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29 novembre 2007

Ventre affamé n'a point d'oreilles (ajout)

Je suis de très mauvais poil cette semaine. Plus je lis les journaux, plus je songe à changer de pays. Le Québec me tue, littéralement.
Gros débat con cette semaine dans les médias: les devoirs! Ils stressent les parents, ils sont inutiles, ils empêchent les relations parents-enfant et que sais-je encore!

N'empêche, il faut lire le texte de Nathalie Collard qui conclut sa pensée en écrivant: «Les enseignants insistent beaucoup pour que la société reconnaisse leurs compétences professionnelles. Soit. À condition qu’on reconnaisse aussi les compétences parentales. Aux parents de décider ce qu’ils feront de leur soirée.»

Bien, à tous ceux qui ont du temps à perdre avec ces problèmes de riches, à tous ceux qui passent des mois à parler de compétences transversales, de paradigme de l'apprentissage, je suggère la lecture de ce texte où l'on peut lire:

«Dans les écoles de quartiers pauvres, on ne donne pas d'examens à la fin du mois parce que les enfants ont faim. Les gens ont semblé surpris d'entendre ça... Cette situation n'est pourtant pas nouvelle!», a affirmé Denyse Lacelle qui travaille au Conseil communautaire de Côte-des-Neiges/Snowdon.

Selon Mme Rochette, La directrice générale des Magasins partage, les enseignants devraient faire éviter de donner des examens à la fin du mois «parce que les plus démunis auront plus d'échecs. C'est dangereux qu'ils se découragent, qu'ils lâchent l'école et qu'ils se maintiennent dans un cercle de pauvreté, avertit-elle. Mais des fois, c'est sûr, les enseignants n'ont pas le choix.»

Vive les chroniqueurs dont les enfants sont la priorité! «Pourquoi devraient-ils accepter l’intrusion de l’école qui vient en quelque sorte dicter la façon dont se déroulera le temps passé avec leur enfant ? La soirée devrait leur appartenir», écrit madame Collard. Pourquoi alors devrais-je accepter en classe votre jeune qui ne sait pas vivre, votre jeune qui s'absente pour faire poser les pneus d'hiver sur sa voiture, votre jeune qui se drogue?

Vive aussi l'argent dépensé dans la réforme! Je suis convaincu que des ventres vides apprennent mieux maintenant grâce à cette belle initiative. La pauvreté et la détresse humaine sont des causes majeures d'échec scolaire. Où aborde-t-on ce point sur les blogues des bien-pensants de l'éducation. On est vite sur le piton pour dénoncer la malbouffe, mais peut-on s'assurer que les enfants mangent à leur faim? On est vite pour se plaindre des devoirs, mais que fait-on pour que nos jeunes puissent avoir véritablement tous les éléments pour réussir? En Finlande, modèle de réussite en éducation, les enfants sont nourris sainement et gratuitement à l'école.

Quant aux compétences parentales auxquelles fait référence madame Collard, permettez-moi d'être critique. Des jeunes battus, négligés ou maltraités physiquement et psychologiquement, des jeunes qui doivent gagner leur vie à 16 ans pendant que leurs parents vont au travail dans une voiture de l'année, j'en connais trop! Au Québec, les enfants et l'école sont trop de troubles pour plusieurs parents. Si je vous disais combien d'élèves j'ai failli adopter tellement la situation familiale dans laquelle ils vivaient était intenable, combien de fois j'en ai dissuadé de se suicider, combien de fois... Combien de fois...

Trop de devoirs? Peut-être, peut-être pas. Mais est-ce que nos jeunes apprennent quelque chose à l'école? Les prépare-t-on correctement à vivre l'avenir? Les nourrit-on seulement pour qu'ils puissent être en état d'apprendre?

Compétences parentales? Vraiment? Alors, donnez-moi le droit de faire un bulletin des parents des élèves à qui j'enseigne!

Le Québec a parfois des allures de pays sous-développé, mais une certaine élite intellectuelle semble se complaire dans des discussions oiseuses. Et pour ce qui est des parents, je fais mien ce proverbe connu en éducation:

«Il y a un permis pour avoir un char, mais pas de permis pour avoir un enfant.»

Tant que des parents, tels madame Collard, vont voir l'école comme un adversaire, tant que des parents ne comprendront pas que l'éducation de leur enfant est un «passage obligé et nécessaire», tant que des parents vont vouloir tout avoir (une attitude qu'ils ont transmise à leur enfant d'ailleurs), le Québec me tuera. Littéralementme tuera. Littéralement.
Et comme ce n'est pas assez, j'attends que le MELS et mon syndicat dénoncent conjointement l'attitude de Mme Collard. En effet, vous vous rappelez sûrement qu'alors que nous étions en moyens de pression, un juge avait statué que les devoirs étaient un service essentiel que les enseignants ne pouvaient pas boycotter. Si je me base sur ce jugement, par son attitude, Mme Collard nuit à l'éducation des enfants et met en péril leur avenir, rien de moins...

18 septembre 2007

L'autobus de la malbouffe

Un peu de sensationnalisme dans un titre n'a jamais fait de tort. Ainsi, ce matin, La Presse et Le Devoir nous apprenaient que la Société de transport de Montréal (STM) «offre une navette vers la malbouffe». Rien de moins! Quand on connaît l'école Mont-Royal dont traitent ces deux textes, on comprend mieux certaines choses.

En effet, celle-ci est enclavée dans la chic et très riche Town Mont-Royal (à Montréal, on dit TMR , à l'anglaise). Tous les élèves de cette école proviennent de quartiers voisins, multiethniques, populaires et moins cossus. Impossible pour eux d'aller manger à la maison à pied. Restent donc le lunch, la cafétéria et le transport en autobus vers la maison ou les restos en région éloignée. Ils n'iront quand pas même manger à La Sirène qui est à proximité et qui coûte 20$ le couvert...

N'entrons pas dans les détails, mais mes souvenirs de la cafétéria de l'école Mont-Royal m'incitent à penser que je préférerais moi aussi le lunch ou l'autobus: espace trop petit, manquant de vie et de convivialité. Les choses ont peut-être changé, remarquez

À part le lunch, un seul choix s'impose donc à l'élève: retourner à la maison ou bouffer dans les restos de la Côte-des-Neiges. L'autobus spécial du midi permettait d'éviter d'indisposer les usagers habituels de la STM qui voyaient arriver cette horde d'élèves avec horreur. D'ailleurs, sur ce point, sont-ce tous les jeunes qui prennent cette navette qui vont dans les restaurants? Il faudrait vérifier. Certains vont peut-être manger des repas sains à la maison.

Que des nutritionnistes et des cadres de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois (CSMB)demandent à la STM de ne plus offrir ce service spécial d'autobus montre bien le peu de sens pédagogique de ces ayatollahs anti-malbouffe. Quand on interdit alors qu'on peut éduquer, on rate souvent une occasion de jouer son rôle auprès des jeunes!

Pour ma part, ce problème relève davantage de l'école qui ne sait pas retenir ses élèves à l'heure du midi car, s'ils «quittent en masse cette polyvalente», c'est qu'il doit bien y avoir un problème quelque part? Une clientèle quasi captive qui doit s'échapper d'un Alcatraz alimentaire, ça ne vous amène pas à réfléchir davantage à des solutions un peu plus poussées que «On devrait couper le service d'autobus!»

