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17 janvier 2008

Pauvreté et difficultés scolaires

Ben, tiens... Grosse nouvelle dans le Journal de Montréal ce matin: les écoles situées dans des milieux défavorisés seraient plus susceptibles de voir leurs élèves connaître des difficultés scolaires (ici, ici, ici et ici). L'éducation fait vendre dans les médias, me rappelait récemment une journaliste. Vous en doutiez-vous? Enfin, il est toujours bon de rappeler à certains bien-pensants des évidences aussi grosses.

Cependant, il faut aussi éviter de généraliser: pauvreté n'égale pas automatiquement échec scolaire. D'ailleurs, un des textes du JdeM est un peu faible quand il traite du lien pauvreté-difficultés scolaires. Pourtant, les chiffres existent. Il aurait fallu que le journaliste pousse plus loin son travail: croiser les résultats du classement des écoles ayant un indice de milieu socio-économique (IMSE) de dévaforisation élevé avec les résultats des écoles aux tests ministériels, par exemple. Il aurait ainsi pu remarquer certaines corrélations intéressantes.

Quoi qu'il en soit, à Montréal, on peut lire ailleurs dans ce journal que la moitié des établissements scolaires seraient situés dans des milieux défavorisés (206 sur 412) tandis que, dans la grande région métropolitaine, ce serait plus tiers.

Une autre partie du reportage du Journal de Montréal souligne que, règle générale, les élèves de mileu défavorisé vivent dans des conditions de pauvreté et de sous-scolarisation qui compromettent leur réussite scolaire: vêtement inadéquat pour l'hiver, boîte à lunch moins garnie en fin de mois, implication moins grande des parents qui peuvent avoir des complexes ou des préjugés face à l'école, décrochage lié à la nécessité d'aller sur le marché du travail. La situation serait à l'opposé pour les écoles situées en milieu favorisé ou proposant des programmes particuliers comme le montre ce texte.

Pour ma part, la sous-scolarisation et les préjugés des parents sont un phénomène avec lequel je vis même dans mon école riche de banlieue et peut causer des problèmes importante. J'ai une élève brillante dont les parents ne voient pas la nécessité qu'elle poursuive des études collégiales: «Nous, on n'a pas fait d'études. Ça sert à rien.»

Il est évident également que l'école a un travail à faire pour se montrer plus accueillante et ouverte à l'égard des parents. Elle doit accepter de s'ouvrir, de ne pas juger, d'éduquer sans culpabliser. Éduquer parce que certains parents sont bien démunis parfois. Mais tout cela demande du temps et des moyens dont elle ne dispose pas.

Là où je décroche quelque peu à la suite de la lecture de ce reportage, c'est quand Robert Cadotte, spécialiste de l'enseignement en milieu défavorisé et conférencier, généralise un brin quant au comportement des enseignants qui oeuvrent dans les milieux défavorisés: «C'est plus difficile pour un enfant qui vit dans un milieu socioéconomique défavorisé. Les profs s'attendent déjà à ce qu'il ne soit pas bon. Généralement issus de milieux beaucoup plus aisés, les professeurs qui s'apprêtent à enseigner dans des classes d'élèves pauvres ne connaissent souvent rien de leur réalité. La chose la plus importante que l'on doit faire, c'est mieux former les profs pour qu'ils connaissent mieux ce milieu»

Je ne dis pas que M. Cadotte a entièrement tort et que ce phénomène n'existe pas. Seulement, le titre de l'article «Il faut des profs mieux formés» me rappellent les arguments peu subtils de l'IEDM. Et que font nos décideurs scolaires dans tout cela? Les profs sont-ils les seuls que l'on doive pointer du doigt? Pourquoi ne pas abaisser le nombre d'élèves par classe dans les milieux défavorisés? Pourquoi ne pas se pencher sur la façon dont l'argent est dépensé dans le réseau de l'éducation?

À ce sujet, comme on peut le lire dans ce billet, puis-je vous rappeler que le Centre en enseignement en milieux défavorisés de l'UQAM a fermé ses portes en juin dernier à la suite de la fin de la subvention de la Fondation Lucie et André Chagnon et de la restructuration financière de l'UQAM. M. Cadotte, qui y oeuvrait, je crois, aurait pu le mentionner, il me semble...

