13 novembre 2007

TLMEP: la fin

Un dernier texte de Louise Cousineau sur la fameuse dictée de la ministre Courchesne.
«Mme Laniel (la rédactrice en chef de TLMEP) m'assure qu'elle a vérifié toutes les positions de caméras durant la lecture de la ministre, et qu'elle a vu de ses yeux vu un s à aucuns.
Une caméra pointait directement la feuille tenue par Mme Courchesne.Donc pas la faute de la ministre, mais cette bonne dame a quand même fait une omission de taille. Elle a oublié de donner le titre de sa dictée «La gentille maîtresse».
En omettant le titre, elle a provoqué la chute de toutes les vedettes qui ont fait la dictée à l'émission. Ils ont tous mis voulu au masculin, ne sachant pas qu'il s'agissait d'une gentille maîtresse. Enfant, on apprenait voulu qui? m' pour la gentille maîtresse. Me semble que c'était pas si dur le complément d'objet direct, qui a sans doute changé de nom aujourd'hui.»

12 novembre 2007

Tous le monde en parlent: la suite (modifiée)

La blogosphère s'est animée autour du passage de la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne à l'émission Tout le monde en parle (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ici) et de sa fameuse dictée. Déjà, la gang à Lepage a corrigé son corrigé. Le ridicule ne tue pas. Il rend con, simplement.

Quand la ministre Courchesne affirme que la maîtrise du français est une responsabilité sociale, on en a la preuve. Mais quand on préfère les émissions de variétés à celles d'information, on meurt par ou l'on a péché. J'en suis même rendu à penser que Patrick Lagacé avait été «moins pire».
Sur le site de TLMEP, on prétexte que l'équipe a été surprise par la dictée de la ministre. Comme le souligne à juste titre Safwan, l'émission a été enregistrée le mercredi. Le roi Menton 1er et son fou ont eu jusqu'à dimanche pour faire les vérification qui s'imposaient. Décidément, Mme Courchesne sème la controverse partout ou elle passe!

Quoi qu'il en soit, cette entrevue complaisante et fade ne nous a rien appris de nouveau:
  • La ministre ne croit pas en la réforme, mais elle ne peut la changer. Donc, elle l'améliorera.
  • La ministre affirme ne pas aimer pas la poutine, mais elle est capable de la noter. Quelle est sa base de comparaison, au fait?
  • La ministre aime les notes.
  • Les ministres qui l'ont précédée à l'Éducation n'ont pas exercé leur leadership politique. On ne peut pas lui donner tort sur ce point.
  • La ministre prend à son compte une mesure prise par le gouvernement Landry. (voir l'excellent billet de Rotules qui explique en détails ce dont j'ai parlé dans un autre billet.)
  • Guy A. Lepage ne sait pas qu'il y a une pénurie des enseignants actuellement au Québec.
  • Danny Turcotte n'est pas le fou du roi. C'est un bête clown. La fonction de «fou du roi» n'est pas celle d'être un amuseur public. Mais on fait avec ce qu'on a...
Mais c'est un billet chez Hortensia qui m'a ramené à un point important de l'entrevue de la ministre. Cette dernière insistait sur l'importance de la littérature à l'école, comme si on n'en faisait pas. «L'importance d'un mot», clamait la maîtresse en chef de l'éducation

Elle pense quoi? Qu'on joue au scrabble dans nos classes? J'ai une bibliothèque de classe à mes frais (au pluriel, ne l'oubliez pas). Je lis comme un malade. Je refile mes bouquins aux élèves. Ils arrivent au cégep et connaissent une vingtaine de figures de style en plus de tout un lexique relié à la littérature. Franchement...

L'importance d'un mot. Encore faut-il avoir les outils pour en comprendre le sens!

Des écoles de quêteux

Pour qui écoute les débats à l'Assemblée nationale, l'information a été diffusée au grand public (deux personnes) la semaine dernière par l'ADQ. Ainsi, les élèves de l'école Explorami en sont réduits à recueillir des cannettes vides pour acheter des dictionnaires (ici, ici et ici).

L'initiative vient d'une enseignante qui en avait assez d'attendre du matériel neuf, semble-t-il. Certains des ouvrages de référence de sa classe avaient plus de 30 ans. En passant, j'écris «semble-t-il» par prudence parce que les enseignants ont souvent le dos large et que je doute que l'enseignante ait fait cette démarche sans en informer qui que ce soit dans son école.

