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16 mai 2008

Absentéisme scolaire et directions d'école

Ce matin, dans La Presse, un article intéressant sur l'absentéisme scolaire. On explique comment nos élèves peuvent parfois sécher les cours sans difficulté, comment la France et l'Angleterre vivent ce problème et surtout comment la DPJ, légalement concernée par cette situation, ne fait pas grand-chose.

En fait, au départ, les problèmes d'absentéisme sont souvent le résultat d'un mode de gestion et de philosophie d'une école. Ils sont aussi très révélateurs de comment une direction gère ses rapports avec les enseignants et les parents. Je m'explique avec un exemple tiré du vécu d'un collègue.

Il y a trois ans, la direction de son école a été remplacée par un gestionnaire plus cool et officiellement plus décentralisateur. Celui-ci a alors aboli le suivi scolaire pour demander aux enseignants de gérer eux-mêmes les retards et les absences de leurs élèves. Le suivi scolaire, pour les ceuses qui sont pas habitués aux écoles, c'est un genre de préfet de discipline qui s'assure de superviser les retards, les absences et le comportement général des élèves. Dans le cas qui nous occupe, il s'agissait d'un enseignant dont la libération était payée à même les enseignants qui acceptaient de faire davantage de périodes d'enseignement que le prévoit la norme du 24,4 périodes par tâche.

Résultat: on soupçonne que l'absentéisme a monté en flèche depuis ce changement, entre autres, parce que ce ne sont pas tous les collègues qui ont la même conscience professionnelle. Pour les retards, les élèves ont pris de mauvais plis ou se sont ajustés selon le degré de sévérité des profs. Enfin, on a découvert que bien des élèves ne faisaient pas leurs remises de temps sans qu'il n'y ait de conséquence à ce manquement. En décentralisant le suivi scolaire et en ne s'assurant pas de la coordination et du travail des enseignants, on a réussi à nuire à un système qui fonctionnait, sommes toutes, bien mieux.

Certains enseignants de cette école ont alors demandé à avoir las chiffres concernant les absences et les retards à la direction concernée. Croyez-vous qu'elle fut assez folle pour se tirer dans le pied? Les chiffres ne sont jamais venus. C'est là qu'on aborde le volet politique de mon billet.

Une direction d'école occupe un poste politique. Elle a des intérêts à servir, dont les siens. Généralement, une direction ne reste pas assez longtemps dans une même école pour qu'elle soit imputable de quoi que ce soit. Elle a donc le beau jeu d'inventer moult prétextes. Elle peut aussi retenir de l'information ou ne pas aborder certains points en CE, par exemple. J'ai assez d'expérience sur cette instance pour en témoigner.

Aussi, dans tout le débat entourant le projet de loi de la ministre Courchesne sur la démocratie scolaire, je repense à cette situation quand j'entends des gens réclamer davantage de pouvoirs pour les directions d'école. Je repense aussi à certaines réactions que j'ai entendues quant au plan sur la qualité du français, dont celle-ci qui est fort révélatrice : «La ministre peut dire ce qu'elle veut. Je suis dans mon école.»

04 mai 2008

À propos de l'examen d'écriture du MELS

Cher Renart (et à tous, bien sûr),

Tant qu'à me voir banni du serveur de la CSDM, amusons-nous un peu aujourd'hui....

Le début mai est marqué par la Fête des travailleurs. C'est aussi vers ce moment de l'année que les élèves de cinquième secondaire doivent affronter l'examen ministériel d'écriture. Affronter est un terme peut-être un peu fort, tout de même...

Comme l'ont relevé certains articles de La Presse, la réussite à certains critères de cette épreuve atteint des proportions similaires aux élections soviétiques. Mais comment expliquer un tel succès alors que certains jeunes peinent pourtant à écrire correctement leur langue maternelle?

C'est bien simple: cet examen est conçu pour être réussi par le plus grand nombre possible d'élèves, qu'ils sachent écrire correctement ou pas. L'important, c'est de décerner des diplômes et d'envoyer les petits sur le marché du travail. Pour les autres, des cours de rattrapage sont prévus au cégep et même à l'université. Rattrapage après 13 années d’enseignement du français et deux épreuves ministérielles qui sont supposées valider la maitrise de la langue…

On pourra toujours s'interroger sur la pertinence d'écrire correctement sa langue maternelle pour occuper certains métiers. Il n'en demeure pas moins qu'on fait croire aux jeunes qu'ils maîtrisent leur français en leur donnant aussi mensongèrement 85% à une épreuve terminale.

J'ai souvent lu des témoignages de jeunes qui s'estimaient floués par un système d'éducation qui lui remettait un diplôme pour ensuite les recaler. Ils ont bien raison.

Je les ai souvent vus partir pour le cégep et se casser la gueule dès leur première session parce qu’ils ne possèdent pas les compétences-connaissances nécessaires à leur réussite. Mais qui s’en soucie? Sûrement pas ceux leur décernent un diplôme de la sorte.

Une formule gagnante : le cahier de préparation

Afin de s'assurer que le plus grand nombre d'élèves réussissent cet examen, on leur confère certains avantages majeurs.

On remet tout d'abord un cahier de préparation aux élèves. Ce dernier contient des textes à partir desquels ils devront écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots.

Le gag, si c'en était drôle, c'est que ce cahier révèle immédiatement une partie du sujet qui sera abordé. Cette année, par exemple, il y avait de fortes chances que le sujet porte sur la gestion des déchets. Pourquoi? Tout d’abord le titre du cahier est «Parlons poubelles!» Ensuite, il écrit dans le cahier qu’une partie du sujet portera sur ce sujet :

«Au cours des prochains jours, on vous demandera de réfléchir et de prendre position, en tant que jeune citoyen ou citoyenne, sur la gestion des déchets au Québec.»

On suggère même à la même page des activités qui pourraient servir à l’écriture du texte :

«La première vous amène à prendre conscience du problème de l’élimination des déchets. La deuxième vise votre gestion écologique des déchets dans le quotidien. La troisième vous propose certains textes sur cette problématique et ses différentes dimensions telles la réduction, la réutilisation, le recyclage, la valorisation des matières résiduelles, etc.»

Et devinez finalement quel a été le sujet de rédaction? Donnez votre opinion sur les mesures mises en place pour gérer les déchets. Quelle surprise!

L'avantage pour l'élève est donc qu'il pourra écrire une partie de son texte et l’apprendre par coeur, anticiper les aspects de celui-ci, ses arguments, etc. On voit ainsi des élèves qui 50% dans l’année bondir à 75% au ministère.

Combien d’élèves ont écrit à l’avance un sujet amené et l’ont corrigé avec un proche ou à l’ordinateur vous croyez? Combien me l’ont montré en voulant que je le corrige?

Ensuite, et cette année, cela est plus vrai que jamais, chaque texte est résumé en une phrase au début de celui-ci. On s’assure dans certains cas de préciser clairement la fonction de l’auteur du texte.
  • «Comment pouvons-nous diminuer l’accumulation des déchets dans les dépotoirs? Une spécialiste du recyclage et de l’environnement nous en informe dans l’extrait qui suit.»
  • «Les emballages des produits contribuent à l’augmentation des déchets. Peut-on arriver à réduire le volume de ces emballages?»
  • «Les déchets électroniques posent un problème croissant pour l’environnement et la santé publique partout dans le monde.»
  • «Une enquête fouillée de François Cardinal, journaliste spécialiste en environnement au quotidien La Presse, fait ressortir des lacunes relativement à la gestion des déchets au Québec.»

D’ailleurs, chaque texte est introduit par un signet. Cette année, ils sont moins révélateurs, mais je me souviens d’une fois ou il indiquait carrément des aspects à traiter.

Bref, dire que tout le travail est prédigéré serait donc près de la réalité.

Ce cahier est évidemment remis aux élèves qui peuvent le travailler pendant près d'une semaine avec un ami, un parent. Quoi de mieux d’ailleurs qu’un parent enseignant de français quand vous êtes Fille masquée! On ne mesure donc pas la capacité des élèves à comprendre des textes, mais plutôt leurs habiletés sociales ou leur entourage familial.

Dans ma classe, les forts se sont regroupés entre eux et n’ont admis qu’un petit nombre d’élèves en difficulté au sein de leur cénacle. Sur quelle base aurais-je lu les obliger à faire autrement? Soyez gentils… Vous me faites de la grosse pé-peine, là…

Dans la même veine. il est d’ailleurs étonnant que des élèves n’aient pas encore créé un blogue pour échanger leurs informations sur ce cahier. Les accuserait-on de plagiat comme l’a fait une université canadienne dans un cas similaire? Même mes amis d’Atheex n’y ont pas pensé. Oh! Il existe bien quelques forums de discussion sur MSN, mais rien de très sérieux.

Une autre formule gagnante : la feuille de notes

Afin de pouvoir utiliser des arguments solides et précis, on permet à l’élève de retranscrire sur une feuille de notes les extraits tirés des textes qu’il juge pertinents.

Il peut aussi ajouter certains éléments afin de l’aider dans sa correction comme en fait foi cette consigne :

«Après avoir lu et annoté les textes, inscrivez les éléments d’informations susceptibles de soutenir votre argumentation : mots-clés, citations et références, positions d’experts, schémas et définitions. Vous pouvez également y noter des éléments qui vous seront utiles pour vérifier et améliorer la qualité de votre texte (vocabulaire, syntaxe, ponctuation, orthographe d’usage et grammaticale, organisateurs textuels)».

Un élève futé pourra toujours caché au sein de sa feuille de notes des informations qui seraient interdites. De toute façon, à toutes fins pratiques, ces feuilles ne sont pas vérifiées efficacement. Certaines contiennent de milliers de mots, vous imaginez le travail!

Elles ne sont pas envoyées au MELS, le prof qui surveille l’examen n’a souvent aucun idée de ce qu’on doit y retrouver et les zélés comme moi qui demandent à avoir la possibilité d’être libéré pour vérifier les feuilles de notes de ses élèves se heurtent parfois à une direction qui trouve que ça coûte cher.

Oh! On prend soin de préciser que «cette feuille de notes ne doit contenir aucun texte déjà rédigé par l’élève.» Mais j’en ai vu qui ont utilisé avec brio une succession de mots-clés pour y «cacher» leur introduction et des passages importants.

Bref, la porte est toute grande ouverte, les amis… et, on le verra, quelqu’un au MELS a eu la bonne idée cette année de l’ouvrir encore plus.

Dictionnaire et grammaire

Il faut aussi savoir que les élèves rédigent leur texte en ayant la possibilité de consulter un dictionnaire et une grammaire. On s’étonne toujours du nombre de fautes qu’ils commettent quand on sait qu’ils ont droit à ces deux outils.

Là encore, demander à vérifier les dictionnaires ou les grammaires lors d’un examen afin d’identifier certains tricheurs relève de la persévérance. En une heure, chez nous, un prof doit vérifier une centaine de feuilles de notes et autant de dictionnaires et d’ouvrages de références.

Et quand on met la main sur un tricheur, rien n’indique qu’il sera sanctionné. D’expérience pour l’avoir vécu, un adjoint décidera de ce qu’il convient de faire alors que les consignes au surveillant indiquent pourtant que l’élève est immédiatement expulsé du local d’examen.

En plus de la porte, on s’assure également d’ouvrir les fenêtres au cas…

La tricherie

Dire qu’on peut tricher à cet examen est un euphémisme, on l’a vu. Mais il existe d’autres façons de parvenir à fausser les résultats obtenus lors de cette épreuve.

Avec le palmarès des écoles, la compétition est féroce entre certaines écoles pour être première au tableau d’honneur. Si les règles du MELS précisent que les enseignants ne peuvent pas aider directement les élèves à la préparation de cette épreuve spécifique, cette consigne n’est pas toujours suivie rigoureusement. De même pour la vérification de la feuille de notes.

Je me souviens de ces copies ou tous les élèves connaissaient le nom du ministre fédéral de la Justice. On m’a indiqué que, cette année, dans une école de ma CS, un prof aurait permis aux élèves de retranscrire le plan complet du texte sur leur feuille de notes. Pourquoi pas, après tout?

Le progrès technologique est aussi au service des tricheurs. Il y a deux ans, certains élèves de mon école connaissaient le sujet complet de l’examen une heure et demie avant la tenue de l’épreuve. Un ami d’une école voisine qui commence plus tôt est allé au petit coin et a transmis la précieuse information grâce à la magie du téléphone cellulaire. Simple. Efficace.

La CS a eu vent de l’affaire et a corrigé la situation. Est-ce le cas ailleurs?

Et pourquoi ne pas faciliter les choses!

On compare souvent les résultats des élèves d’une année à l’autre. Mauvaise idée! En effet, cette comparaison est fautive parce que le MELS change les conditions dans lesquelles celui-ci est administré.

Par exemple, l’année dernière, on a allongé de 15 minutes le temps dont peuvent bénéficier les élèves parce qu’on a remarqué que plusieurs d’entre eux manquaient de temps. Au lieu de remarquer qu’ils étaient plus faibles et que l’épreuve les dépassait, on leur facilite les choses!

De même, cette année, sans avoir averti les enseignants, le MELS a décidé de permettre aux élèves de pouvoir retranscrire des marqueurs organisationnels sur leur feuille de notes. Au début, ils ne m’ont pas cru quand je leur ai annoncé la nouvelle tellement elle semblait incroyable.

L’impact d’une telle décision est évidemment que les choses seront plus faciles pour nos jeunes puisqu’ils pourront écrire les organisateurs textuels suivants :

Devant ce problème
Pour ma part,
Premièrement
En effet
C’est-à-dire
Par exemple
En fait
Il faut
Deuxièmement
Ainsi
En d’autres mots
Pour conclure
En premier lieu
En second lieu


Ajoutez à cette liste les mots-clés, les citations et références, les positions d’experts, les schémas et définitions de vocabulaire, les éléments de syntaxe, de ponctuation, d’orthographe d’usage et grammaticale et vous obtenez rien de moins qu’un texte à numéros. Dur, dur d’échouer…
Je pourrais aussi vous entretenir de la correction de cette épreuve et des critères d’évaluation du MELS, mais j’en ai assez pour aujourd’hui.

De toute cette mascarade, je ne retiens qu’une chose et elle est un baume sur mon cœur d’enseignant. Le sujet du texte était la gestion des déchets. Un de mes élèves m’a fait remarquer que le ministère de l’Éducation ne prêchait sûrement pas par l’exemple. En effet, il a remis aux élèves un document de quatre pages dont deux étaient vierges. Bel exemple de l’utilisation intelligente des ressources! Sur la rue Fullum, on aurait dû relire un des textes remis aux élèves et qui traitait de la thématique de réduire, réutiliser, recycler et valoriser.

24 avril 2008

Tim à la retraite? (ajout à l'ajout)

Moi, je l'aime, Tim.

Tim, c'est le nom du chien de l'ex-policier qui vient à notre école dans le cadre d'un projet cinophile. Tim, parce son maître aime bien le café, j'imagine. En tous cas, c'est plus joli que Dunkin...

Le problème. c'est que l'avenir de Tim est menacé dans nos écoles. Du moins, c'est ce que nous apprend La Presse dans ce texte: «La Cour suprême du Canada déterminera vendredi si l'utilisation par les policiers de chiens renifleurs lors d'une visite aléatoire dans une école secondaire de l'Ontario constitue une perquisition et saisie raisonnable.»
Je sais que, quand on a proposé l'opération Pitou chez nous, j'avais soulevé cette interrogation. Pour moi, il s'agissait d'une perquisition indirecte, en quelque sorte. On m'avait assuré que des avis légaux avaient été obtenus autorisant une telle intervention. Mais c'était sans compter sur la justice.
Il faut savoir qu'il existe des précédents légaux permettant à un directeur d'école ou à son représentant de fouiller le casier d'un élève en se basant sur le fait qu'on doit assurer un lieu d'apprentissage correct aux élèves. Si j'y pense demain, je vous trouverai des infos supplémentaires et je les ajouterai à ce billet demain.
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Les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés de la personne comprennent différentes dispositions visant à protéger les citoyens contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives tout comme elles reconnaissent les droits à la présomption d'innocence et de respect de la vie privée. On comprendra l'importance de ces dispositions dans une société démocratique comme la nôtre.
En 1998 (M.R.C. c. Sa majesté la Reine, 26 novembre 1998), la Cour suprême du Canada a été appelée à se prononcer sur la fouille d'un étudiant en milieu scolaire. Pour les juges, les autorités scolaires ont l'obligation (notez le terme) de procurer aux étudiants un environnement sécuritaire, propice aux apprentissages et dans lequel règnent l'ordre et la discipline. Pour y arriver, elles doivent donc disposer de moyens nécessaires et suffisants.
Dans un contexte social où l'on assite à une augmentation de la violence et de la présence de la drogue dans écoles, la Cour croit qu'il y a lieu d'interpréter les les dispositions prévues par les différentes chartes avec une plus grande souplesse et de réduire les attentes à l'égard du respect de la vie privée.
Point important: cette souplesse est cependant bien encadrée. La direction de l'école doit avoir des motifs raisonnables de croire qu'il y a eu un manquement aux règlements scolaires. Elle doit donc se baser sur des sources crédibles pour intervenir. Il lui donc impossible de «partir à la pêche» à la drogue et ce sont ces limitations, je crois, qui pourraient remettre en question l'utilisation d'un chien renifleur dans nos écoles ou ailleurs.
Attendons donc le jugement d'aujourd'hui.
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Et voilà le jugement qui est tombé!
La Cour supême estime que les deux cas de fouille qui ont été présentés étaient illégaux puisqu'ils ne respectaient pas certains principes énoncés plus haut.
«Dans deux décisions complexes, la majorité des juges du plus haut tribunal au pays conclut qu'une fouille réalisée avec un chien renifleur ne peut pas être faite sans qu'il y ait eu des soupçons raisonnables avant la fouille.»
«Les élèves sont dorénavant à l'abri d'une fouille aléatoire menée par des policiers et des chiens renifleurs, mais pas à l'abri de fouilles organisées par les écoles elles-mêmes, sans la participation de policiers, comme celle faite il y a quelques jours dans une école de St-Jérôme, dans les Laurentides. Ces fouilles-là, qui mènent à une suspension de l'école mais pas à des accusations criminelles, n'ont pas encore été contestées devant les tribunaux.»
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On comprend donc que Tim va continuer à avoir du boulot, à la condition que son maître et les autorités scolaires fassent leurs devoirs s'ils veulent utiliser ce moyen.

22 avril 2008

La ministre Courchesne et la violence (suite)

Quelques ajouts sur le plan Courchesne.

Poirier en direct

À RDI, à l'émission Poirier en direct, Robert Cadotte n'y est pas allé avec le dos de la main morte quant à ses commentaires sur ce plan.

Pour lui, il est inutile de faire un portrait de la situation de la violence dans nos écoles puisqu'elle est déjà bien connue et documentée. C'est à la fois du temps et de l'argent dépensés inutilement.

Ensuite, il juge que le budget consacré à réduire la violence dans nos écoles est «ridicule». Il le compare avec celui que le CSDM a déjà mis de l'avant pour un projet semblable il y a quelques années et en vient à la conclusion qu'il faudrait au moins le double des sommes prévues.

Un autre point intéressant est que M. Cadotte estime qu'en général, les jeunes de 12 à 17 sont plus violents qu'il y a une vingtaine d'années si l'on se base sur des statistiques reliées à la criminalité chez les jeunes. Il admet toutefois que ce comportement ne se traduit pas automatiquement dans les salles de cours.

Enfin, M. Cadotte est d'avis que la violence à l'école est plus marquée dans les pré-maternelles et les écoles primaires. Il regrette que des programmes comme Vers le Pacifique ne soient pas plus présents dans les institutions scolaires et que les jeunes soient davantage amenés à adopter les comportements violents de certaines idoles médiatisées, par exemple.

Quelques réflexions...

Dans tout ce débat noyé par la victoire du Canadien et les célébrations qui s'en sont suivies (violence à l'école, hein...), diverses réflexions m'animent.

Tout d'abord, on travaille actuellement peu à la prévention de la violence dans les écoles. Il y a souvent peu d'activités afin de favoriser l'émergence de modèles autres que la violence pour régler des conflits entre les jeunes, par exemple.

L'application des codes de vie est aussi parfois très discutable. Quand j'écoute des collègues autour de moi, on sent qu'ils trouvent qu'on applique une discipline assez laxiste dans nos écoles. Il ne s'agit pas tant de tout mener comme si on était à l'armée que de faire preuve de cohérence avec les règlements qu'on s'est donnés, par exemple.

À cet égard, il conviendrait de favoriser davantage la concertation entre les enseignants, mais ce type d'intervention est parfois mal vu par certaines directions. Un exemple parmi tant d'autres: lorsque les enseignants de mon secteur se réunissaient, il nous était interdit par un adjoint de parler de cas spécifiques d'élèves de crainte de «stigmatiser» ces derniers. En échangeant en grand groupe de la sorte, on risquait en effet d'«étiqueter» un jeune et de lui nuire. Résultat: ce manque de concertation a permis à des élèves de se faufiler adroitement entre les grosses mailles du système et d'écoeurer le peuple pendant quatre années. Dans certains cas, ces comportements agressifs ou déplacés nuisaient à d'autres élèves, mais étaient aussi le signe d'une détresse psychologique. Bref, en ne voulant pas encadrer certains jeunes, on a nui à tout le monde, victimes comme agresseurs.

Les écoles ratent aussi parfois le bateau en matière de sécurité. Chez nous, il manque définitivement de surveillants dans l'école et ceux-ci ne sont pas toujours respectés par les élèves parce qu'ils ne sont pas assez soutenus dans leurs interventions.

Il est également parfois difficile d'identifier qui commet des mauvais coups parce que le système de caméras de surveillance dont nous disposons est désuet et incomplet. Certains élèves agissent donc en toute impunité. Loin de moi de souhaiter une ère de Big Brother, mais un jeune qui se surveille est un jeune plus prudent... On déplace le comportement violent à l'extérieur, me direz-vous, mais, au moins, l'école devient une aire protégée.

Enfin, et là je vous invite à penser à cet événement survenu aujourd'hui, nos écoles ne sont pas protégées contre la violence extérieure. Bien qu'il y ait eu les drames de l'École polytechnique, du Collège Dawson, de Virginia Tech, il est toujours aussi facile de pénétrer à l'intérieur de certaines institutions scolaires avec des intentions malveillantes. Chez nous, aucun obstacle n'empêche un parent furieux ou un fou avec une arme d'entrer par la dizaine de portes non sécurisées de mon école. Il n'y a rien de facile, croyez-moi! On n'a tiré strictement aucune leçon des événements passés.

Réponse à Sylvain

En réaction à mon dernier billet, Sylvain me demande:

Ma question est donc la suivante : que faire alors ? Le décentralisé tablette et le centralisé fait empocher les étages supérieurs. Dan un cas comme dans l'autre, il ne se passe véritablement rien à la base pour solutionner le problème. Que pouvons-nous alors faire ?

Je crois honnêtement que les enseignants auraient intérêt à se concerter davantage dans une école. Chez nous, c'est après des réunions informelles auxquelles la direction n'était pas invitée que nous avons dressé une liste d'élèves problématiques. Après quelques semaines, nous avons soumis à nos patrons un dossier suffisamment étayé pour leur demander de prendre des moyens pour amener ces jeunes à corriger leur comportement. Remarquez aussi qu'il a fallu deux profs en burn out pour que certains allument... Il faut toujours des victimes, semble-t-il.

Là ou je suis découragé cependant, c'est du peu d'écoute de nos gestionnaires. Un exemple: depuis quatre ans, nous soulignons le manque de sécurité dans notre école. Un vrai moulin!

La question a été abordée en Conseil d'établissement, en Comité de participation des enseignants, rien n'a été corrigé. La commission scolaire est actuellement en train de changer les fenêtres de nos classes (en pleine année scolaire), mais elle n'a pas d'argent, semble-t-il, pour installer des portes sécurisées. Les économies d'énergie sont plus importantes.

21 avril 2008

La ministre Courchesne et la violence

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, dévoilait aujourd'hui sa politique sur la violence à l'école (ici, et ici). Dotée d'un budget de 16,9 millions sur trois ans, celle-ci ratisse large: gangs de rue, taxage, violence amoureuse entre jeunes, homophobie, cyberintimidation, violence dans le transport écolier et violence verbale.

Le plan Courchesne s'oriente selon quatre axe précis: la prévention et le traitement de la violence; la concertation et la formation; la recherche et la documentation; le suivi et l'évaluation du plan. Ces axes semblent logiques, cohérents et bien définis.

De façon plus précise, un premier aspect de cette politique vise à établir un portrait juste de la situation de la violence dans les écoles québécoises d'ici l'automne 2008. Celui-ci est attendu depuis 2005 alors que le vérificateur général du Québec avait alors suggéré au gouvernement de l’époque de brosser un portrait de la situation de la violence dans les écoles du Québec, de poser des actions concrètes afin de l'éliminer de ces lieux et d'évaluer l'efficacité de celles-ci.

Un autre aspect intéressant de cette politique est que chaque école devra se doter d'un plan pour combattre la violence. Le risque réside cependant dans le fait que cet exercice ne dépasse pas le stade du document photocopié. C’est souvent le danger qui guette les actions décentralisées.

Enfin, un comité de concertation interministériel sera formé afin de veiller à la cohérence et à l'efficacité des actions qui seront posées. Il sera formé de représentants du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, du ministère de la Santé et des Services sociaux, du ministère de la Justice, du ministère de la Sécurité publique, du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, et du ministère de la Famille et des Aînés. Que cette action concertée me semble primordiale puisque la problématique de la violence à l'école ne relève pas uniquement du MELS et interpelle bien d'autres ministères.

Ce que l'on remarque également, c'est que le budget prévu de 16,9 millions sera réparti ainsi:

  • 7 millions seront accordés aux commissions scolaires pour l'ajout de personnes ressources et les interventions à l'école.
  • 5,2 millions $ serviront à créer un service pour accompagner les élèves qui ont été suspendus ou expulsés de l'école, afin qu'ils ne se retrouvent pas à la rue à ne rien faire.
  • 4,1 millions $ iront à la formation du personnel. À ce propos, la question de la violence à l'école devra dorénavant être incluse dans la formation initiale du personnel à l'université.

On ne peut qu'approuver tout projet qui vise à rendre nos écoles plus sécuritaires, permettant ainsi qu'elles soient un meilleur lieu d'apprentissage.

Ma principale crainte est cependant que tout cet argent se perde dans les dédales administratifs des écoles et des commissions scolaires. Nos écoles ont besoin de système de sécurité, de caméras, de surveillants sur le plancher. Or, nos gestionnaires scolaires ont cette fantastique aptitude à réussir à ne pas améliorer certaines situations au quotidien.

Un autre élément est qu’on ne semble pas assez mettre de l’avant des alternatives aux comportements violents, des mesures pour que les élèves puissent déverser leur trop-plein d’énergie dans des activités saines au lieu d’être laissés à eux-mêmes.

Puisqu’on parle de violence à l'école, diverses questions me viennent en tête.

Y a-t-il plus de violence à l'école?

À ma connaissance, aucune étude sérieuse ne s'est penchée sur cette question. Il sera donc intéressant d'analyser les résultats du portrait que le MELS compte terminer en à ce sujet.

Pour Richard E. Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l'enfant, la réponse à cette question est non: «Cela fait depuis la fin des années 1970 que j'étudie ce problème et, à l'époque, les enseignants disaient la même chose! Ce n'est pas vrai qu'il y a plus de problèmes. Dans l'ensemble, au Québec, il y a moins de violence qu'il y a 20 ans.»

Cependant, pour Égide Royer, codirecteur de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école, ce phénomène gagne en importance, notamment auprès des enfants de la maternelle: «Il y a des jeunes qui portent des vêtements griffés et qui mènent le diable en maternelle. On est à côté de la plaque si on dit que ça survient uniquement en milieu défavorisé.» Pour plusieurs experts, ces comportements seraient attribuables à un manque de discipline et d'encadrement parental.

Ce que l'on remarque également, c'est que le nombre de plaintes effectués par les enseignants montréalais a doublé depuis un an, passant de 127 en 2005-2006 à 245 en 2006-2007. Faut-il alors en déduire comme le fait le journal La Presse que «La violence augmente à un rythme vertigineux» et que «La terreur gagne même la maternelle» ? Je ne sais pas.

Une bonne partie de cette augmentation est davantage attribuable, selon moi, au fait que les comportements violents sont moins tolérés par les professeurs et c'est tant mieux parce que la meilleure façon de mettre fin à la violence, c'est tout d'abord de la dénoncer.

Il est d’ailleurs ironique qu’un des moyens de pressions adoptés lors des négociations entourant la dernière convention collective ait été de ne plus tolérer la violence au travail. Pourquoi en avoir fait un moyen de pression, une action ponctuelle en quelque sorte, alors que cela devrait aller de soi en tout temps?

Pour revenir à l’idée de dénoncer la violence, l'enseignant victime de celle-ci est un être humain et il aura souvent honte d'avouer à ses confrères ou à la direction ce qu'on lui aura fait subir. Il aura peur de passer pour un faible ou de montrer qu'il n'a pas l'étoffe des héros. Et parfois, il préfère naïvement acheter la paix.

Cela, c'est sans parler de toute la lourdeur de paperasse administrative qui accompagne une démarche visant à sanctionner un élève. Parfois, c'est à se demander si l'enseignant n'est pas coupable de ce qui lui arrive jusqu'à preuve du contraire. De même pour l’adjoint qui attendra toujours d’avoir le meilleur dossier au monde avant d'intervenir, de crainte d'un éventuel recours de la part des parents concernés.

Enfin, puisqu'on parle de ces derniers, il y a aussi une situation qui est, quant à moi, assez récente: celle des parents harceleurs ou violents qui veulent régler les problèmes de leur enfant avec le professeur. Juste à mon école, deux événements violents du genre ont été portés à ma connaissance en trois ans. Et je ne tiens pas compte de toutes les joutes verbales agressantes et de l’intimidation verbale. C’en est même rendu que certains collègues ne téléphonent aux parents qu’en présence d’un témoin!

Bref, l'un dans l'autre, il est bien difficile pour l'instant de déterminer si la situation s'est dégradée. Il faut alors se baser sur des témoignages et des commentaires bien personnels.

Un surveillant d'école, qui oeuvre en milieu scolaire depuis 24 ans, m'a indiqué qu'il estimait que le niveau de violence est plus bas aujourd'hui qu'autrefois. De même pour quelques vieux enseignants et amis qui m'ont confié leurs souvenirs de jeunesse et de carrière.

Si je repense à mon vécu scolaire, je me souviens que je n'étais pas un ange et je ne peux compter combien de fois je me suis battu au primaire et au secondaire. J'étais le plus grand: un petit nerveux m'essayait presque chaque semaine. J'étudiais dans une école de garçons et il s'agissait d'un milieu aisé mais parfois dur. Malheur à celui qui avait l'air d'un fif. Et je ne parle pas de des Anglais de l'école voisine avec qui on se pognait à l'arrêt d'autobus.

Je me souviens également de ces profs que nous avons épuisés professionnellement par notre attitude en classe. La discipline était pourtant sévère, mais il faut croire que nous avions besoin d'être cons et de dépasser les limites.

La perception idéalisé qu'on peut avoir du passé vient peut-être faussé le regard que nous jetons sur l'école d'aujourd'hui.

Cependant, il faut reconnaitre que la violence est maintenant plus médiatisée qu'autrefois. Il y a des bagarres dans les écoles qui font les premières pages des journaux. Le phénomène You Tube vient fort possiblement amplifier cette perception

Il y a aussi le fait que cette violence origine parfois de groupes criminalisés comme les gangs de rue. Avec les Blood et les Crisp, on est loin des menaces du genre: «On va t'attendre au rack à bécycles à trois heures.»

Ce qui a peut-être le plus changé, c'est davantage le manque de respect à l'égard des enseignants et d'une certaine autorité. Les interventions disciplinaires sont parfois plus difficiles à effectuer. Certains élèves contestent davantage lors d'une intervention ou sont carrément impolis. Au quotidien, c'est ce manque de savoir-vivre qui devient quasiment agressant.

Et, au fond, est-ce si important de savoir si la violence a augmenté dans les écoles? S'il y en a, c'est déjà le signe qu'il faut agir.

Le personnel est-il formé pour faire face à des incidents violents?

La réponse à cette question est non. Au niveau universitaire, les étudiants ne reçoivent actuellement aucune formation à cet effet. Dans les écoles, je n’ai entendu parler qu’une fois d’une formation de ce genre et j’ai 14 années d’expérience dans le milieu scolaire.

Pas étonnant alors que bien des enseignants fuient les situations conflictuelles et ferment les yeux. Il y a aussi le fait qu’un enseignant qui interviendrait de façon inadéquate pourrait être sanctionné.

Les écoles ont-elles les ressources pour mieux prévenir et encadrer la violence?

Soyons honnête : les écoles ne se donnent pas les moyens de le faire. La salle de conférence de la direction de mon école montre ou sont certaines de ses priorités. On manque peut-être d’argent, mais on effectue des choix douteux aussi.

Comme je l’ai indiqué, le risque est que l’argent neuf que le MELS prévoit verser ne se rende pas sur le plancher, dans les classes.

C’est donc un dossier à suivre, comme dirait l’autre.

16 avril 2008

Se mentir à soi-même et aux autres

Les administrateurs du site Atheex.com ont écrit à propos de mon billet précédent. Je recopie ici leur message. Comme il est accessible sur Internet, je ne crois pas enfreindre quelque règle de bienséance que ce soit envers ces joyeux étudiants qui viendraient du collège Durocher de Longueuil.

Le prof masqué nous fait part de son opinion

Le prof masqué qui tient un blog ou il émet ses opinions sur l'éducation, entre autres. Suite à la sortie de l'article dans le Journal de Montréal il a, comme on pouvait s'y attendre, donné critique à ce dernier.

Je tiens à souligner que nous apprécions tout commentaire par rapport au contenu de notre site. Qu'il soit positif ou négatif. Je crois seulement que plusieurs personnes ne comprennent pas l'essence du site qui est de créer une banque de donnée accessible aux élèves afin de leur donner tous les outils pour leur réussite.

Nous ne demandons pas de tricher ou de plagier, le site et ses fichiers sont là pour donner des exemples, des exercices et non des travaux fait et prêts à être remis au professeur. D'ailleurs, les professeurs sont aussi invités à visiter le site afin de contrer le plagiat avec les fichiers du forum. Les trucs pour tricher ne sont qu'une infime partie de ce forum, les enseignant peuvent aussi s'en servir afin de détecter les tricheurs.

Prière de nous faire part de votre opinion en vous efforçant d'être constructifs et non-haineux.

p.s. Nos parents nous ont très bien élevé, nous sommes par contre un peu trop vieux pour être punis. (Prof Masqué)

Tout d'abord, mettons une chose au clair: je n'ai pas écrit à ces jeunes. J'ai publié un billet sur mon blogue, billet ou je traitais en partie de leur site. Le titre de leur billet est donc, à tout le moins, inexact. Mais quelle importance!

Quoi qu'il en soit, rempli de bonne volonté, je suis donc aller survoler leur site. Et si le Journal de Montréal s'était trompé...?

Voici quelques-uns des éléments que j'y ai trouvés et qui montrent hors de tout doute que «l'essence de ce site (...) est de créer une banque de donnée accessible aux élèves afin de leur donner tous les outils pour leur réussite.»

Ici, les auteurs du site montrent comment éviter des retenues en forgeant de faux documents ou en imitant la signature de certains profs.

Ici encore, les auteurs du site montrent comment sécher un cours en forgeant de faux documents.

Même procédé. C'est lassant.

Enfin un peu de variété! On montre ici comment tricher avec la traditionnelle efface mais, technologie oblige, avec un cellulaire, un lecteur I-Pod, une calculatrice. Cette phrase a elle seule est très révélatrice: «Il existe des milliers de trucs, mais je voulais vous en dire certains. Partager vos expériences ou d’autres trucs pour tricher (je vais les ajouter sur la page).»

Horreur! une telle chronique est impensable si on lit les nobles intentions des créateurs de ce site. Mais on retient leur conseil: «Ensuite, vérifier sur internet pour être sur que votre travail n’est pas retraçable.»

Allez constater par vous-même...

Je crois qu'il est inutile d'en rajouter. Je le répète: quant à moi, les parents de ces deux jeunes manquent une bonne occasion de les éduquer. Je n'ai pas écrit «punir».

On leur souhaite donc beaucoup de bonheur!

15 avril 2008

Trichons sans problème à l'école (ajout)

Hier et aujourd'hui, le Journal de Montréal a publié quelques textes sur le phénomène du plagiat à l'école, dont un sur lequel je reviendrai à la fin de ce billet.

Il ne faut pas se leurrer: les jeunes trichent amplement en classe. Et il ne faut pas croire que les nouvelles façons d'évaluer les jeunes propres à la réforme les empêcheront de continuer cette pratique qui remonte au moins à Charlemagne! Aujourd'hui, le plagiat est simplement plus facile qu'autrefois. Une bonne recherche sur Internet, un copier-coller et le tour est joué.

On peut toujours vouloir contrer ce phénomène en utilisant des logiciels de recherche afin de dépister les éventuels fraudeurs, mais il n'en demeure pas moins que le plagiat est d'abord et avant tout une question morale et d'éthique.

Pour ma part, j'incite mes élèves à utiliser Internet, à y chercher des informations qu'ils pourront utiliser dans leurs travaux, dans la lecture de leurs romans. Je ne leur demande que deux choses: d'indiquer leurs sources et de ne pas citer les propos de quelqu'un d'autre à moins de les placer entre guillemets.

Je leur recommande aussi de demeurer très critique quant aux informations qu'ils recueillent et je dois avouer que je n'ai pas besoin d'échanger très longtemps avec eux sur ce point: ils sont bien au courant des limites des sources qu'ils peuvent consulter. Même Wikipédia ne trouve pas nécessairement grâce à leur regard.

Un autre élément dont je discute avec mes élèves par rapport au plagiat, c'est bien sûr le respect de la propriété intellectuelle. Une idée, une phrase peut appartenir à quelqu'un. Ce concept est assez simple à comprendre pour eux quand on le met en relation avec le piratage de chansons ou de films, par exemple.

Plagier est une question morale et éthique, je l'ai dit. Là ou je décroche, c'est quand je lis ce texte du Journal de Montréal portant sur «le premier site québécois d'échange de notes de cours, de résultats d'examens et de trucs pour tricher pour les élèves du secondaire.»

Ce site regrouperait «quelque 300 documents pour toutes les années d'études, dont des notes de cours, des résultats d'examens et des laboratoires. Un blogue, un forum, des trucs pour tricher et même des modèles de billets de retard pour remettre aux professeurs sont également en ligne.»

Mis sur pied par deux élèves d'un collège privé de la Rive-Sud (l'éducation ne va pas toujours de pair avec l'argent), le site atheex.com a été consulté 30 000 fois par quelque 5 000 internautes au cours des derniers mois. Ce nombre devrait exploser sous peu avec la belle publicité gratuite, gracieuseté du JdeM. (D'ailleurs, le site a connu une hausse spectaculaire visite aujourd'hui si on se base sur tout le monde en blogue.)

Les deux parents de nos joyeux lurons sont au courant des activités de leurs enfants. «Du bout des lèvres, Paul et Jean avouent toutefois que leurs parents n'appuient pas leur démarche. «Ils ne sont pas nécessairement d'accord. Ils trouvent qu'il y a de bonnes choses dans le site, mais ils n'approuvent pas les trucs pour plagier.»

Plagier est une question morale et éthique. Je connais les parents de deux enfants qui manquent une bonne occasion de les éduquer. En cautionnant cette culture de la tricherie dans leur propre maison, j'espère qu'ils se plaindront pas le jour ou leurs charmants bambins leur mentiront à propos d'un accident de voiture, de la rougeur de leurs yeux, du vol d'un billet dans un portefeuille...

D'ailleurs, dans la même veine, je songe à ouvrir un site: «Mentez_a_vos_parents.com» Après tout, si je me base sur cet autre texte du Journal, «Mentir serait inévitable et même essentiel au développement des enfants.» Je ne voudrais quand même pas brimer notre jeunesse.

14 avril 2008

Cherche, mon Rex!

Le Journal de Montréal y consacre quelques textes (ici, ici et ici): la polyvalente Saint-Jérôme a embauché une firme canine spécialisée dans la détection de drogues.

À différentes occasions au cours de l'année, des chiens pisteurs se promènent donc dans cet établissement scolaire à la recherche de substances illicites. L'opération en soi n'est pas nouvelle. Diverses écoles utilisent déjà depuis quelques années de tels services et TQS en a même parlé l'année dernière. Mais quand la nouvelle fait les pages du Journal, on en parle davantage...

Tout d'abord, il faut savoir à quel point les toutous sniffeux sont efficaces. Pour avoir assisté à une démonstration mettant en présence l'un d'entre eux, on constate rapidement qu'ils peuvent même identifier un élève qui aurait fumé un joint la fin de semaine précédente grâce à l'odeur résiduelle présente sur ses vêtements. Les chiens peuvent également reconnaître la présence de drogues chimiques ou d'armes à feu. De quoi donner froid dans le dos.

Il existe tout un protocole entourant ce type d'opération cinophile. Tout d'abord, les élèves sont rencontrés en début d'année et on leur fait une brève démonstration des capacités olfactives des chiens pisteurs. Par la suite, ils sont avertis de ne pas conserver dans leur casier ou sur eux des drogues. Enfin, on leur indique les conséquences entraînant la possession de stupéfiants à l'école.

Les maîtres pisteurs viennent alors promener occasionnellement leur chien dans l'école sur les heures de cours. Ils peuvent aussi cibler le casier de certains étudiants et même aller en classe renifler l'étui à crayons d'un jeune, par exemple. Bien sûr, dans ce cas précis, les élèves seront alors amenés dans une autre pièce, le temps que pitou fasse son travail. Chez nous, en aucun temps, un élève est reniflé par un chien et le travail de ces chiens se fait à l'abri du regard indiscret des jeunes.

Le maître chien pourra également aller à l'extérieur de l'établissement scolaire puisque certains élèves ont la présence d'esprit de cacher leur stock sur le terrain de leur école ou dans leur voiture.

Toute cette opération sera peu efficace si elle ne comprend qu'un volet répressif. Les jeunes en possession de stupéfiants ou qu'on suspecte de consommer doivent être mis en lien rapidement avec un intervenant spécialisé en toxicomanie. Sinon, l'école perd son temps à les suspendre ou à les expulser. Un jeune qui cesse de consommer a souvent plus d'influence sur ses camarades que celui qu'on suspend. J'en sais quelque chose puisque, une année, trois cas du genre sont arrivés dans une de mes classes.

La consommation de stupéfiants est souvent le signal que le jeune vit un problème majeur à la maison ou dans sa vie personnelle. Il a alors davantage besoin d'aide et d'un soutien professionnel que d'une bête discipline. Je repense à ce grand sosie de Jim Morrisson dans un de mes groupes qui était polytoxicomane à 12 ans. J'ai échangé avec lui mon chandail des Stones contre celui du Bloc Pot qu'il portait chaque semaine. Brillant, charismatique et peut-être mort aujourd'hui.

Un autre danger relié à cette opération est qu'elle ne fasse parfois que déplacer le problème. Elle doit s'inscrire dans une politique plus large de lutte à la consommation de drogues dans une école. Sinon, les jeunes se font livrer à proximité de l'école à l'heure du midi les substances dont ils ont besoin pour continuer leur journée. Le dépanneur, le restaurant du coin fera l'affaire...

Par ailleurs, les enseignants doivent être formés pour reconnaître les signes indiquant qu'un jeune est sous l'effet de substances illicites et intervenir, le cas échéant. L'école et le milieu social environnant doivent également fournir les ressources nécessaires pour traiter les jeunes. Enfin, les parents doivent être mis à contribution et assurer un meilleur encadrement de leur enfant.

*******

Quand je relis ce texte, je me trouve vieux jeu. Un joint n'a pas fait de mal à personne et qui n'a pas fumé un splif dans sa jeunesse. Sauf qu'aujourd'hui, cette réalité semble bien différente de celle que j'ai connue.

16 décembre 2007

Violence à l'école et solutions

Ce n'est pas partout pareil, mais il faut se rendre à l'évidence: il est fréquent qu'un enseignant doive travailler dans un milieu violent ou les agressions verbales et même physiques sont tolérées, voire acceptées comme faisant partie de la nature de son travail.


La violence en milieu scolaire est un phénomène complexe, mais je ne suis pas surpris qu'on en vienne à des comportements inappropriés et blâmables de la part des profs comme le montrent ces deux cas (ici et ici).
À quelques reprises, j'ai dû me retirer de ma classe, le temps de reprendre mon souffle, tellement certains jeunes cherchaient la confrontation. Aucun enseignant n'est à l'abri d'un dérapage, je crois, et on nous forme peu à gérer cette forme de stress.
On peut blâmer la société, la télévision ou les parents pour le comportement agressant de nos jeunes, mais cet exercice est futile puisque les écoles n'ont aucune influence directe sur ces derniers. Reste à l'école à tenter d'agir sur elle-même pour améliorer une situation qui est loin d'être rose.
Des solutions?
Il existe plusieurs pistes de solutions, mais peu d'entre elles sont mises de l'avant.
De façon générale, un milieu scolaire vivant et propre favorise le respect et l'harmonie. Comment se sentir serein quand l'environnement immédiat tombe en ruines?
De plus, il faut mieux encadrer les éléves en difficulté d'apprentissage ou présentant des problèmes de comportement, notamment en ce qui concerne la consommation de certaines drogues.
On s'ennuie aussi du plan Pagé qui permettait aux jeunes de demeurer après l'école pour participer à des activités parascolaires qui leur faisaient vivre des activités stimulantes à l'école. En banlieue et en région, le fait que tous les gros autobus scolaires partent à la même heure après l'école limite la participation des jeunes. Occuper nos jeunes et ne pas les laisser à eux-mêmes, ce n'est pas si sorcier.
Il existe aussi des campagnes de promotion du savoir-vivre, campagnes auxquelles Gooba fait référence, par exemple. Si on est parfois lent à sanctionner les gestes inappropriés, il est très significatif qu'on ne reconnaisse que très rarement les actions méritantes et louables qui sont, dans les faits, bien plus nombreuses.
À cet égard, à mon école, j'ai suggéré que chaque membre du personnel puisse remettre une mention ou un avis de bon comportement à un jeune qui pose un geste contribuant au mieux-être de l'école (ramasser des détritus près d'une poubelle, aider un confrère handicapé à porter ses livres, etc.). Chaque mention donne alors droit à une participation à un tirage ou l'élève peut se mériter des billets pour une activité culturelle ou sportive, des livres, des vélos, des bons d'achat, etc. L'idée est restée lettre morte. Trop difficile à gérer, j'imagine...
Un autre facteur qui mine le climat d'une école est également les différentes applications du code de vie. Dans certains cas, on est trop extrémiste; dans d'autres, trop permissif.
Dans une école, tous les éducateurs doivent veiller à l'application des règles de conduite. Cependant, les directions jouent un rôle déterminant à la fois parce que ce sont elles qui appliquent les sanctions importantes (renvoi, suspension, etc.) et parce que ce sont elles qui, par leur leadership, incitent le reste du personnel à être rigoureux et cohérent. J'ai connu des directions qui faisaient preuve d'un laxisme incroyable tant dans l'application des règlements que dans la supervision des enseignants. Il faut peu de temps pour que le climat se dégrade, croyez-moi.
Souvent, ce n'est pas que l'application des règlements mais aussi la communication déficiente entre les divers membres du personnel et un suivi inefficace des élèves qui expliquent que certaines écoles deviennent invivables. Des exemples?
  • Un enseignant accueille une nouvelle élève dans sa classe. On prend bien soin de ne pas lui indiquer que celle-ci a écrit des courriels invitant à une fusillade dans l'école d'ou elle a été expulsée, question qu'elle ne soit pas étiquetée par ses nouveaus profs. Et quand celle-ci se battra à coups de poing à l'heure du midi, l'enseignant l'apprendra une semaine plus tard par la «rumeur» puisque la direction de l'école n'indique pas les motifs d'une suspension..
  • Deux élèves avec lesquels l'enseignant a un contact privilégié sont suspendus. Aucune information n'est divulguée sous le prétexte de la confidentialité du dossier des élèves, dossier que l'enseignant peut consulter s'il se rend au bureau de la secrétaire! Finalement, il finira par découvrir que les élèves ont été surpris à consommer des psychotropes à l'école, ce qui lui permettra de discuter drogue avec ces jeunes et de les accompagner comme adulte signifiant dans leurs démarches auprès des intervenants en toxicomanie. Mais encore a-t-il fallu qu'il fasse la démarche de s'informer...
  • Une direction interdit à des enseignants de parler de cas précis d'élèves en réunion de niveau. Il ne faut pas stigmatiser l'élève... Pourtant, combien de fois ai-je vu des jeunes mieux fonctionner quand ils ont compris que l'ensemble des enseignants travaillaient de concert pour les amener à corriger certains comportements répréhensibles? Combien de fois suis-je intervenu pour indiquer que tel jeune fonctionnait bien dans mon cours, remettant ainsi en question la perception incomplète que quelques collègues avaient de ce dernier?
  • Des jeunes peuvent arriver en retard à leurs cours jusqu'à 15 fois dans un mois avant qu'on se penche sur leur cas.
  • Des jeunes reçoivent une remise de temps de 45 minutes pour avoir séché quatre périodes d'une heure.
Revoir le principe de sanction?
Enfin, le mode de sanction appliqué dans les écoles du Québec est peut-être à revoir. En effet, en Ontario, le concept de «justice réparatrice» semble donner de bons résultats si l'on se fie à cet article du Journal de Montréal.
«Avec la méthode réparatrice, le jeune est en présence de la personne lésée et de ses émotions. Il doit trouver lui-même une solution qui convient à la victime. Ça demande pas mal plus qu'une suspension», affirme Claire Beaumont, codirectrice de l'Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l'école (OCPVE).
On peut douter qu'au Québec, on ira de l'avant avec une telle méthode. Il est plus facile de punir que d'éduquer. Et même là, on ne fait pas toujours le travail comme il faut. Même avec nos processus actuels de sanction, on explique peu aux enfants et aux parents la portée de leurs gestes. On fait peu participer le jeune à une possible solution du méfait qu'il a posé. Un peu à l'image de l'anecdote d'Énidan...

14 décembre 2007

La violence à l'école

On l'a lu dans le Journal de Montréal hier :

«Dans un élan de frustration, le professeur de chorale aurait lancé (notez le conditionnel prudent - et non! ce n'est pas un temps de verbe) une chaise qui a abouti sur un bras du jeune Rafael. L'enseignante l'aurait ensuite agrippé avec vigueur. L'enfant de huit ans a fondu en larmes.»

Il ne fait aucun doute que ce comportement, s'il a eu lieu tel qu'on nous l'a décrit, est inacceptable. À moins d'exceptions prévues par la loi (légitime défense et exercice raisonnable de la contrainte physique dans le contexte de substitut à une autorité parentale), un enseignant ne doit jamais user de la force physique dans le cadre de son travail.

L'article nous apprend aussi:

«On lui (la mère de l'enfant) a dit que l'enseignante était fatiguée, que les enfants ne savaient pas leur chanson par coeur dans son cours de musique, puis elle s'est énervée. Alors, elle a empoigné le premier qui était devant elle, qui était son fils.

Rafael avoue que ses amis étaient indisciplinés. Ils étaient turbulents, agités et certains riaient de l'enseignante. Mais cela n'excuse pas son comportement violent, croit la mère de l'enfant.
La mère de Rafael croit qu'il y a matière à poursuite criminelle. Elle a logé une plainte à la police pour voie de fait simple.»

Ces précisions nous éclairent sur le contexte dans lequel serait survenu ce geste: des enfants qui n'avaient pas préparé le contenu nécessaire au cours, des enfants agités et qui riaient de l'enseignante.

Moi, ce qui me surprend, c'est qu'il n'y ait pas plus de profs que cela qui «pètent leur coche» en éducation, surtout si on regarde les résultats du sondage que j'avais fait il y a longtemps.

Au cours des trois dernières années, avez-vous déjà été victime de...

  • violence physique de la part d'un élève? 1 (4%)
  • violence verbale de la part d'un élève? 13 (54%)
  • violence physique et verbale de la part d'un élève? (7 (29%)
  • je n'ai jamais été victime de violence de la part d'un élève. 3 (12%)
Je sais que celui-ci n'a pas de valeur scientifique, mais les résultats parlent d'eux-mêmes

Dans les faits, j'aurais tendance à croire que le climat, dans les classes du Québec, se serait dégradé depuis des années ou, à tout le moins, que les jeunes en mènent plus large.

Dans certains cas, l'éducation qu'ils reçoivent à la maison les mènent à penser que l'irrespect et la grossièreté sont en tout temps acceptables. Dans d'autres cas, l'école, en refusant d'intervenir et de sanctionner certains comportants, crée son propre malheur.

L'anecdote que nous raconte Énidan est une belle illustration de la discipline (oh! le vilain mot de droite!) laxiste que nous administrons dans les écoles.

Ma conception du rôle de l'éducation est, je le sais, rétrograde, arrièrée, dépassée... mais j'ai toujours estimé que la direction d'une école devait jouer le rôle d'un père. Elle est l'autorité qu'on ne voit pas, qu'on craint et qu'on apprécie quand on devient adulte. Envoyer un élève à la direction, c'est l'envoyer aux travaux forcés, à la mine, à Alcatraz. Règle générale, les élèves ne veulent pas y aller et la seule mention du mot «DI-REC-TI-ON» suffit à les saisir et à les calmer.

Sauf qu'au Québec, on a plus de «moumans» que de «poupas» dans nos directions d'école. On a des individus qui jouent aux psychologues, aux grands frères, à la bonne oreille au lieu d'assumer leur rôle. Souvent, ils dévalorisent - inconsciemment ou non - les enseignants devant les élèves par leurs attitudes, leurs actions et leur inaction.
Et puis, il y a ces collègues de travail qui laissent tout passer, soit qu'ils s'en moquent et sont capables d'un détachement anti-professionnel soit qu'ils sont carrément dépassés. Dans les deux, c'est encore une fois à la direction de l'école de jouer son rôle et d'intervenir avec les mesures appropriées.

Si je reviens au cas de l'enseignante de ce billet, elle a tenté de gérer, pour des raisons que nous ignorons, la situation à l'interne. Mais jamais un ensiegnant ne devrait accepter qu'une classe ou qu'un éléve rit de lui, l'insulte, l'intimide psychologiquement.

De plus en plus, les écoles ont adopté des politiques relatives au harcèlement et à la violence au travail. J'ai hâte qu'un enseignant se serve de celles-ci pour se retirer de sa classe et demander des mesures disciplinaires contre les élèves au comportement inapproprié.

Lors des dernières négociations entourant le renouvellement de notre convention collective, un des moyens de pression mis de l'avant avait été le refus de toute forme de violence en classe. Quelle stupidité d'en faire un moyen de pression ponctuel! Un enseignant devrait TOUJOURS refuser la violence en classe. Mais à écouter les directions d'école et à les regarder agir, on croitait que cela fait partie de notre description de tâche.

Je sais, je sais: je généralise et je m'emporte, mais, vous, mes deux lecteurs qui ne travaillez pas dans une école, vous seriez décontenancés de voir à quel point on tolère l'intolérable. Il n'est pas étonnant, quant à moi, qu'un jour ou l'autre, un prof lance une chaise. Et on ne parle pas de la violence que les enseignants exercent sur eux-mêmes ou sur leur entourage lorsqu'ils sont en détresse.

Fille masquée a déjà dû endurer mes sautes d'humeur reliées au travail. Étant en thérapie active à l'époque, j'ai appris à mieux gérer le stress. Mais ce ne sont pas tous les enseignants qui ont cette chance ou qui la prennent.

Sauf qu'il n'y a pas de quoi à faire un article de journal avec cela...

15 novembre 2007

Des absences motivées et des figures de style

J'avais un élève absent ce matin. Rien de bien grave. Tout le reste du groupe était là, fidèle au poste comme de bons petits lapineaux masqués.

L'éducation avait la forme de ces rangées de mammifères studieux bien ordonnées. Ce fâcheux incident ne m'a pas empêché de donner un cours digne des plus grands philosophes et surtout d'être fidèle à ma réputation de baveux devant l'éternel. En plus, on approche de la période de l'année ou je conditionne mes élèves à être méchants, à utiliser leur langue de vipère.

Pour l'instant, je me contente de les fruster par mes réparties acides et toujour fort à propos. Je sens déjà la rancoeur dans leur coeur pétri de mauvais sentiments. La colère qui gronde en eux leur murmura bientôt des envies de sourde vengeance. On sera alors prêt à croiser le fer en se livrant au fameux concours «Insulter l'enseignant avec classe grâce aux figures de style!»

Enrhumé à plein nez, enrhumé à pleins mouchoirs, enrhumé à plein volume, j'en ai quand même profité pour leur cracher de ma bouche pestilentielle la métaphore (méfiez-vous de moi: je suis un lama bactériologique), l'hyperbole (je vous noierai sous le flot coulant de mes narines) et la traditionnelle répétition (je morve, je morve, je morve). Bref, la table sera bientôt mise.

Mais il y a cet élève absent, le seul, le solitaire unique qui me turlupine le moral jusque dans les talons.

Absence motivée, vous ai-je précisé? Absence aggrée, approuvée, aseptisée, autorisée. Motivée mais mauditement démotivante.

En effet, ce Ben Hur des temps moderne est allé faire poser les pneus d'hiver sur son «char». C'est la motivation officielle des parents et que l'école doit obligatoirement accepter parce que venant des contribuables électeurs ayant toujours raison surtout quand ils n'ont pas tort.

Ben Hur étais absent parce qu'il a faite posé des pneus sur son char.

Sa mère

Parfois, je me demande qui est le con là-dedans: cet obscur illuminé qui ne vit que pour son Honda super hip hop buzzé boum boum tchik , ses parents qui espèrent toucher l'assurance quand il va se tuer en s'empalant sur un lampadaire ou l'école qui accepte de telles conneries.

05 septembre 2007

Armagedon à l'école

Je ne sais pas. Je dois vivre sur une autre planète. Mon 450 doit être dans une galaxie loin de la réalité.

Depuis la rentrée, les médias ont annoncé la fin du monde dans les écoles au moins vingt fois. Bon, j'exagère un peu. Disons deux.

Bouche-moi les oreilles!

La première, c'est en nous avertissant la venue d'un mal nouveau. «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés», pouvait-on comprendre en prenant connaissance des nouvelles. Il s'agit bien évidemment des cartables et étuis à crayons avec haut-parleur intégré et support à lecteur MP3.

Je n'en ai vu ni entendu aucun en classe. Pis encore, mes élèves ne savaient même pas que ces gadgets musicaux existaient sur le marché! On est-tu colons dans ma région! Il faut dire que ce n'est pas le seul cas ou la technologie ne se rend pas jusqu'à mon école. Il suffit de regarder le nombre et la qualité des ordinateurs à la disposition des élèves pour s'en rendre compte.

D'ailleurs, à la lecture de ce texte, on comprend très bien que la rentrée scolaire est devenue une occasion rituelle de célébrer notre société de consommation:

«Elle est bien finie l’époque où les écoliers se contentaient de cahiers lignés et de crayons de plomb! Bienvenue dans l’univers de la fourniture scolaire amusante, colorée et parfois parfumée. Les stylos gros comme des rouleaux à pâte côtoient les marqueurs miniatures. Les calculatrices prennent la forme de pince ou de flaque d’eau. Un étalage de magasin est de plus entièrement réservé aux casiers des élèves. Ces derniers peuvent se procurer des aimants à casier, des bacs de rangement, des miroirs décoratifs et même des petits toutous qui embaument la pomme ou la lavande. Très pratique lorsqu’on oublie son lunch dans la case durant quelques jours!»

Vive la simplicité volontaire!

Ferme-moi les yeux!

La deuxième fin du monde, ce sont les nouveaux look de la rentrée : le look pimp et le look pute ont la cote! Je ne retrouve plus le lien vers ce texte du Journal de Mouréal, mais bon: essayez de me croire sur parole.

Il y a des pimps et des putes dans vos classes? Encore une fois, le fait d'être entourés de magasins Croteau et de Wal-Mart doit expliquer la tenue vestimentaire de mes élèves. On peut bien sûr faire livrer des vêtements par le comptoir Sear's, mais je doute qu'on y retrouve ce genre de produits.

Enfin, puisqu'on est dans la catégorie On gère plus la guénille que la pédagogie à l'école, je vous laisse avec cette nouvelle de la Presse Canadienne:

Nouvelle-Écosse
Une école doit lever son interdiction de porter des chandails à capuchon

La direction d'une école secondaire de Halifax a décidé de ne plus interdire en ses murs les chandails à capuchon de type «kangourou», après avoir été bombardée de plaintes.

La directrice de l'école Citadel High School, Tam Fawcett, a dit que la décision avait été prise à la suite de nombreux appels de parents et d'élèves.

Elle a ajouté que les «kangourous» seront permis, en autant que le capuchon ne couvre pas la tête, pour des raisons de sécurité. En effet, les couloirs de l'école sont équipés de caméras de surveillance et les capuchons pourraient servir à cacher les visages.

Mercredi, les élèves qui effectuaient une visite à l'école avant son ouverture, vendredi, ont qualifié la mesure de ridicule et sans conséquence sur la sécurité.

05 juin 2007

Pot et malbouffe

Petit détail de la vie ordinaire scolaire.

Depuis quelques années, la discipline s'est relâchée dans mon école. Changements de direction fréquents, embauche de personnel mal encadré: tous les ingrédients sont là pour créer une détérioration de ce milieu de vie.

Il ne faut donc pas se surprendre qu'aujourd'hui, en fin d'après-midi, j'ai croisé dans un corridor un élève qui portait un gaminet ou l'on retrouvait bien en évidence des feuilles de pot. Le jeune, qui semblait être en deuxième secondaire, l'a donc porté toute la journée au vu et au su de tous les éducateurs qui l'ont croisé. Si l'on pousse plus loin, ce chandail a aussi été acheté par des parents qui devaient avoir une idée de ce que représentait ce vert feuillage.

Je n'ai pas osé intervenir. Je suis un peu tanné du rôle de gros méchant qui voit tout et qui remet en cause et ses collègues et la façon dont le code de vie de mon école est appliqué. Sauf que...

On parle beaucoup de décrochage scolaire au Québec. Même qu'on a fait une réforme pour contrer ce phénomène et qu'on a investi des centaines demillions de dollars. Sans y voir un lien direct de cause à effet, saviez-vous que près de 18% des jeunes au Québec sont des consommateurs réguliers? Saviez-vous que les commissions scolaires de tout le Québec viennent de se doter d'une politique concernant les toxicomanies? Et pourtant, dirait le grand Charles...

Pour l'instant, on en juste contre la méchante malbouffe. Et certains parents, en bons hypocrites, demandent aux écoles de bannir les aliments mauvais pour la santé alors qu'ils en gavent leur marmaille à la maison chaque jour...

Pour en savoir davantage sur la consommation de drogues chez les jeunes:

17 mai 2007

Je fellationne, tu fellationnes, il fellationne...

Parfois, il est important de faire des liens entre les nouvelles.
Ce matin, le Journal de Monréal (il va finir par m'embaucher au rythme ou je parle de ce dernier) jouait très fort une manchette à l'effet qu'un directrice d'école primaire aurait fait rédiger un texte d'une dizaine de lignes sur la fellation à quatre jeunes «qui avaient ridiculisé un camarade de classe en prétendant qu'il s'adonnait à cette pratique.» Un parent, scandalisé, a refusé que son jeune le fasse. Et vlan! voilà que cette situation est dans les journaux...
Voyons l'incident d'un autre angle maintenant. Une direction d'école ne fait rien alors que des élèves en insulte un autre en le traitant«de suceux de graines» en classe. Imaginez le tollé! On peut trouver discutable l'idée de la directrice, mais elle a agi, au moins.
J'espère que le parent plaignard s'intéressera au langage de son jeune et à sa conception de la sexualité. J'espère aussi qu'on le sensibilisera au phénomène de l'homophobie qui a cours dans nos écoles et qui pousse chaque année des jeunes au suicide et à la mort. Parce que c'est exactement de cela dont il s'agit ici: d'homophobie. Il est là le vrai scandale.
Quatre jeunes ont voulu en ridiculiser un autre, le rabaisser, le dévaloriser, en l'associant à un comportement homosexuel. Que le jeune visé soit hétérosexuel ou non ne change rien à la nature même de l'insulte: être une «tapette» est invariablement péjoratif.
Dans la même veine, et de là le lien, le Conseil permanent de la jeunesse (CPJ) présentait aujourd'hui une série de recommandations pour lutter contre l'homophobie à l'école secondaire. On va qu'il a beaucoup de chemin à faire.
Enfin, je m'en voudrais de ne pas vous inviter à lire le billet de Forsythia publié aujourd'hui. Il apporte un éclairage intéressant aux propos dont je vous ai fait part.

Pour en savoir davantage sur les élèves homophobes:
http://lcn.canoe.com/lcn/infos/regional/archives/2007/05/20070517-100531.html
Pour en savoir davantage sur les recommandations du CPJ:
http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/05/20070517-153650.html
Pour lire le billet de Forsythia du jeudi 17 mai:
http://petalesforsythia.blogspot.com/

11 mai 2007

La responsabilité des médias et de certains blogueurs

Bon, ne revenons pas directement sur la saga Potvin. Seulement, comme je le soulignais dans un billet à La marâtre, «Il est juste dommage de voir quelqu'un qui a une tribune publique si mal s'en servir. C'est la vie, j'imagine, ou nous sommes trop idéalistes.»

Or, voilà qu'un enseignante a décidé qu'elle en avait son voyage de se faire charrier dans les médias. Vous rappelez-vous de l'histoire de cet enfant qui se prénommait Félix et qui aurait été mis dans une cage (le terme a été utilisé dans certains journaux) parce qu'il était trop turbulent en classe? Certains médias avaient consacré une importante couverture à toute cette affaire, on s'en souvient.

Bref, l'enseignante, appuyée par son syndicat, a engagé des poursuites totalisant $80 000 contre contre la Corporation Sun Média, le Journal de Trois-Rivières et ses journalistes Jean-François Hinse, Mathieu Lamothe et Pascal Bernier-Robidas, ainsi que le Journal de Québec et le journaliste Sébastien Lépine.

Dans sa poursuite, l'enseignante:
  • prétend «avoir été victime de plusieurs affirmations fausses et diffamatoires, en plus d'avoir fait l'objet d'un traitement journalistique sensationnaliste» ;
  • «dénonce l'absence de rigueur des médias et journalistes concernés» ;
  • «estime que la recherche d'informations à la base de leurs articles est volontairement incomplète et tendancieuse» ;
  • «atteste qu'en aucun moment, les défendeurs n'ont tenté de communiquer avec elle, son syndicat ou quiconque aurait pu apporter un éclairage différent» ;
  • «soutient que le Journal de Québec et son journaliste ont commis une faute professionnelle en reprenant des paroles et opinions émises par la mère et le beau-père de l'élève, de même que par l'ex-juge Andrée Ruffo» ;
  • affirme avoir subir «l'opprobre de la population du Québec, notamment mais non limitativement, par l'entremise de forums de discussion, courriels, appels téléphoniques, menaces laissées sur la boîte vocale de la direction de l'école où elle travaille».

Bon, pour l'instant, il ne s'agit que simples allégations, mais la poursuite ne me semble pas trop frivole. Elle aura tout au moins le mérite de clarifier ce dossier. Qu'en pensez-vous?

Par ailleurs, le représentant syndical de l'enseignante n'entend pas en rester là: «Le porte-parole syndical ne rejette pas l'idée que d'autres médias, électroniques cette fois, puissent également faire l'objet d'une poursuite de la part de l'enseignante. Là aussi, il y a eu "dérapage" selon lui.»

Le lien avec Mme Potvin maintenant. Je cite un extrait d'une de ses chroniques sur Internet intitulée «Comme un animal?» (Les carcatères gras sont de moi.)

«L'enseignante et la direction d'école ont définitivement manqué de jugement et ont omis de respecter des étapes cruciales dans une telle situation. De plus, lorsqu'on veut isoler un élève et qu'on désire l'aider à bien écouter ce qui se passe en classe, ce n'est certainement pas en l'isolant comme un animal de foire et encore moins en le mettant face à un mur. Cela ressemble davantage à une punition qu'à une intervention professionnelle qui devrait être prise dans l'intérêt de l'élève et de ses camarades de classe. Qu'on appelle l'ordre des enseignants du Québec....Oups, c'est vrai, il n'y en a pas.»

Par la suite, dans un commentaire aux intervenants de son blogue, Mme Potvin nuance ses propos, ce qui est tout à son honneur, mais elle ne peut s'empêcher d'y aller malgré tout de phrases bien senties.

