jasé du bulletin à trois étapes. Même avis que Masqué: une erreur monumentale en ce qui a trait à la cinquième secondaire.

Mais qui est-on pour avoir un avis sur quelque chose?

24 août 2010

La rentrée sans les élèves

Tout d'abord, bonne rentrée à tous et un sourire aux profs de cégep qui ont déjà commencé avant les profs du primaire et du secondaire.

Demain, journée pédagogique. Rencontre sociale avec les collègues (blablabla... mon voyage... blablabla... mes rénovations... blablabla...) et annonce des orientations de l'école pour l'année.

En après-midi, rencontre des profs de français (blablabla... mon voyage... blablabla... mes rénovations... blablabla...).

Pour ma part, comme plusieurs collègues, j'ai triché: je suis rentré avant la rentrée. J'ai placé ma classe, fait du ménage (le mot-clé de cette année) envoyé des documents à la reprographie.

Ah oui! Je rentrerai au boulot après un jeûne et une prise de sang matinale. Peut-on appeler cela un rituel?

Mon premier contrat

La lettre de madame Gauthier m'a rappelé le premier contrat que j'ai obtenu en éducation. Sitôt après avoir complété mon bac en enseignement, j'avais envoyé une cinquantaine de curriculum vitae aux commissions scolaires de la région de Montréal et des horizons lointains: Trois-Rivières, Granby, etc. À l'époque, de l'emploi en éducation, c'était rare et on ne regardait pas trop si les opportunités nous obligeraient à déménager.

Certaines CS envoyaient des accusés de réception, d'autres pas. La CSDM, à l'époque, m'avait barré de sa liste d'embauche parce que je n'avais pas effectué mon dernier stage dans une de ses écoles. Une information qu'on s'était gardé de me donner avant mon dernier stage, bien sûr...

Bref, j'attends devant le téléphone. J'attends. J'attends. Puis est arrivé cet appel de la commission des écoles catholiques de Verdun. Une entrevue, yesss! Durant celle-ci, je me suis littéralement sabordé parce que j'avais pas envie de travailler pour une CS dont le directeur du personnel m'avait interrogé sur mes valeurs religieuses (Hey! c'est quoi le lien avec le français?) et sur comment j'avais obtenu 100% dans mon dernier stage. Poliment, je lui avais répondu: «Je ne sais pas. Il vaudrait peut-être mieux le demander à mon maitre-associé.» Dans ma tête, la réponse fusait: «Quoi? Tu penses que j'ai couché avec lui?»

Finalement, un autre appel, une autre entrevue. À Saint-Jérôme. Comme je demeurais à Montréal et n'avais pas de voiture pour des raisons religieuses (Les Dix Commandements du cycliste urbain, vous connaissez?), aussi bien dire à Saint-Glin-Glin-Des-Meuh-Meuh. J'ai facilement obtenu le poste. Un 85% de tâche en cinquième secondaire et en journalisme.

Matin et soir, jusqu'en novembre, j'ai effectué le trajet à l'école en autobus, le temps d'amasser de l'argent pour m'acheter une voiture usagée. J'en profitais pour corriger ou préparer mes leçons. Je devais enseigner de la grammaire que je n'avais pas vue depuis le secondaire!

Je demeure convaincu que ce poste m'a permis de décrocher l'emploi permanent que j'ai maintenant. Durant cette année-là, j'ai travaillé avec un des conseillers pédagogiques les plus incroyables du Québec et une équipe d'enseignants très motivés. J'ai été très chanceux de les côtoyer. J'ai aussi fait ma chance en acceptant de m'exiler aussi loin. Et ça, je ne l'oublie pas.

23 août 2010

Enseignants résiduels: la vie n'est pas juste

On parle beaucoup chez certains collègues, surtout les plus jeunes, de ce texte paru dans La Presse et intitulé «Je suis un résidu». Une jeune enseignante, Mélanie Gauthier, y explique son désarroi devant une profession qui n'a pas mieux à lui offrir que des contrats annuels constitués de résidus, de queues de tâche comme on dit dans le milieu. Bien que touchant, j'ai des réserves quant à ce texte qui est, au fond, empreint d'une très grande naïeveté.

Madame Gauthier considère qu'elle devrait avoir plus que ce que le marché du travail actuel en éducation lui offre, elle qui a complété quatre années d'études universitaires et qui est, selon ses dires, une «enseignante qualifiée et passionnée par son travail, maîtrisant parfaitement le français à l'écrit comme à l'oral, animée d'un grand désir de partager mes connaissances et de stimuler le désir d'apprendre chez les élèves, assise à la maison à guetter le téléphone dans l'espoir qu'il sonne».

Mais qui a dit que la vie était juste? Qui a dit que les gens pleins de bonne volonté étaient toujours récompensés?

Actuellement, les individus qui croient se trouver un poste facilement en enseignement sont mal informés. Oui, il y a des pénuries dans certains champs, mais il faut se renseigner un peu! De même, certaines régions connaissent actuellement des surplus d'effectif importants. Dans mon coin, pourtant en plein développement, il faudra attendre quatre à cinq années pour revenir au niveau d'emploi d'il y a dix ans à cause d'une baisse démographique survenue au début des années 2000. On fait donc sa chance en s'informant, pas en prenant pour acquis des réalités qui n'en sont pas!

Madame Gauthier affirme qu'elle n'est pas surprise que 20% des jeunes enseignants quittent la profession après cinq ans quand elle constate tout ce qu'on leur demande. Or, si je me base sur la liste des irritants qu'elle énumère, je ne peux retenir que les tâches multiples puisque les autres éléments qu'elle mentionne sont le lot de tous les enseignants. Et encore! Actuellement, plusieurs conventions collectives locales des enseignants ont laissé tomber le critère d'anciennenté en ce qui a trait à l'attribution d'une tâche. Ainsi, dans mon école, il est arrivé que des enseignants d'un âge certain soient «tassés» à la faveur de plus jeunes pour l'octroi de postes intéressants.

Madame Gauthier s'insurge enfin contre le fait qu'on ne peut pas lui garantir un travail alors qu'elle a 33 ans et des obligations financières ainsi que familiales. Mais n'est-ce pas le lot de la majorité de la population québécoise? On peut déplorer la situation que vit cette jeune enseignante, mais de là à remettre en question le système d'éducation actuel en affirmant qu'il ne tourne pas rond parce qu'on «n'arrive même pas à garantir du travail à ceux qui sont là, pleins de bonne volonté», il y a une marge.