Enfin, une dernière observation: on a justifié l'implantation du Renouveau pédagogique au Québec en affirmant qu'il visait à contrer le décrochage scolaire. Ne pensez-vous pas qu'ils sont bien heureux et motivés, tous ces élèves dont le ventre est toujours aussi vide à la fin du mois mais qui ont maintenant de beaux manuels tout neufs?

S'il fallait revoir nos pratiques d'enseignement, utiliser le décrochage scolaire comme argument pour appuyer une réforme de l'éducation et ne rien faire pour les élèves venant de milieux démunis est inconséquent. Comme si le décrochage n'était, au fond, un problème d'élèves (riches) qui s'ennuyaient à l'école. Où sont-elles les vraies mesures pour contrer le décrochage? Ou sont-ils ces pédagogues qui nous parlent du bien-être de l'élève?

Parce que l'école québécoise est trop occupée à se dépêtrer dans un Renouveau magique, elle laisse en plan les élèves les plus fragiles.

10 octobre 2007

Parlons de décrochage

Le Journal de Montréal et La Presse ont consacré quelques textes au décrochage scolaire cette semaine. Ceux-ci valent la peine de s'y attarder.

Dans le Journal à Péladeau

Dans le JdeM, on brosse un portrait assez sombre de ces jeunes qui décrochent dès leur entrée à la maternelle: «De plus en plus d'enfants éprouvant des problèmes de comportement ou des difficultés d'apprentissage décrochent «psychologiquement» dès la première année ou même la maternelle, estiment certains spécialistes.»

Une partie de ce phénomène serait attribuable à ce qu'on appelle les «enfants-rois» défendus bec et ongles par leurs parents. Pour Égide Royer, professeur au Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de l'Université Laval, «Les deux éléments les plus importants chez les jeunes qui décrochent sont les problèmes de lecture et les problèmes de comportement.»

La situation serait d'ailleurs plus préoccupante en Estrie ou la Commission scolaire de la Région-de- Sherbrooke (CSRS) se livrera à une gigantesque enquête afin de mieux comprendre pourquoi ce phénomène est plus important sur son territoire.

Enfin, le Journal de Montréal complète cette série de textes par un test qui permet au lecteur de savoir si son enfant risque de décrocher.

Dans La Presse à Desmarais

Un autre texte, publié cette fois-ci dans La Presse, nous apprend qu'au Saguenay, cette région s'est attaquée avec un succès certain au décrochage scolaire. La plupart des intervenants du pays des Bluets se sont mobilisés afin de lutter de concert contre ce fléau.

En plus du milieu scolaire, les maires des municipalités, les organismes communautaires, les services de santé et même les commerçants ont participé à cette action: «Le milieu des affaires a compris qu'un élève qui décroche va coûter plus cher à la société qu'un élève qui persévère. Économiquement, le succès de nos élèves donne une valeur ajoutée à toute la région. On peut se servir de ces statistiques pour attirer des gens chez nous et faire en sorte qu'ils s'installent à long terme. On peut dire aux parents que leurs enfants réussiront mieux ici», explique Jean Paradis, président du conseil interordres de l'éducation.
Il s'agirait donc d'un modèle à suivre et un programme similaire vient d'être implanté dans le quartier montréalais de Saint-Henri.

Dans la tête malicieuse du Prof masqué

Les très jeunes seraient donc plus nombreux à décrocher. Peut-on avoir une idée de combien? Sur quoi se base-t-on pour établir un tel constat? Cette affirmation est vague à souhait. Mais ce n'est pas grave: la «une» du Journal est accrocheuse.

Quant au petit test, personnellement, j'en ai soupé! Qu'ils soient de La Presse ou du JdeM, malgré les mises en garde qu'on y retrouve parfois, je trouve inconcevable qu'on tente de faire croire à un lecteur qu'il peut lui-même évaluer si son jeune risque de décrocher ou s'il a les connaissances pour entrer dans un programme d'études internationales. Un média ferait de même avec une question médicale qu'il aurait de nombreux médecins sur le dos. Mais comme il ne s'agit que d'éducation et que tout le monde est un spécialiste...

