En fait, au départ, les problèmes d'absentéisme sont souvent le résultat d'un mode de gestion et de philosophie d'une école. Ils sont aussi très révélateurs de comment une direction gère ses rapports avec les enseignants et les parents. Je m'explique avec un exemple tiré du vécu d'un collègue.
Il y a trois ans, la direction de son école a été remplacée par un gestionnaire plus cool et officiellement plus décentralisateur. Celui-ci a alors aboli le suivi scolaire pour demander aux enseignants de gérer eux-mêmes les retards et les absences de leurs élèves. Le suivi scolaire, pour les ceuses qui sont pas habitués aux écoles, c'est un genre de préfet de discipline qui s'assure de superviser les retards, les absences et le comportement général des élèves. Dans le cas qui nous occupe, il s'agissait d'un enseignant dont la libération était payée à même les enseignants qui acceptaient de faire davantage de périodes d'enseignement que le prévoit la norme du 24,4 périodes par tâche.
Résultat: on soupçonne que l'absentéisme a monté en flèche depuis ce changement, entre autres, parce que ce ne sont pas tous les collègues qui ont la même conscience professionnelle. Pour les retards, les élèves ont pris de mauvais plis ou se sont ajustés selon le degré de sévérité des profs. Enfin, on a découvert que bien des élèves ne faisaient pas leurs remises de temps sans qu'il n'y ait de conséquence à ce manquement. En décentralisant le suivi scolaire et en ne s'assurant pas de la coordination et du travail des enseignants, on a réussi à nuire à un système qui fonctionnait, sommes toutes, bien mieux.
Certains enseignants de cette école ont alors demandé à avoir las chiffres concernant les absences et les retards à la direction concernée. Croyez-vous qu'elle fut assez folle pour se tirer dans le pied? Les chiffres ne sont jamais venus. C'est là qu'on aborde le volet politique de mon billet.
Une direction d'école occupe un poste politique. Elle a des intérêts à servir, dont les siens. Généralement, une direction ne reste pas assez longtemps dans une même école pour qu'elle soit imputable de quoi que ce soit. Elle a donc le beau jeu d'inventer moult prétextes. Elle peut aussi retenir de l'information ou ne pas aborder certains points en CE, par exemple. J'ai assez d'expérience sur cette instance pour en témoigner.
Aussi, dans tout le débat entourant le projet de loi de la ministre Courchesne sur la démocratie scolaire, je repense à cette situation quand j'entends des gens réclamer davantage de pouvoirs pour les directions d'école. Je repense aussi à certaines réactions que j'ai entendues quant au plan sur la qualité du français, dont celle-ci qui est fort révélatrice : «La ministre peut dire ce qu'elle veut. Je suis dans mon école.»