La CSMB devrait s'attarder tout d'abord à la qualité de la nourriture de la cafétéria de cette école, aux services qui y sont offerts et à son aménagement physique. Comme le dit la diététiste Geneviève O'Gleman: «Le défi, ce n'est pas d'éliminer les frites dans les cafétérias, c'est d'offrir quelque chose d'intéressant à la place.»

Quant à l'autobus de la malbouffe, certains dirigeants et nutritionnistes de la CSMB devraient cesser de réclamer son abolition et s'occuper de mieux gérer ce dont ils sont responsables. Sinon, quelle est la prochaine étape: inspecter la boîte à lunch des élèves qui ne mangent pas à la cafétéria et qui ne prennent pas l'autobus? Après tout, ceux-ci aussi s'alimentent peut-être mal!

15 septembre 2007

Malbouffe: suite et faim

Deux excellents textes de La Presse. Savoureux! À leur lecture, vous comprendrez pourquoi la nouvelle politique anti-mabouffe du gouvernement Charest, même si elle un pas vers l'avant, n'est pas automatiquement garante de santé.

Allons-y tout d'abord avec celui de Stéphanie Bérubé.

La compétence et la motivation du personnel

À la suite d'un appel fait auprès des lecteurs, elle remarque que peu de cafétérias (une quinzaine) offre un menu exceptionnels aux élèves et que celles-ci, animées de bonnes intentions, comptaient surtout sur des «gens inspirés et dévoués», un peu comme ce fut la cas à mon école il y a bien des années. Bref, le chef fait toute la différence! D'ailleurs, pour la diététiste Hélène Tremblay, la formation du personnel qui fait la cuisine dans les écoles est insuffisante.

Les contraintes budgétaires

Hélène Laurendeau, nutrionniste, explique que la gestion d'une cafétéria est difficile: «Les gestionnaires de cafétéria sont coincés entre des politiques alimentaires, des restrictions dues aux allergies et des budgets extrêmement serrés.» Cet aspect fric ne vous surprendra pas: on en a toujours pour son argent.

À mon école, au Conseil d'établissement, le prix des repas a déjà été l'objet d'un débat. On en veut toujours plus pour le moins cher possible. Mais comme on en a pour son argent... Manger à la cafétéria scolaire est l'équivalent d'un repas pris à l'extérieur, d'un repas pris au restaurant. Certains parents semblent l'oublier et veulent payer moins cher pour leur jeune que ce qu'ils s'offrent chaque midi.

De mémoire, dans un sondage, les parents québécois affirmaient être prêts à payer plus cher pour des repas de qualité, sauf que de passer de la pensée à l'acte... Et puis, si cela coûte trop cher, on retombe dans la malbouffe qui, elle, est moins coûteuse et souvent plus goûteuse.

Les faux choix santé et le goût

En effet, Mme Bérubé remarque que c'est souvent la saveur qui fait défaut dans les plats santé offerts aux jeunes. Pire: certains plats dits santé offerts sont de véritables horreurs nutrionnels. Elle cite le cas suivant: «Cette spécialiste se rappelle avoir vu un poulet au thé vert sur un menu, présenté comme une option santé. En fait, la recette était une préparation commerciale et contenait une vraie mine de sel.» Choix santé ne veut pas dire automatiquement plats santé. Pensons à une salade noyée dans la mayonnaise ou la vinaigrette.

De plus, on peut aussi s'interroger sur les ingrédients des différents plats: «On parle beaucoup des légumes qui viennent de Chine en ce moment. C'est très souvent ça qu'on sert aux enfants. Il n'y a pas de contrôle sur la provenance des aliments.» Au collège André-Grasset, on a décidé de se montrer exigeant: «On ne voulait plus avoir des produits transformés, de la viande irradiée. On voulait de la vraie viande, des vrais légumes cuits al dente.»

L'efficacité despolitiques anti-malbouffe

Marie-Claude Lortie, elle, s'intéresse à l'efficacité de cette politique et elle suscite d'excellentes réfléxions. Elle cite, entre autres, les propos de Jeffrey Friedman de l’université Rockefeller à New York, un des grands spécialistes mondiaux de l’obésité: « Je ne veux pas dire que (de telles interventions) ne marcheront jamais, mais le fardeau de la preuve de leur efficacité devrait être sur ceux qui imposent ces mesures. Or à ma connaissance, personne ne l’a encore démontré.»

En fait, la journaliste semble penser que l'imposition de ce genre de régime minceur n'entraînerait pas automatiquement de perte de poids chez les jeunes. Questionné là-dessus, le premier ministre Charest a affirmé avoir des études qui prouvent le contraire. Intéressée, Mme Lortie a demandé à voir ces études. Elle les attend et j'espère qu'elle ne lâchera pas prise.

Réflexions personnelles

Cela étant dit, il faut savoir que plusieurs écoles et commissions scolaires ont déjà adopté des politiques anti-malbouffe sans qu'il n'y ait de tremblement de terre ou de révolte étudiante. Cette mesure du gouvernement Charest, louable et vertueuse, sent un peu beaucoup le réchauffé. Elle n'a aucun caractère contraignant et les sommes qui y sont rattachées (11 millions$) sont bien peu quand on regarde les objectifs visés.

De plus, elle refile certains aspects du problème à d'autres intervenants. Prenons la présence des restaurants de type fast food aux abords des écoles. «La balle est dans le camp des municipalités», a déclaré le premier ministre Jean Charest. Facile comme réplique. De même pour la formation du personnel.

Comme l’a souligné un intervenant sur le blogue de madame Lortie, cette politique anti-malbouffe constitue un premier pas pour améliorer la santé des jeunes, au même titre, par exemple, que les différentes actions prises pour réduire le nombre de fumeurs. Reste à apprendre à mettre un pied devant l'autre. Bien manger est un geste personnel mais aussi global.

S'il est sérieux dans ses démarches, par contre, le gouvernement Charest devrait augmenter ses budgets consacrés aux activités qui font bouger les jeunes, interdire l'utilisation des gras trans dans les restaurants, obliger l'étiquettage des aliments, appliquer une politique anti-malbouffe de façon plus générale à tous les organismes publics (hôpitaux, etc.) comme il l'a fait avec la cigarette.

À cause du type d'aliments qui nous sont offerts et qu'on choisit, on se tue à manger en Occident, et ce, pas juste à l'école.

13 septembre 2007

Malbouffe: déjà un os...

Dans la catégorie «Oui, mais...», le directeur des affaires publiques de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Denis Pouliot, a indiqué ses préoccupations au sujet de la nouvelle politique anti-malbouffe dans les écoles: «On se pose des questions sur le calendrier d'implantation. Il faut avoir si les délais seront suffisants pour faire les choses correctement et pour faire en sorte que les élèves embarquent. Il faudra voir aussi le financement qui sera accordé pour soutenir les écoles dans ce changement.» Ça y est: on commene le bras de fer politique. N'oubliez pas de partir à rire quand on vous dira qu'il s'agit d'une action concertée de tous les partenaires en éducation.

Quelques petites observations en passant.

Dans ma commission scolaire, on a déjà implanté depuis deux ans une politique alimentaire du genre. Les jeunes n'ont pas déserté la cafétéria. Ils trouvent cependant la nourriture toujours aussi «dégueux». On ne les a pas éduqués à manger «différent» et leur réaction est parfaitement normale.