Puis-je me permettre une réflexion un peu de mauvaise foi, mais comment peut-on avoir des jeunes qui décrochent de plus en plus alors que la renouveau pédagogique devait justement contrer cet écueil? Plus cyniquement encore, mais pourquoi avoir chamboulé tout le monde de l'éducation si la solution se trouve (aussi) à l'extérieur de nos écoles comme le montre l'exemple saguenéen? Également, de nombreux exemples de lutte au décrochage existent et ont fait leurs preuves, à Toronto, entre autres.

Mais de cela, il ne faut pas parler. Mais sur cela, il ne faut pas questionner. Le décrochage continue. Le renouveau magique n'y changera rien, quant à moi.

«The truth is out there.»

24 août 2007

Sylvie

Depuis quelques jours, sur la blogosphère, on parle beaucoup d'évaluation (ici, ici, ici et ici). Les avis sont partagés. Comme d'habitude. Évaluation formative versus évaluation sommative, compétences versus connaissances, moyennent qui poussent au décrochage, réussite des élèves: beaucoup d'aspects intéressants sont abordés. Au-delà de ce débat pédagogique, permettez-moi cette anecdote très personnelle.
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Quand Sylvie est entrée dans ma classe l'année dernière, cela ne m'a pas pris un cours universitaire pour comprendre de quel genre d'élève il s'agissait. Durant toute cette première période ensemble, assise au fond de la classe, elle dessinait dans son agenda en regardant l'horloge égrainer trop lentement les minutes. L'éternité douloureuse avait un visage: le sien.

J'ai alors fait ce que je fais toujours dans ce cas: je suis allé vers ses anciens profs. Comme de bons délateurs, ils m'ont tout appris. Sylvie a doublé sa quatrième secondaire, a suivi des cours d'été, a été recalée de nouveau et, par un miracle du Saint-Esprit et quelques modifications comptables, s'est retrouvée dans ma classe. Horreur! la voilà stigmatisée à mes yeux, pensez-vous.

Après cette discussion avec mes collègues, aucun doute n'est possible: Sylvie n'a aucune estime de soi en français et haït profondément cette matière. Parce qu'elle est constamment en situation d'échec, elle a cessé d'étudier depuis longtemps et le mot «effort» ne s'accorde plus avec le français. Je la comprendrais à moins.

Le portrait est donc clair et les chances de réussite de cette élève minces. Que me reste-t-il à faire? La seule et unique chose, je crois, que je fais toujours dans ces cas-là: apprendre à la connaître, à connaître ses forces et ses faiblesses, ses peurs et ses joies.

En dehors du cours, Sylvie est une élève attachante et appréciée, toujours souriante. Le sourire, elle le perd en entrant dans ma classe chaque jour depuis la rentrée et cela me tue. Aussi bien débuter par là: lui faire retrouver le sourire.

Au fil du temps, je m'intéresse plus à elle et celle-ci réalise que le prof de français est un être humain, pas seulement le même individu anonyme qui la coule année après année. Et puis, Sylvie a une passion: le basket. Alors, on parle basket, à son grand étonnement. Un prof de français qui lit de la poésie et la section des sports!

Je triche un peu, me renseigne sur le sujet et la voilà qui me parle de ses compétitions scolaires. Elle rayonne. Elle me décrit ses matchs, ses paniers, les tournois à venir, m'apprend quelques trucs qu'elle pratique le soir chez elle.

Lentement, mes explications, quand je m'adresse à elle, changent. Elle reconnaît des concepts, des notions qu'elle maîtrise déjà. On ne parle plus de stratégie de rédaction mais de plan de match, de jeu défensif, de visualisation.

