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11 mars 2008

La gestion du privé meilleur qu'au public?

Il est plutôt rare qu'on entende parler de la gestion des écoles privées. Loi du silence, discrétion reliée à un bon esprit d'entreprise? Quoi qu'il en soit, le Journal de Montréal nous apprenait ce matin qu'on se payait la traite au Collège de Montréal. Regardons quelques extraits de cet article savoureux.
  • «Des dirigeants du Collège de Montréal ont dépensé des milliers de dollars pour des voyages autour du monde, des meubles de bureau luxueux, un séjour dans un chic hôtel pour fêter Noël et même... un entraîneur privé.»
  • «France, Colorado, Chine: le directeur général de l'institution, Jacques Giguère, s'est rendu dans des congrès aux quatre coins de la planète.»
  • «L'année précédente, l'activité de Noël des cadres avait coûté 2645,75 $ à l'institution. Un barbecue avait aussi eu lieu en 2006, qui a représenté une facture de 1021,42 $.»
  • «Interrogé par le Journal, le directeur Giguère s'est défendu, affirmant être la victime d'une campagne de salissage. «Dans toutes les organisations, il y a toujours des personnes qui ne sont pas contentes. Personne ne fait l'unanimité», a-t-il dit.»
  • «Guy Lefebvre, président du C.A., estime que les dépenses de la direction générale sont raisonnables. «Je trouve que c'est très modeste. On vit de façon restreinte au collège», dit-il.»

Modeste? Restreint? En fait, il n'y a rien de trop beau pour la classe ouvrière... euh dirigeante, comme on peut le constater. Bien sûr, il s'agit d'un établissement privé et c'est ultimement aux parents-clients de s'assurer que cette situation se résorbe, s'ils estiment qu'elle est inadmissible. Mais permettez-moi d'avoir un gros doute.

Tout d'abord, concernant ces dépenses, la présidente du comité de parents de l'école et membre du C.A., Louise Fournier croit que les enquêtes qui ont été menées ont démontré qu'il n'y avait eu aucune «malversation financière».

Ensuite, dans un autre dossier, Mme Fournier a une attitude bien complaisante à l'égard de l'administration du Collège. En effet, une vingtaine de parents d'élève allophone se sont vus surfacturés en devant verser une surprime d'intégration de $1 500. La présidente du comité de parents «ne voit pas de problème à ce que les parents qui ont payé en trop au fil des années n'aient pas droit à un remboursement. Selon elle, les parents ont reçu un service supplémentaire et il est normal qu'ils aient eu à payer davantage. «Si on veut continuer à avoir des classes d'accueil, il va falloir augmenter tout le monde.»

Eh misère... J'ai toujours cru que les institutions privées avaient une gestion parcimonieuse et efficace. Là, un doute m'assaille. Je trouve que nos commissaires scolaires ne sont pas si mal finalement.

30 septembre 2007

Vaut mieux tard que jamais...

Depuis trois ans, la commission scolaire de Montréal ()CSDM fait de gros efforts pour redorer son blason et pour concurencer les écoles privées sur son territoire. La lutte est féroce, d'autant plus que c'est dans les grandes villes que ces écoles ont le beau jeu de choisir une clientèle performante et d'affirmer être des lieux de performance.
Dans cette veine, la CSDM annonçait vendredi qu'elle continuerait son opération charme en y incorporant une nouvelle stratégie: les inscriptions dans les écoles secondaires seront devancées de quatre mois et auront donc lieu à la mi-octobre. Ainsi, elles se tiendront en même temps que celles des écoles privées. L'autre avantage de ce procédé est qu'il permettra de mieux planifier le nombre d'enseignants requis dans chaque établissement.

Célébrons donc dans la joie cette initiative heureuse! Après tout, il s'agit d'un pas dans la bonne direction afin d'éviter, entre autres, les incohérences dans l'attribution des tâches et les changements à répétition de profs en début d'année scolaire.

Cependant, je ne peux me retenir de mentionner ce fait: durement confrontée elle aussi à la concurence des écoles privées, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) a devancé sa période d'inscription il y a de cela quatre ans. Quatre ans... Pourquoi un tel délai?