Et puis, il y a des incohérences. Les boissons gazeuses ont été remplacées par des jus. Un progrès, direz-vous? Lisez les étiquettes. Certaines contiennent 56g de sucre par 250 ml. Est-ce vraiment une amélioration? Et il faut voir aussi de quel genre de sucre il s'agit. Certains sont plus nuisibles à la santé que d'autres. Dans son livre intitulé «Toxic», l'auteur William Raymond montre à quel point les nouveaux sucres alimentaires sindustriels ont un véritable poison pour l'être humain. On retrouve le cas de ces belles galettes d'avoine bourrées qu'on imagine à tort santé et qui sont bourrées de gras trans. Mummm... Ce n'est donc pas tant les produits servis que les ingrédients qui les composent sur lesquels on doit s'interroger. Une bonne salade OGM avec une portion de gras trans et de fructose-lactose, ça nourrit son élève!

Abordons également des efforts faits par les cafétérias scolaires pour amener les jeunes vers des aliments sains qui comptent. Quand le bar à salade est moche, coûte plus cher que le plat principal et ferme une demi-heure avant le début des cours du midi, on oriente déjà le choix des jeunes, je crois.

Puisqu'on parle de cafétérias, il y a aussi une question d'attitude. Celles-ci sont des entreprise$ qui s'intéressent d'abord et avant tout à leur rentabilité. Ce n'est pas pour rien qu'un jour, on nous a servi des grilled cheese avec du pop corn comme plat principal à l'école...

En fait, j'ai conu peu de chefs intéressés par les jeunes et par leur saine alimentation. En fait, un seul. Il se mêlait aux étudiants, leur faisait visiter les cuisines le midi. Durant l'année, il proposait des menus alternatifs et internationaux. Au lieu d'être un gestionnaire alimentaire, il cuisinait, tentait des expériences, tentait d'entraînait les élèves dans sa folie. Il a fini par ouvrir son propre restaurant, si je me souviens bien.

Il n'existe aucun doute dans mon esprit que les cafétérias vont trouver un moyen de faire passer leurs profits avant la santé des jeunes et sauront contourner l'essence de la prochaine politique ministérielle. Même certaines écoles vont avoir de la difficulté à renoncer aux machines distributrices qui génèrent d'importants profits, souvent investis dans les activités scolaires. Et puis, il ne faut pas oublier que les jeunes continueront à vendre du chocolat pour financer leurs activités... Incohérence, quand tu nous remplis la bouche.

Avant d'imposer aux jeunes de manger santé, peut-on tout d'abord s'assurer qu'ils mangent à leur faim? Oups... il ne fallait pas le dire, mais savez-vous combien de jeunes viennent à l'école le ventre vide, combien ont un lunch ridicule le midi? Question d'argent, question de priorité des parents. Oui, oui: vous avez bien lu: priorité des parents. S'assurer d'avoir à déjeuner avant d'acheter une X-Box, ça me semble logique. Voilà vraiment un des aspects de la mauvaise répartition de la richesse, quant à moi.

12 septembre 2007

J'investis dans La Belle Pro!

C'est officiel: le gouvernement québécois a décidé de bannir la malbouffe dans nos écoles (ici et ici). Ces dernières deviendront ainsi plus équilibrées nutritivement que le guide alimentaire canadien. Sauf que... nos jeunes pourront évidemment continuer à manger des lunchs bourrés de gras trans, traverser la rue pour aller à La Belle Province ou se gaver de pizza-pochettes à la maison.

Encore une fois, on se déculpabilise en faisant porter à l'école une responsabilité qui devrait tout d'abord être inculquée aux parents. « Si on n'explique pas en même temps aux parents et aux enfants pourquoi on le fait et ce qu'on vise comme résultat, on va échouer », reconnaît le ministre de la Santé Philippe Couillard. J'ai hâte de voir comment il va s'y prendre. Un pesant doute rempli d'embonpoint m'assaille. Que voulez-vous: il s'agit d'une question de foie, j'imagine.

Qu'on se comprenne bien: je n'ai rien contre une saine alimentation. Je ne mange plus à la café de mon école depuis deux ans parce que le service y est aussi relatif que la bouffe qu'on y sert. Mais en demandant aux écoles de faire la lutte à la malbouffe, on met un peu la charrue avant les boeufs.

D'ailleurs, parlant de boeuf, tant qu'à y être, pourrait-on demander à nos écoles de ne pas servir des aliments génétiquement modifiés ou des produits autres que ceux du Québec? Au moment ou l'agriculture québécoise vit des moments difficiles, il ets illogique d'acheter des produits de la Californie quand il y a des fermes à 10 km de mon école.

En attendant, je vais demander à mon conseiller financier d'augmenter mes parts dans le secteur de la restauration rapide. Mon petit chèque quant au règlement de l'équité salariale va enfin servir à quelque chose.

11 septembre 2007

Privé et public: et les parents?

La semaine dernière, je suis allé à la rencontre des parents de ma fille. Celle-ci est inscrite dans un collège privé de la région montréalaise à la demande de sa mère. J'aurais voulu qu'elle soit à mon école, mais bon. Elle y est heureuse et elle s'y épanouit. C'est ce qui compte, non?

Environ 75% des parents se sont présentés à cette rencontre. Il y a avait tout d'abord le mot de bienvenue de la directrice-adjointe et la présentation de la plupart des enseignants du niveau ou Fille masquée sévira. À tour de rôle, chaque département est venue présenter sa matière et ses exigences. Par la suite, il était possible de rencontrer en plus petits groupes les enseignants de maths, chimie, physique et français. Une belle soirée, surtout pour Fille masquée qui voulait absolument que son père y soit. Ça flatte l'égo paternel, remarquez, surtout quand on sait que nous vivons une relation parentale parfois difficile et que nous avons tous deux beaucoup de caractère.

Hier soir, c'était à mon tour d'accueillir les parents des élèves de cinquième secondaire de mon école. On m'avait demandé de le faire, à ma grande surprise, même si je ne suis pas en bons termes avec tous les membres de la direction (une longue histoire...). Quoi qu'il en soit, une douzaine de parents se sont présentés pour environ 270 élèves. J'ai fait de mon mieux mais, surtout, j'ai pu discuter avec quatre parents de mes élèves et ce furent des échanges très intéressants. À cet égard, pourquoi attendre en novembre pour apprendre certaines informations importantes qu'un enfant ne nous confiera pas?

Je ne veux pas blâmer les parents absents qui ont toujours tort, comme on le sait. Peut-être faut-il revamper le format de cette soirée, la rendre plus signifiante pour les parents? Le fait que peu d'enseignants y participent explique peut-être ce désintéressement.

Quoi qu'il en soit, on peut également s'inspirer de ce qui se fait ailleurs. Pourquoi ne pas jumeler la rentrée au premier cycle avec une fête de la fierté scolaire comme on retrouve dans certaines écoles primaires et une rencontre de parents le soir même? Pourquoi fête-t-on l'Halloween en suspendant les cours et en organisant des activités divertissantes, soit, et ne serait-on pas capable de rendre plus stimulante la rencontre des parents?