N'allez pas croire que Sylvie est subitement devenue une première de classe. En tablant sur ses forces, ses qualités humaines, ses projets, ses rêves, elle est simplement devenue autre chose qu'une dernière de classe à ses yeux.
A-t-elle réussi son année? Peut-être. Je le lui souhaite, même si je sais qu'elle ne saura jamais lire et écrire convenablement. Chose certaine, elle s'est battue, comme elle se bat durant chaque match de basket. Et comme son équipe gagne souvent...

Une chose est certaine cependant: Sylvie avait retrouvé le sourire. Elle acceptait mieux ses limites, réalisait qu'il y avait d'autres façons pour elle de se regarder.

Le bulletin est une chose. À un moment donné, il doit devenir un instrument de mesure quant à des attentes précise et un instrument de tri scolaire. Sauf que le bulletin n'est pas tout dans la vie d'un jeune. Oui, il faut le pousser à donner le meilleur de lui-même sans toutefois oublier qu'il s'agit d'un être qui mérite souvent notre estime et notre humanité. Et il n'y a aucun programme de formation qui peut prescrire une relation maître-élève de qualité.

21 août 2007

Bulletin: un avis prévisible

AVIS: VOUS ÊTES PRO-RÉFORME OU VOUS DÉTESTEZ QUAND LE PROFESSEUR MASQUÉ FAIT UNE MONTÉE DE LAIT? ALORS, NE LISEZ PAS CET BILLET.

Certains médias et même certains blogueurs semblaient surpris par cette nouvelle: dans un avis qu'il vient de déposer à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) désapprouve l'idée d'imposer la notation en pourcentage et la moyenne de groupe dans un bulletin uniforme (ici, ici et ici). Pourtant, il faut se rappeler que le CSE a toujours défendu le renouveau pédagogique. Il est donc tout à fait cohérent avec ses positions antérieures. C'est un peu comme si on se surprenait de voir une tribunal ecclésiastique condamner le mariage entre conjoints de même sexe! On appelle cela une non-nouvelle.

Ce qui m'exaspère plutôt dans cette nouvelle, ce sont les arguments du CSE.

Les fameux pourcentages

Tout d'abord, concernant les notes en pourcentage, le CSE croit que ce mode de transmission des résultats «n'apportera pas d'information permettant aux parents de mieux comprendre la progression de leur enfant.» Pour la présidente de cet organisme consultatif, Nicole Boutin, il s'agit d'une «simple conversion de cote en pourcentage.» Alors, pourquoi tout ce débat entourant cette question, je me le demande? De plus, ironiquement, je me dis qu'il évident que recevoir un A à l'énoncé du type «L'élève construit sa conscience citoyenne à l'échelle planétaire» était plus clair.

Ensuite, toujours concernant les pourcentages, le CSE se demande si les enseignants auront suffisamment le temps de s'ajuster à ce changement. Grands dieux! Le CSE qui se préoccupe des enseignants et qui craint l'improvisation pédagogique! Depuis les débuts, cette réforme suscite les critiques de bien des enseignants qui lui reprochent, entre autres, son implantation à la petite semaine. De grâce, trouvez d'autres arguments plus sincères...

La moyenne de groupe

En ce qui concerne le retour de la moyenne de groupe, le CSE, se basant sur plusieurs recherches, estime qu'il ne s'agit pas d'une bonne façon de soutenir les apprentissages de l'élève: «L'inscription de la moyenne du groupe pourrait avoir un impact négatif sur la perception de la compétence et l'estime de soi d'une bonne proportion d'élèves et sur le rapport qu'eux et leurs parents vont établir avec l'école.»

Dans un premier temps, je vous avoue que j'aimerais bien lire ces fameuses recherches. Ah! les recherches, les études et les rapports d'experts! Que tout cela donne du sérieux à une argumentation, toute boiteuse qu'elle soit!

Cet éternel argument de l'estime de soi et du caractère nuisible des comparaisons me rend toujours aussi perplexe. Certains vont même jusqu'à affirmer que le dopage et la tricherie sont les conséquences inévitables de cette culture de la performance. Pourtant, qu'y a-t-il de mal à comparer quand cela est fait sainement? D'ailleurs, les enfants d'une même classe comparent toujours leurs résultats, même avec la réforme. Pour les parents, il s'agit encore d'un repère plus parlant pour savoir ou en est rendu son enfant. Je ne dis pas que cette indication soit parfaite. Par contre, elle permet de situer son enfant par rapport à une certaine norme moins abstraite que le développement de son propre potentiel.