«On était scandalisés, ça n'avait pas de bon sens qu'ils attendent d'avoir 800 canettes vides pour se payer un ouvrage», explique la mère de Claude Hébert, l'élève qui a signé une lettre envoyée aux entreprises et à son député adéquiste du coin.

Pour le directeur général de la Commission scolaire de la Riveraine, à laquelle appartient l'école Explorami, le remplacement des dictionnaires ne semblait pas compter parmi les priorités de l'établissement: «J'ai une auto qui est peut-être passée date, mais elle me déplace encore, lance Normand Perreault. Ils avaient des dictionnaires, mais ils étaient vieux. Dans le passé, l'école a sans doute jugé que ce n'était pas prioritaire de les changer.»

M. Nadeau devrait savoir que la ministre Courchesne veut faire de la maîtrise de langue française une priorité. «Passée date» est un calque de l'anglais. Un dictionnaire Colpron le lui aurait appris. Que dirait-il de ramasser des cannettes pour s'en acheter un? Quant à l'auto du DG, je doute qu'elle date des années 70. De même pour le mobilier de bureau du directeur de l'école Explorami, j'imagine

Ces choses étant écrite, à mon école, il a fallu quatre longues années de combat pour qu'on achète enfin des dictionnaires. Une année, alors qu'ils rédigeaient un texte sur les nouvelles technologies lors de l'examen ministériel d'écriture, mes élèves ne trouvaient pas le mot «Internet» dans les dictionnaires fournis par l'école. Ils étaient tout bonnement désuets.

Toute cette histoire n'est pas sans rappeler celle de cette commission scolaire ou les élèves recuillaient des fonds pour acheter des pupitres.

Pathétique.

11 novembre 2007

TLMEP: de la poutine intellectuelle et une erreur dans la dictée (ajout)

Tout le monde de l'éducation est en émoi: la réforme est en danger sous la gouverne de la ministre Courchesne. En effet, à l'émission Tout le monde en parle, la ministre a accepté de NOTER une poutine. Elle aurait pu la coter, la décrire. Non, la ministre l'a notée sur dix! Quelle analyse réductrice! De plus, je suis convaincu que l'Association des diététistes du Québec dénoncera le fait que la ministre ait mangé de la poutine. Quel mauvais exemple pour notre jeunesse!

Après son passage aux Francs-Tireurs, on aurait pu craindre le pire pour la ministre de l'Éducation, mais le manque de préparation de l'animateur mentonneux lui aura permis de ne pas trop se mettre les pieds dans les plats. Un exemple: la mauvaise qualité du français de certains enseignants. Le test dont la ministre a parlé existe déjà. Il n'a rien de nouveau. Et quand le roi Lepage dit à la blague qu'il y aura une pénurie d'enseignants à cause des exigences de ce dernier, il ne semble pas savoir qu'on manque déjà de profs dans nos écoles. Je ne parle pas non plus du bouffon qui semble ne pas connaître l'existence de la politique anti-malbouffe dans nos écoles.

Je ne me souviens plus qui a dit que la politique est une chose trop sérieuse pour la laisser aux politiciens. Dans la même veine, je suis convaincu que l'information est une chose trop importante pour la laisser aux animateurs d'émissions de variétés. Quel moment de télévision vide et complaisant!

De plus, voulez-vous rigoler, mais il y a une faute dans la dictée de la ministre, du moins si l'on se base sur le site de l'émission de Guy A. Lepage: «Si le destin m'eût voulue professeur, j'aurais pris sans hésiter dans ma classe le roi et son fou, telles deux petites pestes, et ce, sans aucun frais de leur part, ni deux cents piastres, ni deux cent cinquante sous.»

«Sans aucun frais» doit s'écrire «sans aucuns frais». Dans le cas présent, le mot «frais» a le sens de coût et commande le pluriel au déterminant «aucun». Tous les précis de grammaire l'indiquent. Même Le Petit Robert 2007 en fait état à la page 176. Pas fort...

