N'empêche, il faut lire le texte de Nathalie Collard qui conclut sa pensée en écrivant: «Les enseignants insistent beaucoup pour que la société reconnaisse leurs compétences professionnelles. Soit. À condition qu’on reconnaisse aussi les compétences parentales. Aux parents de décider ce qu’ils feront de leur soirée.»
Bien, à tous ceux qui ont du temps à perdre avec ces problèmes de riches, à tous ceux qui passent des mois à parler de compétences transversales, de paradigme de l'apprentissage, je suggère la lecture de ce texte où l'on peut lire:
«Dans les écoles de quartiers pauvres, on ne donne pas d'examens à la fin du mois parce que les enfants ont faim. Les gens ont semblé surpris d'entendre ça... Cette situation n'est pourtant pas nouvelle!», a affirmé Denyse Lacelle qui travaille au Conseil communautaire de Côte-des-Neiges/Snowdon.
Selon Mme Rochette, La directrice générale des Magasins partage, les enseignants devraient faire éviter de donner des examens à la fin du mois «parce que les plus démunis auront plus d'échecs. C'est dangereux qu'ils se découragent, qu'ils lâchent l'école et qu'ils se maintiennent dans un cercle de pauvreté, avertit-elle. Mais des fois, c'est sûr, les enseignants n'ont pas le choix.»
Vive les chroniqueurs dont les enfants sont la priorité! «Pourquoi devraient-ils accepter l’intrusion de l’école qui vient en quelque sorte dicter la façon dont se déroulera le temps passé avec leur enfant ? La soirée devrait leur appartenir», écrit madame Collard. Pourquoi alors devrais-je accepter en classe votre jeune qui ne sait pas vivre, votre jeune qui s'absente pour faire poser les pneus d'hiver sur sa voiture, votre jeune qui se drogue?
Vive aussi l'argent dépensé dans la réforme! Je suis convaincu que des ventres vides apprennent mieux maintenant grâce à cette belle initiative. La pauvreté et la détresse humaine sont des causes majeures d'échec scolaire. Où aborde-t-on ce point sur les blogues des bien-pensants de l'éducation. On est vite sur le piton pour dénoncer la malbouffe, mais peut-on s'assurer que les enfants mangent à leur faim? On est vite pour se plaindre des devoirs, mais que fait-on pour que nos jeunes puissent avoir véritablement tous les éléments pour réussir? En Finlande, modèle de réussite en éducation, les enfants sont nourris sainement et gratuitement à l'école.
Quant aux compétences parentales auxquelles fait référence madame Collard, permettez-moi d'être critique. Des jeunes battus, négligés ou maltraités physiquement et psychologiquement, des jeunes qui doivent gagner leur vie à 16 ans pendant que leurs parents vont au travail dans une voiture de l'année, j'en connais trop! Au Québec, les enfants et l'école sont trop de troubles pour plusieurs parents. Si je vous disais combien d'élèves j'ai failli adopter tellement la situation familiale dans laquelle ils vivaient était intenable, combien de fois j'en ai dissuadé de se suicider, combien de fois... Combien de fois...
Trop de devoirs? Peut-être, peut-être pas. Mais est-ce que nos jeunes apprennent quelque chose à l'école? Les prépare-t-on correctement à vivre l'avenir? Les nourrit-on seulement pour qu'ils puissent être en état d'apprendre?
Compétences parentales? Vraiment? Alors, donnez-moi le droit de faire un bulletin des parents des élèves à qui j'enseigne!
Le Québec a parfois des allures de pays sous-développé, mais une certaine élite intellectuelle semble se complaire dans des discussions oiseuses. Et pour ce qui est des parents, je fais mien ce proverbe connu en éducation:
«Il y a un permis pour avoir un char, mais pas de permis pour avoir un enfant.»
Tant que des parents, tels madame Collard, vont voir l'école comme un adversaire, tant que des parents ne comprendront pas que l'éducation de leur enfant est un «passage obligé et nécessaire», tant que des parents vont vouloir tout avoir (une attitude qu'ils ont transmise à leur enfant d'ailleurs), le Québec me tuera. Littéralementme tuera. Littéralement.



