Enfin, de là à affirmer que les moyennes de groupe poussent les élèves au décrochage, je suis désolé de l'écrire, mais cet argument démontre surtout à quel point ces derniers sont mal accompagnés. On doit indiquer à l'enfant ses faiblesses et ses forces, on doit l'amener à mieux se connaître et grandir. L'estime de soi, c'est davantage que des indications dans un bulletin. C'est un entourage familial présent et réconfortant malgré la tourmente. Ce sont des enseignants qui, sans être complaisants, sont capables de stimuler l'enfant et l'amener à comprendre ou à dépasser ses limites.

À respecter cette logique, pour contrer le décrochage, à la boutade, décernons des A à tous les élèves et le problème sera réglé. Pourtant, mon instinct me dit que...

Pour le CSE enfin, l'école devrait davantage favoriser divers moyens pour informer les parents, dont les rencontres avec les enseignants, le portfolio ou l'inscription de messages dans l'agenda. Quelqu'un pourrait-il rappeler au CSE que certains enseignants voient plus de 250 élèves différents par semaine?

La ministre a déjà tranché

La ministre de l’Éducation, pour sa part, a indiqué qu'elle maintiendrait le retour des pourcentages et des moyennes de groupe. Selon elle, il s'agit d'un élément motivateur: «Vivre en société, c’est vivre forcément avec des comparaisons. Si la moyenne est abordée positivement et accompagnée de mesure de soutien, ça peut aider les enfants et leur donner le goût de la réussite. »

De plus, Mme Courchesne croit qu'on a «oublié les parents dans cette réforme et 10 ans plus tard, ils nous demandent de revenir à un système qui leur parle à eux.» J'espère seulement qu'elle réalisera bientôt que bien des enseignants, eux aussi, se sont sentis mis sur la touche.

18 août 2007

L'école discriminatoire envers les garçons?

Compte rendu d'un ouvrage intéressant intitulé Les Garçons et l'École, ce matin dans le quotidien Le Devoir. En fait, je dis «intéressant», mais je demeure quand même prudent parce que, pour des raisons personnelles, je sais que Louis Cornellier a la fâcheuse tendance à interpréter plus qu'à lire les essais sur lesquels il se penche.

À la question à savoir si l'école est discriminatoire envers les garçons, Jean-Claude Saint-Amand, l'auteur de cet essai, répond que non. Il va ainsi à l'encontre de bien d'autres chercheurs et de bien des idées reçues.

Son point de vue s'appuierait sur les points suivants:

  • les difficultés académiques des garçons n'auraient trait qu'à la langue d'enseignement. Ce retard n'est pas propre qu'aux jeunes québécois et se manifeste surtout chez les élèves de milieux populaires;
  • les jeunes filles québécoises ne font pas seulement mieux que leurs homologues masculins, mais aussi mieux que ceux du reste du Canada et des pays de l'OCDE. Donc, ce sont pas tant les garçons au Québec qui connaissent des difficultés scolaires que les filles qui connaissent du succès.
Pour expliquer l'écart entre les garçons et les filles, Saint-Amand croit que «certaines conceptions de l'identité masculine amènent des garçons, le plus souvent ceux qui sont issus de milieux socio-économiques faibles, à se distancier de l'école et de ses exigences».

Selon ce dernier, l'école est davantage perçue négativement par les jeunes québécois qui la voient comme une contrainte et qui refusent certains efforts. La persistance de stéréotypes dévalorise même la réussite scolaire des garçons. Mais comme le précise le chercheur, il convient d'«éviter la généralisation à tous les garçons de phénomènes qui ne concernent qu'une partie d'entre eux».