29 avril 2007

Du fric au privé!

Bon, en douce, comme ça, la privatisation du réseau de l'éducation gagne du terrain au Québec. Ainsi, dans le quotidien La Presse de cette semaine, on apprend que le MELS est ouvert à verser un million $ aux écoles privées pour les élèves en difficulté. Avant tout, par honnêteté intellectuelle, réglons plusieurs choses avant de vous livrer le fond de ma pensée.

Primo, il est vrai que les collèges privés ne sont pas tous des institutions d'élite qui choisissent que des élèves haut de gamme. À Montréal, Brébeuf, Jean-Eudes et Regina Assumpta effectuent un tri des candidats qui leur permet de ne conserver que les meilleurs. Cependant, en région, le bassin de population étant plus petit, la situation est totalement différente.

Deuxio, les écoles privées sont rentables pour le gouvernement québécois parce que les parents, en plus de contribuer à l'impôt, paient une partie de l'instruction de leur enfant. De la sorte, un élève au privé coûte moins cher au gouvernement qu'un élève inscrit au secteur public, même si on prend en compte la déduction d'impôt que pourra faire le parent.

Tertio: le Québec est la seule province canadienne à financer le réseau privé d'éducation. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si celui-ci est le plus important au Canada. Il y a des sous à faire là, on le comprend. J'ai un peu de difficulté à savoir que je finance à même mes impôts les études de certains enfants de parents millionnaires. Si, au moins, on tenait compte des revenus des parents dans ce financement. Pour le parent moyen qui travaille fort pour payer les frais de scolarité de son enfant, je peux, à la limite, comprendre, mais pour M. Bronfman et les autres... Quoique, eux, envoient sûrement leurs enfants en Suisse ou en Angleterre.

Quartissimo (eh! eh!) : les écoles privées sont des entreprises privées qui ne sont en rien redevable à la population. Peut-on savoir les salaires que se versent les dirigeants de ces écoles et les profits qu'ils réalisent? On veut bien leur verser des sous, mais pourquoi faut-il accommoder la logique capitaliste quand une business privée dit manquer d'argent? Le propriétaire du petit dépanneur coupe son salaire quand il n'a pas vendu assez de billets de loterie dans sa semaine, à ce que je sache! Le gouvernement gèle le salaire de ses employés quand il dit manquer d'argent à ce que je me souvienne? Pourquoi est-ce (encore) à la communauté de payer?

Si une école privée n'est pas en mesure d'offrir des services spécialisés à un enfant, plusieurs alternatives sont possibles:
  • les parents embauchent des professionnels à leurs frais;
  • l'école restructure ses dépenses et s'arrange pour offrir les services manquants;
  • les parents envoient leur enfant au secteur public en espérant qu'il recevra l'aide requise.

Cette demande au gouvernement de subventionner les services spécialisés des écoles privées est pernicieuse. Ce n'est pas tant le montant en cause que le précédent qui est dérangeant. Une fois la porte ouverte, je suis convaincu que la liste des demandes ne s'arrêtera pas là. À preuve, l'année dernière, je crois, j'ai lu un texte ou des écoles privées demandaient au gouvernement des subventions pour réparer et remettre en état divers bâtiments vétustes (et sûrement mal entretenus). Décidément!

«Au total, plus de 5 % des élèves entrent au secondaire privé avec un retard dans leurs bagages. C'est moins qu'au public, où ce taux atteint 19,4 %, mais le privé les accueille sans subvention particulière», peut-on lire dans le texte de La Presse afin de justifier une telle demande.

Une telle comparaison est trompeuse. Pour compléter ce portrait, il aurait fallu aussi ajouter que les parents font le choix d'envoyer leur enfant à l'école privée en toute connaissance de cause et que le réseau public vit une crise sans pareille de sous-financement en ce qui a trait aux élèves en difficulté.

Il y en aura toujours pour essayer d'avoir le meilleur des deux mondes, j'imagine.

Pour en savoir davantage à ce sujet:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070428/CPACTUALITES/704280485/1028