La ministre va sûrement affirmer être mal citée. On paierait cher pour avoir l'original de son texte.
Hier soir, j'avais un rhume d'homme, donc je continue ici avec quelques observations supplémentaires. Je les place dans ce billet avec quelques réactions aux commentaires que j'ai déjà reçus pour un accès plus immédiat et pour que vous puissiez contater l'ampleur du désastre orthographique des compétences de la ministre.
«Voulue» pourrait ne pas prendre la marque du féminin puisque le genre du référent qui est complément direct («m'») n'est pas précisé, la ministre ayant omis de donner le titre de sa diquetée.
De plus, l'observation de Miss Math est très juste: «si la Ministre est cohérente avec l'Office québécois de la langue française, elle devra préférer le féminin "professeure" à l'épicène, puisque c'est la seule forme retenue par l'Office.»
Également, Patrick Huard peut récupérer des points puisqu'il est permis, avec les récentes modifications apportées à la grammaire et à l'orthographe, d'écrire «deux-cents» et «deux-cent-cinquante» avec un trait d'union. La ministre semble ignorer que l'Office de la langue française accepte ces modifications et qu'un élève ne peut être pénalisé s'il les emploie. Le MELS tolère la nouvelle orthographe, mais n'a pas pris véritablement position sur ce sujet alors qu'en France, Le Petit Larousse a annoncé son intention de prendre ce virage tandis que les dictionnaires Hachette sont 100% nouvelle orthographe. En attendant, le MELS n'est ni pour ni contre, bien au contraire. Cependant, dans son entrevue aux Francs-Tireurs, la ministre a indiqué être contre, mais elle n'a pas le droit de pénaliser un élève pour cela.
Enfin, la virgule avant le deuxième «ni» est fautive ou, soyons prudent, à tout le moins, est d'un usage flottant dans ce cas. (Grévisse: 125 c1 et 125 c4)

TVA

Lu dans la chronique de Louise Cousineau:

Développement ... épais à TVA

Un lecteur soupçonneux pense que TVA a fait exprès mercredi pour écrire sous son reportage sur les problèmes de français de nos élèves Problèmes d'ortographe en oubliant le h. Je n'en crois rien.
Il y a un an ou deux, alors que le comédien Luc Picard représentait l'organisme Développement et paix, le sous-titreur de TVA a écrit Développement épais. Je croyais que cet épais avait été muté. Il semble que non.

09 novembre 2007

«Moche to do about nothing» dixit Molière

Un autre sujet qui a enflammé les médias cette semaine, c'est bien sûr l'enseignement du français. Une série d'articles parus dans La Presse a suscité des commentaires un peu partout (entre autres ici et ici).

Le mauvais français des enseignants

Tout d'abord, il y a eu ces articles (ici, ici et ici) sur la qualité du français des étudiants en enseignement et des enseignants. Mme Suzanne G.-Chartrand, professeure à l'Université Laval, a le sens du clip: «J’ai des étudiants dont je me dis: j’espère que mes petits-enfants ne l’auront jamais comme professeur, parce qu’ils vont perdre leur temps pendant un an.» Pour qui la connaît, elle est capable de la phrase assassine et souvent très juste.

Il faut savoir certaines choses.

On retrouve d'excellent étudiants dans les facultés d'éducation, mais aussi de très mauvais. Ce sont d'ailleurs celles-ci qui accueillent les cégépiens avec la cote R la plus faible. Troublant. «L’enseignement n’est pas une carrière prestigieuse, alors vous pouvez tenir pour acquis qu’on est souvent un deuxième choix», explique Jean-Pierre Charland, vice-doyen de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Révélateur.

Madame Masquée, qui a étudié en histoire, était capable de reconnaître un étudiant en éducation à certains traits caractéristiques: un français approximatif et une lâcheté absolue quand venait le temps de faire un travail scolaire. Pas tous comme ça, mais assez pour que les profs d'histoire les détestent à s'en confesser. Plus que troublant: consternant. Méchamment, j'ai toujours espéré que les 20% de jeunes enseignants qui quittaient la profession étaient ceux-là.

Le problème de la qualité du français des futurs enseignants ne date pas d'hier. Dès 1985, certaines commissions scolaires soumettaient les candidats à un poste d'enseignant à différents tests visant à mesurer leur connaissance du français. Puis, ce furent les universités avec les résultats désastreux que l'on sait. Le problème est seulement plus criant de nos jours parce qu'avec la pénurie des profs, on embauche un peu n'importe qui n'importe quand n'importe comment. Pas de sélection. Toute le monde est bon. Autrefois, les commissions scolaires pouvaient choisir un candidat. Aujourd'hui, elle le supplie de travailler pour elles, qu'il soit médiocre ou non importe peu en utant qu'il n'ait pas un casier judiciaire.

La profession gagnerait à se policer, mais comme on a trop peur de s'évaluer... Je suis profondément encore contre, sauf que je commence à penser qu'un ordre professionnel... En même temps, si un patron a été assez bête pour m'engager et ne pas m'évaluer par la suite...

Ah! et puis tout le monde s'en fout du français. Après tout, la devise du Québec n'est-elle pas Je m'oublie ? La tempête médiatique va se clamer dès la semaine prochaine, vous verrez. Incompétents, ne craignez pas pour vos emplois. Certains individus partageant avec vous cette caractéristique ont déjà été nommés à l'éducation. Vous avez de l'avenir.

Le mauvais qualité du français des élèves

Plus de trente ans après les textes de Lysianne Gagnon, plus de sept ans après la Commission Larose, voilà qu'on se rend compte à nouveau de la mauvaise qualité du français écrit de nos jeunes.

Toutes les thèses s'affrontent:
- l'école n'apprend rien aux élèves et est trop permissive;
- les jeunes d'aujourd'hui écrivent mieux que ceux d'autrefois;
- la dictée est le remède miracle, vous verrez...

Pour ma part, d'entendre la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, déclarer qu'il est «inacceptable» que des élèves puissent réussir l'examen final de cinquième secondaire en écrivant autant de fautes fut une douce musique à mes oreilles. Oui, oui, je sais: la ministre est conne. Elle n'aime pas le Renouveau pédagogique. Elle n'aime pas les profs. Elle n'aime pas ses fonctionnaires. Elle n'aime pas les syndicats. Elle n'aime pas les fautes, non plus.

C'est déjà un début. Pour le reste, on verra. J'ai déjà vu neiger. C'est beau, c'est merveilleux, c'est même poétique quand on n'a pas besoin de pelleter. Sauf que ça finit toujours par fondre.

Commissions scolaires: j'ai voté...

Depuis quelques jours, j'ai retenu un peu mon clavier: j'avais de la correction à terminer et je ne me sentais pas l'envie de bloguer pour des raisons que je vous expliquerai peut-être un de ces quatres ou de ces cinqs. Mais chasuble que la semaine a été riche en émotions!

Il y a eu les élections scolaires. Méchant suspens dans ma vie plate: une véritable lutte à finir entre le rangement du cabanon et exercer mon droit démocratique reconnu de voter pour élire un parfait inconnu! J'ai voté Cabanon. Au moins, j'étais sûr que cela donnerait des résultats.

Déjà qu'un des candidats de mon quartier a frappé à la porte de la maison masquée à 8h00 le samedi matin. Je veux bien comprendre que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. L'avenir, peut-être, mais pas mon vote! Le samedi matin, en plus de souvent corriger des travaux d'élèves, je fais de la récupération: je dors.

Quoi qu'il en soit, le parti Cabanon a dû être sacrément populaire dimanche dernier puisque seulement 7,9% des électeurs inscrits ont exercé leur droit de vote dimanche contre 8,3% en 2003 et 15,4% en 1998 (ici).

Et le lendemain de ces élections, c'est encore une fois le truculent président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, André Caron, qui a su me dérider. Ne reculant pas devant le rididule (était-il devant un miroir ou un portrait de Jean-Marc Fournier?), ce dernier a blâmé entre autres les médias pour le faible taux de participation à ce scrutin. L'art de se faire des amis dans le milieu journalistique, vous en conviendrez.

Mais le plus décapant a été lorsque M. Caron (impossible de le confondre avec le cérébral et réfléchi personne de RBO) a émis quelques suggestions pour redorer l'image des commissions scolaires dont celle d'augmenter le salaire des commissaires pour qu'il soit semblable à celui des élus municipaux (ici).

M. Caron, M. Caron... Cessez donc de vous nuire de la sorte. On dirait un clown qui s'envoie lui-même des tartes à la crème à la figure. Pathétique.