Toujours d'après lui, il faut mettre en place des mesures de réussite scolaire qui s'adressent tant aux garçons qu'aux filles et accorder la priorité à «des actions prioritaires en milieu socio-économique faible». Ainsi, des solutions comme la non-mixité serait carrément nocive puisqu'elle entraînerait une diminution des attentes envers les garçons et renforcerait les stéréotypes masculins.

On devrait favoriser davantage la réussite des garçons en s'attaquant aux stéréotypes sexuels parce que, plus un jeune garçon adhère à ceux-ci, moins ses résultats sont bons.

Enfin, une autre solution serait de diversifier davantage les pratiques de lecture à l’école et de s'assurer qu'elles soient substantielles: «L'effet positif des pratiques de lecture fréquente et prolongée est donc bien étayé. Il serait même apte à compenser certains effets négatifs liés au statut socio-économique.»

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J'ai remarqué qu'on a souvent reproché à l'école d'être sexiste: on n'y retrouve pas de modèle masculin, les livres obligatoires n'abordent pas des thématiques propres aux garçons, il n'y a pas assez de cours ou les jeunes mâles en rut peuvent tenter d'épuiser leurs poussées de testostérone, etc. (J'ai même déjà entendu quelqu'un expliquer que les filles réussissaient davantage parce qu'il est dans leur culture d'être soumises et de travailler davantage, mais c'est un autre débat...) Les reproches sont d'ailleurs devenus tellement fréquents que bien des enseignants ont fini par se sentir coupables du décrochage de certains garçons et se remettre en question.

Si les chiffres et les hypothèses de Saint-Amand sont vrais, il convient peut-être de remettre les choses en perspective au Québec et de cesser de se sentir coupables. Trop souvent, on demande à l'école de se réinventer alors que le véritable problème n'est peut-être pas en ses murs.

Il ne faut pas non plus, comme l'a indiqué cet auteur, généraliser à l'ensemble des garçons les difficultés rencontrées par certains d'entre eux ou encore s'imaginer qu'une fille ne peut pas décrocher... parce qu'elle est une fille!

Je souligne en terminant que bien des approches contre le décrochage (réforme, réussite des garçons, programmes de lecture, etc.) ignorent que ce sont les différences socio-économiques qui sont généralement déterminantes quand on s'intéresse aux succès des jeunes. Mais qui parle de pauvreté au Québec pour expliquer les insuccès de certains jeunes? C’est un discours de gauche à la fois dangereux et périmé.

05 juin 2007

Pot et malbouffe

Petit détail de la vie ordinaire scolaire.

Depuis quelques années, la discipline s'est relâchée dans mon école. Changements de direction fréquents, embauche de personnel mal encadré: tous les ingrédients sont là pour créer une détérioration de ce milieu de vie.

Il ne faut donc pas se surprendre qu'aujourd'hui, en fin d'après-midi, j'ai croisé dans un corridor un élève qui portait un gaminet ou l'on retrouvait bien en évidence des feuilles de pot. Le jeune, qui semblait être en deuxième secondaire, l'a donc porté toute la journée au vu et au su de tous les éducateurs qui l'ont croisé. Si l'on pousse plus loin, ce chandail a aussi été acheté par des parents qui devaient avoir une idée de ce que représentait ce vert feuillage.

Je n'ai pas osé intervenir. Je suis un peu tanné du rôle de gros méchant qui voit tout et qui remet en cause et ses collègues et la façon dont le code de vie de mon école est appliqué. Sauf que...

On parle beaucoup de décrochage scolaire au Québec. Même qu'on a fait une réforme pour contrer ce phénomène et qu'on a investi des centaines demillions de dollars. Sans y voir un lien direct de cause à effet, saviez-vous que près de 18% des jeunes au Québec sont des consommateurs réguliers? Saviez-vous que les commissions scolaires de tout le Québec viennent de se doter d'une politique concernant les toxicomanies? Et pourtant, dirait le grand Charles...

Pour l'instant, on en juste contre la méchante malbouffe. Et certains parents, en bons hypocrites, demandent aux écoles de bannir les aliments mauvais pour la santé alors qu'ils en gavent leur marmaille à la maison chaque jour...

Pour en savoir davantage sur la consommation de drogues chez les jeunes: