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05 septembre 2007

Armagedon à l'école

Je ne sais pas. Je dois vivre sur une autre planète. Mon 450 doit être dans une galaxie loin de la réalité.

Depuis la rentrée, les médias ont annoncé la fin du monde dans les écoles au moins vingt fois. Bon, j'exagère un peu. Disons deux.

Bouche-moi les oreilles!

La première, c'est en nous avertissant la venue d'un mal nouveau. «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés», pouvait-on comprendre en prenant connaissance des nouvelles. Il s'agit bien évidemment des cartables et étuis à crayons avec haut-parleur intégré et support à lecteur MP3.

Je n'en ai vu ni entendu aucun en classe. Pis encore, mes élèves ne savaient même pas que ces gadgets musicaux existaient sur le marché! On est-tu colons dans ma région! Il faut dire que ce n'est pas le seul cas ou la technologie ne se rend pas jusqu'à mon école. Il suffit de regarder le nombre et la qualité des ordinateurs à la disposition des élèves pour s'en rendre compte.

D'ailleurs, à la lecture de ce texte, on comprend très bien que la rentrée scolaire est devenue une occasion rituelle de célébrer notre société de consommation:

«Elle est bien finie l’époque où les écoliers se contentaient de cahiers lignés et de crayons de plomb! Bienvenue dans l’univers de la fourniture scolaire amusante, colorée et parfois parfumée. Les stylos gros comme des rouleaux à pâte côtoient les marqueurs miniatures. Les calculatrices prennent la forme de pince ou de flaque d’eau. Un étalage de magasin est de plus entièrement réservé aux casiers des élèves. Ces derniers peuvent se procurer des aimants à casier, des bacs de rangement, des miroirs décoratifs et même des petits toutous qui embaument la pomme ou la lavande. Très pratique lorsqu’on oublie son lunch dans la case durant quelques jours!»

Vive la simplicité volontaire!

Ferme-moi les yeux!

La deuxième fin du monde, ce sont les nouveaux look de la rentrée : le look pimp et le look pute ont la cote! Je ne retrouve plus le lien vers ce texte du Journal de Mouréal, mais bon: essayez de me croire sur parole.

Il y a des pimps et des putes dans vos classes? Encore une fois, le fait d'être entourés de magasins Croteau et de Wal-Mart doit expliquer la tenue vestimentaire de mes élèves. On peut bien sûr faire livrer des vêtements par le comptoir Sear's, mais je doute qu'on y retrouve ce genre de produits.

Enfin, puisqu'on est dans la catégorie On gère plus la guénille que la pédagogie à l'école, je vous laisse avec cette nouvelle de la Presse Canadienne:

Nouvelle-Écosse
Une école doit lever son interdiction de porter des chandails à capuchon

La direction d'une école secondaire de Halifax a décidé de ne plus interdire en ses murs les chandails à capuchon de type «kangourou», après avoir été bombardée de plaintes.

La directrice de l'école Citadel High School, Tam Fawcett, a dit que la décision avait été prise à la suite de nombreux appels de parents et d'élèves.

Elle a ajouté que les «kangourous» seront permis, en autant que le capuchon ne couvre pas la tête, pour des raisons de sécurité. En effet, les couloirs de l'école sont équipés de caméras de surveillance et les capuchons pourraient servir à cacher les visages.

Mercredi, les élèves qui effectuaient une visite à l'école avant son ouverture, vendredi, ont qualifié la mesure de ridicule et sans conséquence sur la sécurité.

12 avril 2007

Un anonyme m'écrit

En réaction à mon billet intitulé «Gérer de la guénille», j'ai reçu une réponse d'un correspondant anonyme, réponse que je recopie ici intégralement en en caractères gras avec quelques commentaires de ma part.

L'intervention de ce correspondant me trouble, parfois par la justesse de son propos, parfois parce qu'il semble confondre des choses.

Mes commentaires sur l`éducation au Québec.

J`ai lu vos articles concernant mme Postvin et la réforme scolaire.
Les ``bienfaits ``de la fessée.

Une majorité de professeurs sont maintenant incapables de discipline en classe. Saviez-vous que certaines classes sont si bruyantes qu`on a peine à entendre le discour du professeur. C`est comme s`il se parlait à lui même devant un auditoire qui ne lui porte aucun intérêt. On a trouvé la solution! Un intervenant,ou un `` pisscologue`` l`a trouvée! Tenez-vous bien! La fessée! On dit que c`est pour les parents, mais sachez le, on ne pourra jamais ramener le châtiment corporel (martinet, ou autre truc pour frapper) les élèves dans nos écoles, si les parents sont anti-châtiment corporel. On se fou que ça ne marche pas. On veut fesser dans le tas. Croyez-moi, ils n`admettrons jamais cette intention ouvertement.


Tout d'abord, précisons que je ne suis pas en faveur de la fessée, et encore moins à l'école. Il est vrai que certaines classes ressemblent à une jungle, mais le cours auquel vous faites référence ne s'adresse pas à des enseignants mais bien à des parents et ne vise pas à ramener ce châtiment corporel dans les écoles. La discipline scolaire peut s'exercer en classe de façon bien différente que de varger sur les p'tits monstres! Il faut aussi souligner que, dans ce cours, la partie consacrée à la fessée est minime et ne recommande l'utilisation de celle-ci de façon adéquate et en dernier recours.

Le milieu scolaire blâme les parents et les élèves pour tous les maux du milieu scolaire. Enfants indisciplinés, parents gàteaux. Wow La Minute papillon! Les parents ne sont pas en classe. C`est la responsabilité du système scolaire de transmettre la matière aux élèves et obtenir leur collaboration. Certains professeurs y arrivent très bien. Ils inspirent le respect chez leurs élèves. Ils inspirent des commentaires du genre: "Yé pas cool mais yé bien correct."

Ici, je me dois de préciser que, s'il est vrai que les parents ne sont pas en classe, ils jouent parfois un rôle déterminant dans la dynamique de certains cours. En contestant ouvertement certains règlements, en soutenant de façon hystérique leur enfant-chéri, certains parents minent toute forme d'autorité scolaire. La responsabilité du système scolaire s'arrête là ou commence le manque de collaboration des parents, si je peux me permettre.

Allons-y avec une anecdote: j'ai une élève, appelons-la Nathalie, qui manque systématiquement tous ses examens et ses absences sont motivées par sa mère. On arrive à la fin de l'année et l'enfant n'a strictement rien appris dans ma classe. Pis: Nathalie consomme des drogues à l'heure du dîner, mais sa mère ne trouve rien à redire. Parfois, cette ado est impolie et tente de manipuler son entourage. Que fait-on dans ce cas quand, aux yeux de l'enfant et de la mère payeuse de taxes, c'est l'école le problème?

Pour rester en vie au secondaire, certains enseignants doivent inspirer le respect à leurs élèves mais aussi à leurs parents, croyez-moi.

J`ai constaté que plusieurs professeurs ne transmettent pas la matière et ne préparent pas les élèves aux examens du ministère. On se demande même en quoi consiste le programme.

Il faudrait aussi pouvoir vérifier les compétences des enseignants. Quand le professeur ne peut enseigner l`écriture attachée au primaire parce qu`elle ne la connaît pas elle-même, ou qu`un prof. du secondaire enseigne une matière pour laquelle il n`est pas formé, on comprend mieux maintenant toute l`ampleur du problème. C`est comme demander à la coiffeuse d`être dentiste. Outch!


Effectivement, il existe des enseignants incompétents. J'en côtoie quelques-uns à l'occasion. À cet égard, je pourrais rajouter que c'est aussi le cas dans bien des métiers.

Cependant, je ne crois pas que cela soit une excuse valable quand il s'agit de l'éducation de nos enfants. Sauf que c'est la responsabilité du gouvernement de s'assurer de la formation des jeunes enseignants par le biais des programmes universitaires et celle des directions d'école de veiller à ce que les professeurs fassent correctement le travail auquel on est en droit de s'attendre d'eux.

Par ailleurs, lorsqu'un professeur enseigne une matière qui n'est pas la sienne, il faut se rappeler que c'est aussi une direction d'école qui l'a nommé à cette place. Je peux vous certifier que je connais quelques coiffeuses qui n'ont pas eu d'autre choix que d'être dentistes...

Au primaire j`ai demandé pourquoi on n`enseignait pas certaines notions, formules, problèmes mathématique et pourquoi les enfants n`avaient pas de devoir, et ne faisaient pas d ceci et cela en math. On m`a dit, très sérieusement que les jeune n`en n`ont pas besoin car ils ont des calculatrice. Devinez qui a acheté une méthode mathématique et créé son propre programme. Et oui. Nous les parents. Nous en sommes à faire les classes avec nos enfants. Cela sans compter les parents qui enseigne à plein temps à la maison. ( De plus en plus populaire) Au Secondaire, j`ai vu 100% de certaines classes échouer au bulletin. Il est trop facile de blâmer les élèves. La vérité est que la situation dans nos écoles s`est beaucoup détériorée en comparaison avec les années où nous les ``adultes``étions étudiants.

La situation dans nos écoles est la suivante: 45% d`échec au secondaire. Ce sont là les étudiants qui n`obtiennent pas le diplôme d`étude secondaire pour cause d`échec académique. Des classes complètes échouent des matières au bulletin en produisant une note inférieure au 60% requis. Ça c`est la réalité. Vous êtes donc en nombreuse compagnie, chères élèves.

Je connais peu le primaire et ne pourrai commenter cette situation. Pour le secondaire, par contre, je peux vous dire à quel point il est généralement difficile de motiver les élèves et à quel point la notion d'effort ne semble pas exister chez certains. Je me considère chanceux de réussir sans trop savoir comment à allumer mes élèves, à les coincer ou à les contraindre. L'école a-t-elle changé depuis notre adolescence? Sûrement, mais au même rythme que la société dans laquelle elle s'inscrit. Des phénomènes comme la consommation de drogue ou de l'hypersexualisation me semblent plus présents aujourd'hui. Et c'est aux parents comme aux éducateurs de tenter d'éduquer nos jeunes à éviter ces fausses apparences.

La Réforme veut maintenant produire des évaluations bidons, pour masquer son incompétence. S`il n`y a pas d`évaluation claire, limpide de compréhension, comment alors savoir si l`étudiant progresse.

Pourquoi evoyer ses enfants à l`école dans ces conditions,je vous le demande! Pas surprenant que ça décroche!

La réforme vise justement à motiver les élèves et à éviter le décrochage scolaire. Peut-on parler d'ironie? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si tant d'enseignants dénoncent haut et fort plusieurs des ratés de celle-ci.

Chaque fois que des parents demandent des compte à l`organisation de l`instruction publique. On le fait patauger dans d`immense `` sables mouvants`` administratif à n`en plus finir pour s`assurer que la démarche du parent n`aboutira nul part. Alors le parent irrité,abandonnera ses tentatives pour améliorer les choses.

Et là je ne parle pas des cas de violence et actes criminels commis dans nos écoles. Ils nécessitent un rapport de police fait par les victimes.

Il faudrait donner une voix aux parents, hors du système scolaire. Un regroupement indépendant et autonome par les parents pour les parents des étudiants en milieu scolaire de la petite enfance à l`université.


Je partage votre point de vue à l'effet que les parents sont parfois tenus à l'écart du monde scolaire. Mais, en même temps, comme enseignant, je vous avouerai que j'ai un peu peur de voir de voir un inconnu venir se mêler de mon monde, surtout s'il ressemble à la mère de Nathalie!

Quant au regroupement dont vous souhaitez la création, il existe en partie pour les parents dont les enfants vont à l'école primaire ou secondaire. La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) regroupe officiellement tous les parents de ses enfants. Sauf que vous me permettrez de vous dire qu'elle n’est pas très critique à l'égard du ministère de l'Éducation et des commissions scolaires... à qui revient une partie importante des points que vous soulevez.

23 mars 2007

Gérer de la guenille

Au Québec, on aime ça gérer de la guenille! En plus de la burqa dans les bureaux de vote, voilà qu'on reparle du code vestimentaire dans les écoles.

Dernier incident en lice: une élève du primaire est menacée d'expulsion parce qu'elle porte un petit diamant au nez (dixit La Presse). Écoutons un peu les arguments de la maman de la délinquante:

«Ma fille n'a pas le droit d'avoir un petit piercing dans le nez, mais les kirpans sont acceptés dans les écoles, déplore Manon Giroux. Le piercing n'est pas dans le sourcil ni dans la lèvre. Dans le nez, ce n'est pas pire que dans l'oreille.»

Ici, je ne peux que faire une montée de lait. Si jamais j'avais le bonheur d'avoir cette maman éplorée devant, voici ce que je lui répondrais:

Chère maman Papoute*,

L'école ou va votre fille a un code de vie que vous connaissiez depuis le début de l'année. Vous n'avez donc pas l'excuse de l'ignorer. Ce Code de vie est adopté par le Conseil d'établissement de votre école ou siège des représentant des parents, représentants que vous pouvez élire au début de l'année scolaire. D'ailleurs, pour votre gouverne, en fin d'année scolaire, votre CE devra reconduire ou modifier ce Code de vie. Pourquoi ne pas aller y défendre votre point de vue?

Quoi qu'il en soit, en envoyant votre fille à l'école de la sorte et en la soutenant dans son propos, vous avez pris le parti de contester l'autorité d'une institution qui est l'école. La question dans tout ce débat n'est pas savoir si celle-ci a tort ou raison dans les règlements dont elle se dote, mais bien de respecter la légitimité de l'adoption des règlements qu'elle se donne. Vous avez voulu établir votre propre justice en dehors de tout cadre légal reconnu. Quel bel exemple en tant que parent! En suivant votre raisonnement, j'invite les professeurs de votre fille à lui enseigner la futilité de respecter des consignes que vous pourriez lui donner comme de rentrer avant 22h00 le soir ou de faire le ménage de sa chambre. Je suis sûr que vous allez apprécier.

De plus, votre référence au kirpan est inappropriée. Ce dernier, à tort ou raison, a été autorisé par la Cour sûprême du Canada et est donc légal. L'école a l'obligation légale de l'accepter en classe, qu'elle le désire ou non.

Alors, s'il vous plait, peut-on consacrer nos énergies à faire autre chose que gérer de la guenille dans nos écoles?

Bref, encore un autre bel exemple de parent qui soutient l'école et qui s'intéresse aux apprentissages réels des enfants dans nos classes. Désespérant!

* Le terme vient d'une chronique du Prof maudit.

Pour en savoir davantage:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070323/CPACTUALITES/703230676/1023/CPACTUALITES