Quelqu'un peut-il lui expliquer que c'est la légitimité des commissions scolaires que les électeurs remettent en question. À quoi servent-elles? Quelles sont leurs missions? Et à quoi sert un commissaire?

J'en connais quelques-uns. Ce n'est pas ma faute. Ce sont des parents d'élèves. Ils sont des individus intègres et dévoués. Seulement, ils sont réduits à un rôle de machines à voter ce que l'appareil administratif leur soumet. Un directeur général d'une commission a plus de pouvoirs réels que le président lui-même. D'ailleurs, le directeur général est un super fonctionnaire qui contrôle l'information. Un peu comme au MELS. Tous les petits copains s'amusent pendant que les élus sont des marionnettes.

Pourquoi voter un jour d'élections scolaires quand les commissions sont incapables de faire la preuve de leur propre utilité? Comment avoir confiance en une structure administrative qui dit offrir des services à des élèves et qui n'arrive même pas à se vendre elle-même ? À part le service de la paie et des taxes scolaires, je cherche à quoi sert une commission scolaire? D'accord, j'exagère un peu, mais ça sert à illustrer le propos.

Voilà le véritable défi des commissions scolaires: on votera un jour quand on sera convaincu qu'elles servent à quelque chose et que les commissaires ont de réels pouvoirs. D'ici là, mon cabanon a mon vote.

En passant, ceux qui proposent de les abolir devraient y penser à deux fois.

Question coût, rien ne prouve que cette mesure sera profitable. Si on veut économiser des sous, une équipe de vérificateurs comptables et de gestionnaires efficaces ferait un meilleur travail. De plus, des employés municipaux coûtent plus cher que des employés scolaires. Pensez à un col bleu montréalais et vous comprendrez.

Et comme prof, l'abolition des commissions scolaires reviendrait à renégocier toutes nos conventions collectives locales et à donner les pleins pouvoirs à des directions d'école qui n'ont pas les compétences pour gérer des budgets aussi importants.

Les slogans creux de l'ADQ sont tentants mais souvent vides.

07 novembre 2007

Johanne et Pauline: parfois, veut mieux se taire!

Comme vous avez pu le constater, l'enseignement du français occupe une large place dans les médias cette semaine. Je m'en réjouis, mais j'évite de commenter pour l'instant sur ce blogue. Vous ne perdez rien pour attendre. Cependant, deux interventions me tirent de mon mutisme volontaire.

La mémoire courte

Pauline Marois y est allée à l'Assemblée nationale d'une déclaration dénonçant l'improvisation de la ministre actuelle en ce qui concerne ses interventions sur la réforme.
Je ne sais pas mais, moi, à sa place, je me garderais une petite gêne. Mme Marois a été ministre de l'Éducation. Si on juge un arbre à ses fruits, ceux de Mme Marois ont souvent eu un goût douteux et elle n'a pas de leçon à donner à qui que ce soit.
Ainsi, sur les ondes de Radio-Canada, Mme Suzanne G.-Chartrand, professeur à l'Université Laval, a souligné, à mots couverts, le fait que Mme Marois, alors ministre de l'Éducation, n'avait respecté sa parole quant aux conditions entourant l'implantation du nouveau programme de grammaire en 1995. Tiens... tiens...

Parler pour parler
Dans une conférence de presse (ici et ici), les représentants de syndicats enseignants ont dénoncé eux aussi les récentes prises de position de la ministre Courchesne et du gouvernement libéral.

Mme Johanne Fortier, présidente de la FSE a lors émis le commentaire suivant: «Il y a manifestement confusion de rôle et de genre. Qu'un premier ministre parle d'éducation, soit; qu'un premier ministre vienne nous dire comment enseigner, ça, il y a une marge. Dans la loi de l'instruction publique, il est clairement reconnu notre autonomie professionnelle dans le choix des outils, des approches pédagogiques pour enseigner, mais aussi pour évaluer.»

Madame Fortier est manifestement confuse. Elle devrait relire la Loi sur l'instruction publique et jeter un coup sur les conventions collectives des enseignants. Si l'article 19 de la LIP confère une certaine autonomie aux enseignants, celles-ci est encadrée par le caractère prescriptif des programmes de formation (article 46,1), par exemple.
Sinon, croyez-vous que les enseignants qui sont contre la réforme n'en auraient pas fait à leur tête?

06 novembre 2007

La grande Jasmine tout en larmes

Ce matin, la grande Jasmine est venue me voir. Une belle élève, toute douce et toute gentille. Du caractère aussi. Heureusement d'ailleurs. Elle va en avoir bien besoin.

Jasmine a échoué son épreuve de lecture d'étape. «Échouer» est un euphémisme pour dire que le bateau a coulé et touché des fonds marins qu'on croirait inatteignables. Imaginez: tenter de récupérer un navire sous le flot des larmes qui lui remplissait les yeux. Impossible.

La raison de cet échec: de sévères problèmes de dyslexie, tant en lecture qu'en écriture. Même le mot dyslexie est difficile à écrire, alors imaginez ses conséquences...

Jasmine a un dossier médical épais qui concurrencerait celui de l'annuaire téléphonique de Montréal. Depuis le primaire, ses enseignants sont bien gentils avec elle et tentent de l'aider. Même qu'avant d'arriver dans ma classe, on ne comptait pas ses fautes dans ses textes, dans ses examens. Mais là, en cinquième secondaire, elle vient de frapper le dur mur de la réalité : les fautes comptent! En effet, aux épreuves de fin d'année, le ministère ne fait pas de distinction entre les élèves dyslexiques et les autres. D'ou les larmes, d'ou aussi la colère.

Jasmine n'est pas ma première élève dyslexique à vivre cette situation. Règle générale, on les accompagne mollement durant leur parcours scolaire, les ressources pour les aider sont rares et les enseignants ne sont pas formés adéquatement pour leur apporter un soutien efficace. Mais rien de cela ne paraît parce qu'on pratique une évaluation «différenciée» et qu'on leur donne plus de temps pour chaque épreuve. On achète du temps.

Jasmine est bien évidemment découragée. On le serait à moins. Comme enseignant, je vais devoir tenter de trouver les ressources et les stratégies pour lui permettre de compléter son secondaire. Les gens dyslexiques ne sont pas condamnés à vie. Ils peuvent réussir de grandes choses. Mais souvent ils doivent obtenir ce foutu diplôme.

Quoi qu'il en soit, Jasmine a des problèmes de dyslexie: elle n'est pas dyslexique. Elle n'est pas définie uniquement par cette difficulté. Elle a des qualités, des habiletés. Nous travaillerons avec ses forces pour compenser ses faiblesses. Un long parcours difficile débute.

Mais bon sang que j'aimerais qu'on travaille avec ces élèves correctement alors qu'ils sont jeunes, qu'on leur montre à se servir d'un dictionnaire électronique adapté comprenant un logiciel permettant de reconnaître la graphie des mots à l'aide de l'alphabet phonétique, qu'on leur enseigne à utiliser des techniques de concentration et d'attention.

Non, on les pellete vers l'avant, leur donnant l'illusion de la réussite jusqu'à ce qu'il soit bien tard et que ces jeunes soient désamparés.

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La revue Correspondance a publié d'excellents textes dans son numéro de février 2006. À lire!

04 novembre 2007

C'est la nouvelle Norvège

Si vous cherchez de quoi lire, un petit tuyau: un auteur norvégien de romans policiers du nom de Jo Nesbo. Ce dernier a mérité le prix du meilleur roman policier nordique pour L'homme chauve-souris qui se déroulait en bonne partie en... Australie. Pas si mal pour un journaliste économique qui a déjà été un rock star dans son pays!
Ma libraire n'est pas très enthousiaste devant ce choix littéraire mais, comme tous les goûts sont dans la nature, je m'assume. En résumé, j'y vois un mélange de Mankell (dont on dit qu'il est le digne successeur) pour l'atmosphère ainsi que le décor et de Connelly pour certains aspects de l'inspecteur Harry Hole. D'autres vont jusqu'à faire un lien avec Chandler. Quoi qu'il en soit, dans Le Sauveur, son tout nouveau roman, Nesbo fait preuve d'une qualité d'écriture policière redoutable dans les derniers chapitres.

Comme il s'agit d'une série, commencez par le premier. Sinon, vous serez très fortement déçu.