Ben, tiens... Grosse nouvelle dans le Journal de Montréal ce matin: les écoles situées dans des milieux défavorisés seraient plus susceptibles de voir leurs élèves connaître des difficultés scolaires (ici, ici, ici et ici). L'éducation fait vendre dans les médias, me rappelait récemment une journaliste. Vous en doutiez-vous? Enfin, il est toujours bon de rappeler à certains bien-pensants des évidences aussi grosses.Cependant, il faut aussi éviter de généraliser: pauvreté n'égale pas automatiquement échec scolaire. D'ailleurs, un des textes du JdeM est un peu faible quand il traite du lien pauvreté-difficultés scolaires. Pourtant, les chiffres existent. Il aurait fallu que le journaliste pousse plus loin son travail: croiser les résultats du classement des écoles ayant un indice de milieu socio-économique (IMSE) de dévaforisation élevé avec les résultats des écoles aux tests ministériels, par exemple. Il aurait ainsi pu remarquer certaines corrélations intéressantes.
Quoi qu'il en soit, à Montréal, on peut lire ailleurs dans ce journal que la moitié des établissements scolaires seraient situés dans des milieux défavorisés (206 sur 412) tandis que, dans la grande région métropolitaine, ce serait plus tiers.
Une autre partie du reportage du Journal de Montréal souligne que, règle générale, les élèves de mileu défavorisé vivent dans des conditions de pauvreté et de sous-scolarisation qui compromettent leur réussite scolaire: vêtement inadéquat pour l'hiver, boîte à lunch moins garnie en fin de mois, implication moins grande des parents qui peuvent avoir des complexes ou des préjugés face à l'école, décrochage lié à la nécessité d'aller sur le marché du travail. La situation serait à l'opposé pour les écoles situées en milieu favorisé ou proposant des programmes particuliers comme le montre ce texte.
Pour ma part, la sous-scolarisation et les préjugés des parents sont un phénomène avec lequel je vis même dans mon école riche de banlieue et peut causer des problèmes importante. J'ai une élève brillante dont les parents ne voient pas la nécessité qu'elle poursuive des études collégiales: «Nous, on n'a pas fait d'études. Ça sert à rien.»
Il est évident également que l'école a un travail à faire pour se montrer plus accueillante et ouverte à l'égard des parents. Elle doit accepter de s'ouvrir, de ne pas juger, d'éduquer sans culpabliser. Éduquer parce que certains parents sont bien démunis parfois. Mais tout cela demande du temps et des moyens dont elle ne dispose pas.
Là où je décroche quelque peu à la suite de la lecture de ce reportage, c'est quand Robert Cadotte, spécialiste de l'enseignement en milieu défavorisé et conférencier, généralise un brin quant au comportement des enseignants qui oeuvrent dans les milieux défavorisés: «C'est plus difficile pour un enfant qui vit dans un milieu socioéconomique défavorisé. Les profs s'attendent déjà à ce qu'il ne soit pas bon. Généralement issus de milieux beaucoup plus aisés, les professeurs qui s'apprêtent à enseigner dans des classes d'élèves pauvres ne connaissent souvent rien de leur réalité. La chose la plus importante que l'on doit faire, c'est mieux former les profs pour qu'ils connaissent mieux ce milieu»
Je ne dis pas que M. Cadotte a entièrement tort et que ce phénomène n'existe pas. Seulement, le titre de l'article «Il faut des profs mieux formés» me rappellent les arguments peu subtils de l'IEDM. Et que font nos décideurs scolaires dans tout cela? Les profs sont-ils les seuls que l'on doive pointer du doigt? Pourquoi ne pas abaisser le nombre d'élèves par classe dans les milieux défavorisés? Pourquoi ne pas se pencher sur la façon dont l'argent est dépensé dans le réseau de l'éducation?
À ce sujet, comme on peut le lire dans ce billet, puis-je vous rappeler que le Centre en enseignement en milieux défavorisés de l'UQAM a fermé ses portes en juin dernier à la suite de la fin de la subvention de la Fondation Lucie et André Chagnon et de la restructuration financière de l'UQAM. M. Cadotte, qui y oeuvrait, je crois, aurait pu le mentionner, il me semble...
Enfin, une dernière observation: on a justifié l'implantation du Renouveau pédagogique au Québec en affirmant qu'il visait à contrer le décrochage scolaire. Ne pensez-vous pas qu'ils sont bien heureux et motivés, tous ces élèves dont le ventre est toujours aussi vide à la fin du mois mais qui ont maintenant de beaux manuels tout neufs?
S'il fallait revoir nos pratiques d'enseignement, utiliser le décrochage scolaire comme argument pour appuyer une réforme de l'éducation et ne rien faire pour les élèves venant de milieux démunis est inconséquent. Comme si le décrochage n'était, au fond, un problème d'élèves (riches) qui s'ennuyaient à l'école. Où sont-elles les vraies mesures pour contrer le décrochage? Ou sont-ils ces pédagogues qui nous parlent du bien-être de l'élève?
Parce que l'école québécoise est trop occupée à se dépêtrer dans un Renouveau magique, elle laisse en plan les élèves les plus fragiles.