  • «Je ne crois pas au fait que le jeune était à cet endroit seulement qu'une heure par jour. Je crois que malheureusmenet la jeune enseignante a utilisé un peu trop son coin retrait qui avait justement été créé POUR le jeune comme l'a dit le directeur de la commission scolaire qui lui a fait sa conférence de presse suite aux informations de la directrice de l'école.»
  • «Ce geste est à mon avis davantage un geste punitif qu'un geste éducatif et pédagogique en lien avec le bien de l'élève lui-même et de ses camarades.»
  • «...mais la chose à faire dans ces cas là, ce n'est pas de se venger sur le jeune en le mettant dans un isoloir...»
  • «Dans ce cas-ci, l'enseignante a escamoté des étapes importantes et la directrice quand à elle n'a vraiment pas fait son trvail dans l'accompagnement de sa jeune enseignante. À mon avis c'est ELLE la vraie fautive...»

Mme Potvin, comme bien de ses collègues commentateurs a émis un bon nombre d'opinions en basant celles-ci sur des informations parcelaires et peut-être même erronées. Elle n'est pas journaliste, c'est vrai, mais un peu de rigueur et de prudence auraient été les bienvenues, surtout quand on jouit d'une tribune institutionnelle si importante.

Pour en savoir davantage sur la poursuite de l'enseignante:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070511/CPNOUVELLISTE/705110721/1028/CPACTUALITES
Pour lire ou relire la chronique de Mme Potvin sur le petit Félix:
http://www.blogue.canoe.com/?blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=4

12 avril 2007

Un anonyme m'écrit

En réaction à mon billet intitulé «Gérer de la guénille», j'ai reçu une réponse d'un correspondant anonyme, réponse que je recopie ici intégralement en en caractères gras avec quelques commentaires de ma part.

L'intervention de ce correspondant me trouble, parfois par la justesse de son propos, parfois parce qu'il semble confondre des choses.

Mes commentaires sur l`éducation au Québec.

J`ai lu vos articles concernant mme Postvin et la réforme scolaire.
Les ``bienfaits ``de la fessée.

Une majorité de professeurs sont maintenant incapables de discipline en classe. Saviez-vous que certaines classes sont si bruyantes qu`on a peine à entendre le discour du professeur. C`est comme s`il se parlait à lui même devant un auditoire qui ne lui porte aucun intérêt. On a trouvé la solution! Un intervenant,ou un `` pisscologue`` l`a trouvée! Tenez-vous bien! La fessée! On dit que c`est pour les parents, mais sachez le, on ne pourra jamais ramener le châtiment corporel (martinet, ou autre truc pour frapper) les élèves dans nos écoles, si les parents sont anti-châtiment corporel. On se fou que ça ne marche pas. On veut fesser dans le tas. Croyez-moi, ils n`admettrons jamais cette intention ouvertement.


Tout d'abord, précisons que je ne suis pas en faveur de la fessée, et encore moins à l'école. Il est vrai que certaines classes ressemblent à une jungle, mais le cours auquel vous faites référence ne s'adresse pas à des enseignants mais bien à des parents et ne vise pas à ramener ce châtiment corporel dans les écoles. La discipline scolaire peut s'exercer en classe de façon bien différente que de varger sur les p'tits monstres! Il faut aussi souligner que, dans ce cours, la partie consacrée à la fessée est minime et ne recommande l'utilisation de celle-ci de façon adéquate et en dernier recours.

Le milieu scolaire blâme les parents et les élèves pour tous les maux du milieu scolaire. Enfants indisciplinés, parents gàteaux. Wow La Minute papillon! Les parents ne sont pas en classe. C`est la responsabilité du système scolaire de transmettre la matière aux élèves et obtenir leur collaboration. Certains professeurs y arrivent très bien. Ils inspirent le respect chez leurs élèves. Ils inspirent des commentaires du genre: "Yé pas cool mais yé bien correct."

Ici, je me dois de préciser que, s'il est vrai que les parents ne sont pas en classe, ils jouent parfois un rôle déterminant dans la dynamique de certains cours. En contestant ouvertement certains règlements, en soutenant de façon hystérique leur enfant-chéri, certains parents minent toute forme d'autorité scolaire. La responsabilité du système scolaire s'arrête là ou commence le manque de collaboration des parents, si je peux me permettre.

Allons-y avec une anecdote: j'ai une élève, appelons-la Nathalie, qui manque systématiquement tous ses examens et ses absences sont motivées par sa mère. On arrive à la fin de l'année et l'enfant n'a strictement rien appris dans ma classe. Pis: Nathalie consomme des drogues à l'heure du dîner, mais sa mère ne trouve rien à redire. Parfois, cette ado est impolie et tente de manipuler son entourage. Que fait-on dans ce cas quand, aux yeux de l'enfant et de la mère payeuse de taxes, c'est l'école le problème?

Pour rester en vie au secondaire, certains enseignants doivent inspirer le respect à leurs élèves mais aussi à leurs parents, croyez-moi.

J`ai constaté que plusieurs professeurs ne transmettent pas la matière et ne préparent pas les élèves aux examens du ministère. On se demande même en quoi consiste le programme.

Il faudrait aussi pouvoir vérifier les compétences des enseignants. Quand le professeur ne peut enseigner l`écriture attachée au primaire parce qu`elle ne la connaît pas elle-même, ou qu`un prof. du secondaire enseigne une matière pour laquelle il n`est pas formé, on comprend mieux maintenant toute l`ampleur du problème. C`est comme demander à la coiffeuse d`être dentiste. Outch!


Effectivement, il existe des enseignants incompétents. J'en côtoie quelques-uns à l'occasion. À cet égard, je pourrais rajouter que c'est aussi le cas dans bien des métiers.

Cependant, je ne crois pas que cela soit une excuse valable quand il s'agit de l'éducation de nos enfants. Sauf que c'est la responsabilité du gouvernement de s'assurer de la formation des jeunes enseignants par le biais des programmes universitaires et celle des directions d'école de veiller à ce que les professeurs fassent correctement le travail auquel on est en droit de s'attendre d'eux.

Par ailleurs, lorsqu'un professeur enseigne une matière qui n'est pas la sienne, il faut se rappeler que c'est aussi une direction d'école qui l'a nommé à cette place. Je peux vous certifier que je connais quelques coiffeuses qui n'ont pas eu d'autre choix que d'être dentistes...

Au primaire j`ai demandé pourquoi on n`enseignait pas certaines notions, formules, problèmes mathématique et pourquoi les enfants n`avaient pas de devoir, et ne faisaient pas d ceci et cela en math. On m`a dit, très sérieusement que les jeune n`en n`ont pas besoin car ils ont des calculatrice. Devinez qui a acheté une méthode mathématique et créé son propre programme. Et oui. Nous les parents. Nous en sommes à faire les classes avec nos enfants. Cela sans compter les parents qui enseigne à plein temps à la maison. ( De plus en plus populaire) Au Secondaire, j`ai vu 100% de certaines classes échouer au bulletin. Il est trop facile de blâmer les élèves. La vérité est que la situation dans nos écoles s`est beaucoup détériorée en comparaison avec les années où nous les ``adultes``étions étudiants.

La situation dans nos écoles est la suivante: 45% d`échec au secondaire. Ce sont là les étudiants qui n`obtiennent pas le diplôme d`étude secondaire pour cause d`échec académique. Des classes complètes échouent des matières au bulletin en produisant une note inférieure au 60% requis. Ça c`est la réalité. Vous êtes donc en nombreuse compagnie, chères élèves.

Je connais peu le primaire et ne pourrai commenter cette situation. Pour le secondaire, par contre, je peux vous dire à quel point il est généralement difficile de motiver les élèves et à quel point la notion d'effort ne semble pas exister chez certains. Je me considère chanceux de réussir sans trop savoir comment à allumer mes élèves, à les coincer ou à les contraindre. L'école a-t-elle changé depuis notre adolescence? Sûrement, mais au même rythme que la société dans laquelle elle s'inscrit. Des phénomènes comme la consommation de drogue ou de l'hypersexualisation me semblent plus présents aujourd'hui. Et c'est aux parents comme aux éducateurs de tenter d'éduquer nos jeunes à éviter ces fausses apparences.

La Réforme veut maintenant produire des évaluations bidons, pour masquer son incompétence. S`il n`y a pas d`évaluation claire, limpide de compréhension, comment alors savoir si l`étudiant progresse.

Pourquoi evoyer ses enfants à l`école dans ces conditions,je vous le demande! Pas surprenant que ça décroche!

La réforme vise justement à motiver les élèves et à éviter le décrochage scolaire. Peut-on parler d'ironie? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si tant d'enseignants dénoncent haut et fort plusieurs des ratés de celle-ci.

Chaque fois que des parents demandent des compte à l`organisation de l`instruction publique. On le fait patauger dans d`immense `` sables mouvants`` administratif à n`en plus finir pour s`assurer que la démarche du parent n`aboutira nul part. Alors le parent irrité,abandonnera ses tentatives pour améliorer les choses.

Et là je ne parle pas des cas de violence et actes criminels commis dans nos écoles. Ils nécessitent un rapport de police fait par les victimes.

Il faudrait donner une voix aux parents, hors du système scolaire. Un regroupement indépendant et autonome par les parents pour les parents des étudiants en milieu scolaire de la petite enfance à l`université.


Je partage votre point de vue à l'effet que les parents sont parfois tenus à l'écart du monde scolaire. Mais, en même temps, comme enseignant, je vous avouerai que j'ai un peu peur de voir de voir un inconnu venir se mêler de mon monde, surtout s'il ressemble à la mère de Nathalie!

Quant au regroupement dont vous souhaitez la création, il existe en partie pour les parents dont les enfants vont à l'école primaire ou secondaire. La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) regroupe officiellement tous les parents de ses enfants. Sauf que vous me permettrez de vous dire qu'elle n’est pas très critique à l'égard du ministère de l'Éducation et des commissions scolaires... à qui revient une partie importante des points que vous soulevez.