L'école publique doit inviter les parents à la visiter, à y rencontrer les enseignants. Les vieilles façons de faire ne semblent plus fonctionner. Pourquoi ne pas tenter autre chose?

01 août 2007

Le matériel scolaire du Journal de Mouréal

Un peu comme si Safwan pouvait influencer le contenu du Journal de Mouréal, cette semaine, le distingué quotidien de la rue Frontenac y allait d'une série d'articles sur les achats reliés à la rentrée scolaire (1, 2 et 3).
Honnêtement, on ne peut pas dire que celui-ci a fait preuve d'une grande rigueur journalistique. Pour démontrer qu'il en coûtait cher aux parents, Philippe-André Piette a évalué à combien se montaient les articles scolaires demandés par quatre écoles choisies au hasard. Selon son enquête, il pourrait ainsi en coûter jusqu'à 230$ par enfant! Aux armes, citoyens! Vite, faisons la révolution!

On verra que, dans les faits, ce montant n'est pas exagéré, sauf que la façon de parvenir à celui-ci est plus que discutable.

Un certaine méconnaissance du dossier

Premièrement, le journaliste a inclus dans les quatre écoles qu'il a retenues deux collèges privés (Beaubois et Saint-Alexndre) qui ne sont pas tenus de limiter les frais exigés aux parents. Il n'est pas étonnant d'ailleurs que ce soit eux dont la facture est la plus élevée.

Deuxièmement, ce journaliste ne semble pas savoir que les écoles publiques ne peuvent pas exiger certains items des parents, par exemple les sacs à dos, les boîtes à lunch, les dictionnaires et autres ouvrages de référence. Mais, pour étayer son plaidoyer, il cite les propos d'une maman qui manifestement envoie son enfant dans une école privée, ce qui n'est pas le cas de la majorité des parents québécois : «Il faut que je prévoie 300 $ de plus pour des manuels et un autre 300 $ pour du matériel et des activités», soupire Mme Gendron.

Troisièmement, M. Piette a effectué ses achats dans un «magasin d’articles de bureau», ce qui n'est pas toujours le lieu propice aux aubaines, on en conviendra. Pas étonnant qu'il ait acheté une règle de 30 cm à 4,99 $...

Quatrièmement, M. Piette semble manifestement ignorer le coût d'un dictionnaire. En effet, pour montrer que tout coûte cher, il cite encore Mme Gendron qui se plaint du prix d'un dictionnaire: «Pour Le Petit Larousse, j’attends de voir ailleurs, ils le vendent 40 $ ici!» À ce prix, elle aurait mieux fait de l'acheter parce qu'elle faisait une bonne affaire, je crois.

Cinquièmement, nulle part, ce journaliste abordre la question des cahiers d'exercices. Pourtant, ils constituent une bonne partie de la facture reliée à la rentrée.

Des conseils mal avisés

Mais heureusement, le Journal de Mouréal prend soin de préciser à ses lecteurs qu'il est possible de déroger à ces «fameuses listes» en interviewant Charles Tanguay, de l'Union des consommateurs: . «Les enfants ne seront pas expulsés de l'école parce qu'ils n'ont pas la bonne marque de stylo.» Quel dommage! Avez-vous pensé aux manchettes qu'un pareil incident aurait faites?

Toujours pour en rajouter, M. Thibault, qui semble n'avoir jamais enseigné, «insiste sur le fait qu'il n'est pas nécessaire de suivre à la lettre les listes d'effets scolaires». Il y va d'ailleurs du judicieux conseil suivant: «Ça peut même valoir la peine d'attendre jusqu'après la rentrée, pour profiter des meilleurs spéciaux.» Fiston aura juste à poireauter en classe pendant que les autres travailleront.

Pour ma part, il aurait été intéressant d'indiquer qu'il existe des organismes communautaires qui donnent gracieusement du matériel scolaire à la rentrée, que les écoles peuvent offrir des délais pour le paiement de certains effets indispensables, etc., sauf que cela ne faisait peut-être pas assez sensationnaliste.

Un montant assez juste malgré tout

Malgré les nombreuses erreurs que recèlent les différents textes de M. Piette, il n'en demeure pas moins que le montant de 250$ auquel il parvient est assez près de la réalité si je me base sur ce que mon école exige des parents. Seulement, tant qu'à semer la tempête, peut-on être un peu plus rigoureux?

D'ailleurs, dès le lendemain, dans le courriel des lecteurs du JdeM, certains émules de Gilles Proulx n'y allaient pas de main morte. Un d'entre eux se demandait même pourquoi tout cela n'était pas gratuit comme en Ontario. Gratuit en Ontario? Quelqu'un peut-il m'indiquer si cette affirmation est vraie ou a-t-on publié n'importe quoi?

Enfin, je ne peux m'empêcher de relever que le journaliste Piette a conclu un de ses textes par la phrase moralisatrice suivante: «L’enquête éclair du Journal met en doute l’efficacité des mesures annoncées par le gouvernement Charest en novembre 2005» afin de limiter les frais exigés aux parents.

Moi, c'est son enquête dont je doute.

05 juin 2007

Pot et malbouffe

Petit détail de la vie ordinaire scolaire.

Depuis quelques années, la discipline s'est relâchée dans mon école. Changements de direction fréquents, embauche de personnel mal encadré: tous les ingrédients sont là pour créer une détérioration de ce milieu de vie.

Il ne faut donc pas se surprendre qu'aujourd'hui, en fin d'après-midi, j'ai croisé dans un corridor un élève qui portait un gaminet ou l'on retrouvait bien en évidence des feuilles de pot. Le jeune, qui semblait être en deuxième secondaire, l'a donc porté toute la journée au vu et au su de tous les éducateurs qui l'ont croisé. Si l'on pousse plus loin, ce chandail a aussi été acheté par des parents qui devaient avoir une idée de ce que représentait ce vert feuillage.

Je n'ai pas osé intervenir. Je suis un peu tanné du rôle de gros méchant qui voit tout et qui remet en cause et ses collègues et la façon dont le code de vie de mon école est appliqué. Sauf que...

On parle beaucoup de décrochage scolaire au Québec. Même qu'on a fait une réforme pour contrer ce phénomène et qu'on a investi des centaines demillions de dollars. Sans y voir un lien direct de cause à effet, saviez-vous que près de 18% des jeunes au Québec sont des consommateurs réguliers? Saviez-vous que les commissions scolaires de tout le Québec viennent de se doter d'une politique concernant les toxicomanies? Et pourtant, dirait le grand Charles...

Pour l'instant, on en juste contre la méchante malbouffe. Et certains parents, en bons hypocrites, demandent aux écoles de bannir les aliments mauvais pour la santé alors qu'ils en gavent leur marmaille à la maison chaque jour...

Pour en savoir davantage sur la consommation de drogues chez les jeunes:

17 mai 2007

Je fellationne, tu fellationnes, il fellationne...

Parfois, il est important de faire des liens entre les nouvelles.
Ce matin, le Journal de Monréal (il va finir par m'embaucher au rythme ou je parle de ce dernier) jouait très fort une manchette à l'effet qu'un directrice d'école primaire aurait fait rédiger un texte d'une dizaine de lignes sur la fellation à quatre jeunes «qui avaient ridiculisé un camarade de classe en prétendant qu'il s'adonnait à cette pratique.» Un parent, scandalisé, a refusé que son jeune le fasse. Et vlan! voilà que cette situation est dans les journaux...
Voyons l'incident d'un autre angle maintenant. Une direction d'école ne fait rien alors que des élèves en insulte un autre en le traitant«de suceux de graines» en classe. Imaginez le tollé! On peut trouver discutable l'idée de la directrice, mais elle a agi, au moins.
J'espère que le parent plaignard s'intéressera au langage de son jeune et à sa conception de la sexualité. J'espère aussi qu'on le sensibilisera au phénomène de l'homophobie qui a cours dans nos écoles et qui pousse chaque année des jeunes au suicide et à la mort. Parce que c'est exactement de cela dont il s'agit ici: d'homophobie. Il est là le vrai scandale.
Quatre jeunes ont voulu en ridiculiser un autre, le rabaisser, le dévaloriser, en l'associant à un comportement homosexuel. Que le jeune visé soit hétérosexuel ou non ne change rien à la nature même de l'insulte: être une «tapette» est invariablement péjoratif.
Dans la même veine, et de là le lien, le Conseil permanent de la jeunesse (CPJ) présentait aujourd'hui une série de recommandations pour lutter contre l'homophobie à l'école secondaire. On va qu'il a beaucoup de chemin à faire.
Enfin, je m'en voudrais de ne pas vous inviter à lire le billet de Forsythia publié aujourd'hui. Il apporte un éclairage intéressant aux propos dont je vous ai fait part.

Pour en savoir davantage sur les élèves homophobes:
http://lcn.canoe.com/lcn/infos/regional/archives/2007/05/20070517-100531.html
Pour en savoir davantage sur les recommandations du CPJ:
http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/05/20070517-153650.html
Pour lire le billet de Forsythia du jeudi 17 mai:
http://petalesforsythia.blogspot.com/

26 avril 2007

Pour Forsythia

Pourquoi mes élèves étaient-ils si atroces aujourd'hui, Forsythia? C'est un douloureux mélange d'incompétence, de mauvaise éducation parentale et de climat social. À cet égard, je préviens les lecteurs sensibles: je suis amer et en colère.

Incompétence? En cinquième secondaire, je reçois en début d'année des élèves qui ont à peine le niveau d'un élève primaire. Mais le système les fait monter selon la technique «Donner au suivant». Et le suivant, c'est moi!
Est-ce normal qu'un élève qui a subi onze années de français écrive «Il les vends» parce qu'il ne sait pas reconnaître un nom d'un verbe? Et je ne parle pas des fautes plus terribles les unes que les autres. Mais le système incompétent l'a fait cheminer jusque dans mes groupes... et débrouille-toi pour qu'il réussisse l'examen ministériel!

Dans mes classes, j'ai des jeunes qui font, encore aujourd'hui, une faute tous les 10 mots. Chocking! Mais rassurez-vous: ils devraient obtenir leur DES parce que les examens ministériels sont de la frime. Et ils le savent.

Incompétence? Certains collègues ne lisent pas un livre de l'année, peinent à corriger correctement une copie d'élève, mais font passer celui-ci parce qu'il est gentil et parce qu'il travaille fort...

Ces collègues ont le même salaire que moi, mais ne font jamais écrire leurs élèves (c'est moins de travail), n'appliquent aucune discipline en classe (il faut respecter les jeunes), n'organisent aucun projet parascolaire (je suis fatigué) et amusent les élèves à coup de vidéos violents et d'histoires salaces (je suis populaire).

Incompétence? Certains adjoints font monter des élèves à cause de la pression des parents ou encore pour s'assurer d'avoir des groupes bien pleins pour des raisons budgétaires. Mummmm... vive la pédagogie des gestionnaires!

Ces mêmes adjoints cool ne sont jamais là pour s'assurer de l'encadrement des élèves, de l'application du code de vie. Ils laissent les jeunes à eux-mêmes au lieu de s'assurer de les entourer, d'en prendre soin et de leur inculquer des notions reliées à l'effort, la réussite, le respect, la satisfaction de soi.

Un élève qui fait ce qu'il veut dans une école, qu'on ne sanctionne pas quand il enfreint des règles élémentaires de comportement n'accorde plus d'importance au travail, à sa réussite. On lui a fait comprendre que tout est facile, sans effort et sans conséquence.

Les mêmes adjoints ferment les yeux devant les collègues incompétents parce qu'ils sont de la même eau et de la même bière. Et puis, ils ont l'excuse facile du syndicat et de la convention collective blindée. Comme s'il n'existait pas 26 manières d'écoeurer un prof pourri.. Non, les seuls qu'ils écoeurent, ce sont ceux à qui ils peuvent en demander toujours plus justement pour compenser l'incurie des collègues incompétents.

Incompétence? Certains conseillers en orientation (quand ils existent) ou profs d'ECC (éducation et choix de carrière - en voie de disparition) qui encadrent mal les élèves et qui leur font croire n'importe quoi, du genre «Tu pourras aller finir ton DES aux adultes ou encore être accepté avec une formation secondaire à compléter au collégial.» Un élève à qui on raconte ce genre de bêtises finit rarement quelque chose. Ou est la notion de l'effort, de la persévérance? Ou est l'encadrement pour aider cet élève, tiens? Ben non, on lui montre comment décrocher autrement et à faible coût pour mon école. Et pour l'instant, il reste dans mes groupes et contamine les éléments fragiles avec une attitude qu'on a encouragée de façon complaisante.

Mauvaise éducation parentale? Certains parents n'ont jamais enseigné le respect de soi à leur enfant. Se respecter, c'est donner le meilleur de soi-même, aller au bout de ses possibilités et de ses rêves. Cela n'a rien à voir avec s'inventer des excuses pour mieux paresser. Mais à quoi s'attendre de jeunes dont les parents motivent toutes les absences, partent avec eux en voyage durant les sessions d'examens, acceptent qu'ils travaillent de soir et de nuit 25 heures par semaine? Et je ne parle pas de ces parents qui, parce que leur enfant a 16 ans, croient que celui-ci est mature et autonome. La belle excuse pour ne plus s'en occuper alors qu'il a atrocement besoin d'adultes signifiants à cet âge-là.

Climat social? Je commence à comprendre Denys Arcand et son propos dans Le déclin de l'empire américain. La personne qui croit que l'éducation est une valeur importante au Québec devrait revoir sa médication.

Voilà, Forsythia, pourquoi mes élèves étaient si atroces aujourd'hui. Je n'ai pas su leur enseigner la notion d'effort et de travail bien fait. Et je songe sérieusement à me réorienter ou à aller enseigner au privé parce que ce système d'éducation est malade et désespérant.

PS: En plus de ne pas tuer mes élèves, j'ai fait trois BA aujourd'hui. Quand je suis grognon, c'est encore la meilleure façon pour moi de croire à l'être humain.

15 avril 2007

Le bonheur

Hier soir, j'étais au restaurant avec Mme Masquée quand une table à côté de la nôtre s'est animée grandement. À grands coups de sacres et d'une voix forte, six adultes d'un âge certain expliquaient que la jeunesse manquait de respect, sacrament, que la religion, tabarnak, devrait revenir dans les écoles, que les Juifs et les Témoins de Jehova, ostie de ciboire, c'est du bon monde mais... Puis, les Musulmans, là, criss, avec leur serviette sur la tête...

Bref, un douceureux mélange d'Elvis Gratton, de Hérouxville et de Gilles Proulx. Jamais je n'aurais tolérer un tel discours et un tel manque de savoir-vivre dans ma classe. Mais là, au restaurant, que faire? Peut-être s'agissait-il des parents de mes élèves?

Je repensais alors au fait que je vis dans une des villes les plus bienheureuses de la province. Et je me demandais si je tenais à être si heureux finalement...

12 avril 2007

Un anonyme m'écrit

En réaction à mon billet intitulé «Gérer de la guénille», j'ai reçu une réponse d'un correspondant anonyme, réponse que je recopie ici intégralement en en caractères gras avec quelques commentaires de ma part.

L'intervention de ce correspondant me trouble, parfois par la justesse de son propos, parfois parce qu'il semble confondre des choses.

Mes commentaires sur l`éducation au Québec.

J`ai lu vos articles concernant mme Postvin et la réforme scolaire.
Les ``bienfaits ``de la fessée.

Une majorité de professeurs sont maintenant incapables de discipline en classe. Saviez-vous que certaines classes sont si bruyantes qu`on a peine à entendre le discour du professeur. C`est comme s`il se parlait à lui même devant un auditoire qui ne lui porte aucun intérêt. On a trouvé la solution! Un intervenant,ou un `` pisscologue`` l`a trouvée! Tenez-vous bien! La fessée! On dit que c`est pour les parents, mais sachez le, on ne pourra jamais ramener le châtiment corporel (martinet, ou autre truc pour frapper) les élèves dans nos écoles, si les parents sont anti-châtiment corporel. On se fou que ça ne marche pas. On veut fesser dans le tas. Croyez-moi, ils n`admettrons jamais cette intention ouvertement.


Tout d'abord, précisons que je ne suis pas en faveur de la fessée, et encore moins à l'école. Il est vrai que certaines classes ressemblent à une jungle, mais le cours auquel vous faites référence ne s'adresse pas à des enseignants mais bien à des parents et ne vise pas à ramener ce châtiment corporel dans les écoles. La discipline scolaire peut s'exercer en classe de façon bien différente que de varger sur les p'tits monstres! Il faut aussi souligner que, dans ce cours, la partie consacrée à la fessée est minime et ne recommande l'utilisation de celle-ci de façon adéquate et en dernier recours.

Le milieu scolaire blâme les parents et les élèves pour tous les maux du milieu scolaire. Enfants indisciplinés, parents gàteaux. Wow La Minute papillon! Les parents ne sont pas en classe. C`est la responsabilité du système scolaire de transmettre la matière aux élèves et obtenir leur collaboration. Certains professeurs y arrivent très bien. Ils inspirent le respect chez leurs élèves. Ils inspirent des commentaires du genre: "Yé pas cool mais yé bien correct."

Ici, je me dois de préciser que, s'il est vrai que les parents ne sont pas en classe, ils jouent parfois un rôle déterminant dans la dynamique de certains cours. En contestant ouvertement certains règlements, en soutenant de façon hystérique leur enfant-chéri, certains parents minent toute forme d'autorité scolaire. La responsabilité du système scolaire s'arrête là ou commence le manque de collaboration des parents, si je peux me permettre.

Allons-y avec une anecdote: j'ai une élève, appelons-la Nathalie, qui manque systématiquement tous ses examens et ses absences sont motivées par sa mère. On arrive à la fin de l'année et l'enfant n'a strictement rien appris dans ma classe. Pis: Nathalie consomme des drogues à l'heure du dîner, mais sa mère ne trouve rien à redire. Parfois, cette ado est impolie et tente de manipuler son entourage. Que fait-on dans ce cas quand, aux yeux de l'enfant et de la mère payeuse de taxes, c'est l'école le problème?

Pour rester en vie au secondaire, certains enseignants doivent inspirer le respect à leurs élèves mais aussi à leurs parents, croyez-moi.

J`ai constaté que plusieurs professeurs ne transmettent pas la matière et ne préparent pas les élèves aux examens du ministère. On se demande même en quoi consiste le programme.

Il faudrait aussi pouvoir vérifier les compétences des enseignants. Quand le professeur ne peut enseigner l`écriture attachée au primaire parce qu`elle ne la connaît pas elle-même, ou qu`un prof. du secondaire enseigne une matière pour laquelle il n`est pas formé, on comprend mieux maintenant toute l`ampleur du problème. C`est comme demander à la coiffeuse d`être dentiste. Outch!


Effectivement, il existe des enseignants incompétents. J'en côtoie quelques-uns à l'occasion. À cet égard, je pourrais rajouter que c'est aussi le cas dans bien des métiers.

Cependant, je ne crois pas que cela soit une excuse valable quand il s'agit de l'éducation de nos enfants. Sauf que c'est la responsabilité du gouvernement de s'assurer de la formation des jeunes enseignants par le biais des programmes universitaires et celle des directions d'école de veiller à ce que les professeurs fassent correctement le travail auquel on est en droit de s'attendre d'eux.

Par ailleurs, lorsqu'un professeur enseigne une matière qui n'est pas la sienne, il faut se rappeler que c'est aussi une direction d'école qui l'a nommé à cette place. Je peux vous certifier que je connais quelques coiffeuses qui n'ont pas eu d'autre choix que d'être dentistes...

Au primaire j`ai demandé pourquoi on n`enseignait pas certaines notions, formules, problèmes mathématique et pourquoi les enfants n`avaient pas de devoir, et ne faisaient pas d ceci et cela en math. On m`a dit, très sérieusement que les jeune n`en n`ont pas besoin car ils ont des calculatrice. Devinez qui a acheté une méthode mathématique et créé son propre programme. Et oui. Nous les parents. Nous en sommes à faire les classes avec nos enfants. Cela sans compter les parents qui enseigne à plein temps à la maison. ( De plus en plus populaire) Au Secondaire, j`ai vu 100% de certaines classes échouer au bulletin. Il est trop facile de blâmer les élèves. La vérité est que la situation dans nos écoles s`est beaucoup détériorée en comparaison avec les années où nous les ``adultes``étions étudiants.

La situation dans nos écoles est la suivante: 45% d`échec au secondaire. Ce sont là les étudiants qui n`obtiennent pas le diplôme d`étude secondaire pour cause d`échec académique. Des classes complètes échouent des matières au bulletin en produisant une note inférieure au 60% requis. Ça c`est la réalité. Vous êtes donc en nombreuse compagnie, chères élèves.

Je connais peu le primaire et ne pourrai commenter cette situation. Pour le secondaire, par contre, je peux vous dire à quel point il est généralement difficile de motiver les élèves et à quel point la notion d'effort ne semble pas exister chez certains. Je me considère chanceux de réussir sans trop savoir comment à allumer mes élèves, à les coincer ou à les contraindre. L'école a-t-elle changé depuis notre adolescence? Sûrement, mais au même rythme que la société dans laquelle elle s'inscrit. Des phénomènes comme la consommation de drogue ou de l'hypersexualisation me semblent plus présents aujourd'hui. Et c'est aux parents comme aux éducateurs de tenter d'éduquer nos jeunes à éviter ces fausses apparences.

La Réforme veut maintenant produire des évaluations bidons, pour masquer son incompétence. S`il n`y a pas d`évaluation claire, limpide de compréhension, comment alors savoir si l`étudiant progresse.

Pourquoi evoyer ses enfants à l`école dans ces conditions,je vous le demande! Pas surprenant que ça décroche!

La réforme vise justement à motiver les élèves et à éviter le décrochage scolaire. Peut-on parler d'ironie? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si tant d'enseignants dénoncent haut et fort plusieurs des ratés de celle-ci.

Chaque fois que des parents demandent des compte à l`organisation de l`instruction publique. On le fait patauger dans d`immense `` sables mouvants`` administratif à n`en plus finir pour s`assurer que la démarche du parent n`aboutira nul part. Alors le parent irrité,abandonnera ses tentatives pour améliorer les choses.

Et là je ne parle pas des cas de violence et actes criminels commis dans nos écoles. Ils nécessitent un rapport de police fait par les victimes.

Il faudrait donner une voix aux parents, hors du système scolaire. Un regroupement indépendant et autonome par les parents pour les parents des étudiants en milieu scolaire de la petite enfance à l`université.


Je partage votre point de vue à l'effet que les parents sont parfois tenus à l'écart du monde scolaire. Mais, en même temps, comme enseignant, je vous avouerai que j'ai un peu peur de voir de voir un inconnu venir se mêler de mon monde, surtout s'il ressemble à la mère de Nathalie!

Quant au regroupement dont vous souhaitez la création, il existe en partie pour les parents dont les enfants vont à l'école primaire ou secondaire. La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) regroupe officiellement tous les parents de ses enfants. Sauf que vous me permettrez de vous dire qu'elle n’est pas très critique à l'égard du ministère de l'Éducation et des commissions scolaires... à qui revient une partie importante des points que vous soulevez.

10 avril 2007

À ma demande générale!

Je ne pensais pas y revenir si tôt, mais le récent commentaire de La Marâtre dans un billet précédent (Mme Potvin 2) et ce que je lis dans le Journal de Mouréal ce matin m'arrachent le peu de flegme qu'il me restait dans le cas de Mme Potvin, accompagnatrice scolaire, ne l’oublions pas. Je fais donc un Alceste de moi et répands une partie de ma misanthropie dans le cyberespace.

Ce matin donc, Mme Potvin terminait sa série de textes sur la Réforme (sic). Un grand moment de journalisme! Je vous en cite de larges extraits commentés.

Tout d’abord, Mme Potvin explique aux parents comment prendre la réforme de front. Honnêtement, je partage son opinion quand elle favorise la communication parent-enseignant et un bon suivi parental. C’est une attitude qu’ils devraient privilégier de toute façon, réforme ou pas.

On peut cependant rigoler un peu quand elle suggère aux parents de se faire expliquer, au besoin, le bulletin, quitte à prendre rendez-vous avec l’enseignant concerné… et débordé! Ou encore quand elle invite les parents à faire respecter leurs droits pour que leur enfant redouble, s’ils le désirent…

Mais le délire scolaire survient lorsqu’elle suggère une coalition :

«… non pas pour ou contre la réforme, mais qui vise à accompagner les enseignants, les élèves et les parents concernés.

Une coalition qui se mobiliserait afin de former davantage les enseignants et d’informer les parents de façon intègre.

Une coalition qui insisterait auprès du gouvernement pour qu’il y ait plus de services et de spécialistes dans les écoles et pour qu’il respecte son engagement de fournir les services qui devaient aller de pair avec cette réforme.

Une coalition qui permettrait aux personnes concernées par la réforme de persévérer, de s’impliquer et par le fait même d’évoluer à travers ce changement.»


Premièrement, quelqu’un peut-il indiquer à madame Potvin que cette coalition existe déjà et regroupe seulement quelques centaines de directeurs, commissaires, universitaires, parents et enseignants?

Deuxièmement, quelqu’un peut-il m’expliquer le raisonnement, la pensée profonde de notre sherpa scolaire? Pour l’instant, je la résume ainsi : Je ne suis ni pour ni contre la réforme, bien au contraire, et je crois que nous devrions aller de l’avant!

Mme Potvin s’en prend ensuite à la coalition Stoppons la réforme en termes à peine voilés.

«Presque une année passée à vouloir stopper la réforme, c’est déjà trop de temps perdu qui aurait pu servir à améliorer la situation scolaire de nos enfants.

Les directions scolaires et les enseignants ont compris qu’il fallait agir et se sont démarqués contre vents et marées pour fournir au maximum un enseignement adéquat en s’adaptant et en effectuant sur le terrain les correctifs nécessaires et ce n’est pas terminé.»

En quoi cette coalition, formée de milliers de parents, d’universitaires et d’enseignants, a-t-elle retardé l’application de la réforme, je me le demande, surtout si «les enseignants et les directions d’école ont compris qu’il fallait agir» contre des vents et marées indéfinis?

Je continue pour votre plaisir à analyser la prose de notre brigadière scolaire, même si je commence à avoir la nausée, je l’avoue.

«Nous pouvons tous nous apitoyer sur notre sort et sur celui de nos élèves et de nos enfants en nous déclarant victimes et en réclamant l’arrêt de la réforme.

Cependant, une fois cet arrêt effectué, que se passera-t-il? Les élèves deviendront-ils plus performants? Les services afflueront-ils dans les écoles? Le taux d’élèves en difficulté diminuera-t-il?


Et surtout, les parents s’impliqueront-ils davantage dans le cheminement scolaire de leurs enfants?

Permettez-moi d’en douter et de miser davantage sur le retroussage de manches et sur des actions concrètes et déterminantes qui nous permettront d’améliorer et d’estomper les bévues de cette réforme mal aimée.

Collaborons en nous comportons en société interpellée (sic) et impliquée, afin d’offrir à nos enfants une éducation à leur mesure et ce, sans revenir en arrière mais plutôt en agissant rapidement et, surtout efficacement.»

Résumons la pensée pénétrante de dame Potvin ici : l’arrêt de la réforme est un vide et un retour en arrière. C’est pourquoi il faut aller de l’avant, oups! les enseignants doivent aller de l’avant (sans support, formation ou ressources) en se donnant comme principes une série de vœux pieux et de lieux communs.

Honnêtement, je me demande si ce message n’a pas été retenu et payé par le MELS lui-même. Aucun reproche directement adressé au ministère et tous les problèmes refilés aux enseignants!
Accompagnatrice scolaire, Mme Potvin? Permettez-moi d’en douter. Un poste au ministère de la Propagande, ça ne vous intéresserait pas?

08 avril 2007

À la demande générale: Potvin 2!

Je ne peux me retenir. C'est plus fort que moi. Plus fort que la montée de la sève et la poussée des bourgeons au printemps! Plus fort que mes hostas qui montrent enfin le bout de leurs tiges!

Madame Potvin est définitivement inspirante. Lisez sa chronique du 5 mars dernier qui traite d'un sujet majeur en éducation au Québec. Vous serez subjugué. On dirait du Mailloux à son meilleur...

La petite culotte et sa démarcation...

N'ayez crainte, je n'ai pas changé de rubrique ou de thème dans le blogue. Aujourd'hui je veux vous parler d'une situation vécue par une mère qui a été outrée et ce avec raison par un règlement (si on peut l'appeler ainsi) auquel sa fille de 8 ans a dû se soumettre lors de son cours de danse dispensé en activité scolaire choisie au sein d'une belle école PRIVÉE et réputée.

La petite de huit ans est arrivée de l'école un soir en disant à sa mère qu'elle n'aimait pas ses cours de danse à l'école parce qu'elle devait retirer sa petite culotte puisqu'elle n'avait pas le droit de les garder sous son maillot.
La mère indignée demanda à sa fille pourquoi elle ne pouvait pas les porter. "C'est parce qu'on voit la démarcation de la petite culotte et ça ne fait pas beau.""Qui vous a dit cela?""C'est ma professeure de danse."

La mère ayant peine à se contenir a dû écrire à la direction de l'école pour que ce règlement absolument inconcevable soit retiré car la direction ne semblait pas en faire une priorité. Après on se demandera pourquoi nos jeunes filles se remettent en question constamment sur leur apparence et sur l'image qu'elles projettent. Honnêtement, j'aurais honte à la place de la direction de l'école et de la professeure de danse... Que de manque de jugement et de psychologie... Pourtant, cette jeune fille devrait fréquenter ce qu'il y a de mieux comme institution scolaire.... puisqu'elle va à l'école privée.

Comme quoi, argent, privatisation et prestige ne riment pas toujours avec besoins de l'enfant et qualité des services éducatifs. Alors mesdames... faites attention à votre démarcation de petite culotte, vous pourriez perdre votre emploi, vos amis voire même votre conjoint... qui sait? C'est tellement important!


Au départ, j'aurais eu envie de vous convier au Jeu des dix erreurs, question de s'amuser à relever les erreurs de ponctuation de l'accompagnatrice scolaire du Journal de Mouréal, mais pourquoi ne pas plutôt varger dans l'essentiel?

Je peux être dans l'erreur, mais un cours de danse parascolaire a un lien direct avec les yeux du spectateur et l'apparence, surtout si on a l'intention de monter un spectacle de fin d'année. Les costumes de scène sont donc importants. Un truc qui ne fait pas beau prend généralement le bord. Reste à définir le beau, mais la prof de danse doit en avoir une certaine idée professionnelle ou ne serait-ce que personnelle.

La maman de la jeune fille vestimentairement ostracisée à peine à contenir sa rage devant ce règlement «inconcevable». Elle écrit alors à la direction d'école. On apprend avec effroi que cette dernière ne se faisait pas une priorité de le retirer. Honte! Quel manque de jugement et de psychologie! Et pourtant, on est au PRIVÉ, comme si la bêtise n'était pas universellement répandue ou variait selon le compte de banque.

Personnellement, je me sens réconforté de savoir qu'il existe des écoles où la démarcation des petites culottes en danse parascolaire n'est une priorité. Ça me rassure, je ne sais pas pourquoi... Là où je suis plus inquiet, c'est lorsqu'une mère-reine et une chroniqueure perdent temps et énergie à contester un prof sur un sujet qui ne vaut pas autant de papier et de salive. J'imagine l'enfant au coeur de tout ce conflit.

Je suis convaincu que ce professeur de danse mérite le bûcher parce qu'elle participe activement à ce grand complot qui vise à dénigrer les femmes quant à leur apparence physique, au même titre d"ailleurs qu'une maman qui achète des vêtements griffés à sa fille ou qu'une accompagnatrice scolaire qui fait la pause pour une photo illustrant sa chronique.

Quant à la conclusion du texte de madame Potvin, on peut mettre le propos qu'on y retrouve sur le compte de l'ironie, mais je voudrais rassurer la gent féminine: la connerie est un facteur de divorce et de congédiement bien plus important que la démarcation de la petite culotte. Il est dommage que le Journal de Mouréal ne s'en aperçoive pas encore...

PS: Désolé pour l'illustration scabreuse et inconvenante, mais je me disais que ça nous mettrait dans l'ambiance.

Pour s'exalter davantage:
http://www.blogue.canoe.com/blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=3

05 avril 2007

Une autre chroniqueure du Journal de Mouréal

Aujourd'hui, je ne m'en cacherai pas: je ne suis pas de bonne humeur. Depuis une semaine, je me suis promis de vous écrire à propos d'une personne qui sévit à l'occasion dans les médias. Mon exaspération aidant, je me lance! Mon billet sera long. J’espère qu’il saura vous apporter quelque chose.

Il y avait déjà Nathalie Elgrably qui nous avait déjà émus avec sa longue analyse sur la permanence des enseignantes. Voilà que ce quotidien du matin publie régulièrement les propos édifiants d’un autre spécimen rare.

Mme Claudine Potvin est accompagnatrice scolaire. Un titre qui semble sérieux et crédible, mais que je traduirais plutôt par gérante d'estrade. On peut la lire dans le Journal de Mouréal chaque lundi et elle n'hésite pas à donner son avis sur divers sujets souvent reliés au monde de l'éducation.

Question d’asseoir sa crédibilité, Mme Potvin fournit une belle biographie qu’on peut consulter sur le site du JdeM comme s’il s’agissait d’une info-pub ou d’un échange de bons services. En effet, elle prend bien soin de préciser qu’elle est enseignante et directrice-fondatrice des entreprises Accompagnement Scolaire inc. et Service de Soutien Scolaire inc. Une telle façon de faire pue la plogue de mauvais goût, mais bon… Ça doit être une autre forme de convergence. Vous remarquerez également sa photo qui, quant à moi, en dit beaucoup sur le personnage.

La première fois où j’ai été confronté aux propos de Mme Potvin, c'était à l'émission de Denis Lévesque à propos du cas pathétique du petit Félix.

Je ne dis pas que cette dame ressemble au Doc Mailloux, mais elle gagnerait parfois à savoir de quoi elle parle avant d'ouvrir la bouche. S'il est facile de ne garder que les bêtises prononcées par quelqu'un qui écrit une chronique sur une base régulière, certaines positions qu'elle a adoptées ont de quoi à laisser certains enseignants pantois.

Ainsi, dans le cas de l'enfant mis en cage dans une école primaire, il faut la voir commenter une situation sur laquelle elle n'avait comme informations que ce qu'en avaient rapporté les médias. Je la cite:

«L'enseignante et la direction d'école ont définitivement manqué de jugement et ont omis de respecter des étapes cruciales dans une telle situation. De plus, lorsqu'on veut isoler un élève et qu'on désire l'aider à bien écouter ce qui se passe en classe, ce n'est certainement pas en l'isolant comme un animal de foire et encore moins en le mettant face à un mur. Cela ressemble davantage à une punition qu'à une intervention professionnelle qui devrait être prise dans l'intérêt de l'élève et de ses camarades de classe. Qu'on appelle l'ordre des enseignants du Québec.... Oups, c'est vrai, il n'y en a pas.»

Y a-t-il un ordre professionnel des commentateurs de l'éducation, au fait? C’est bien regrettable.

Elle commente également l'histoire d'un technicien en éducation spécialisée qui aurait menotté un élève dans le sous-sol d'une école.

«Décidément, le milieu de l'éducation n'a pas terminé de nous en faire voir de toutes les couleurs. Un technicien en éducation spécialisée a trouvé comme seul moyen de contrôler un élève récalcitrant, de le menotter à un poteau dans le sous-sol de l'école. Les techniciens en éducation spécialisée sont formés justement pour apporter du soutien disciplinaire aux enseignants. Hello soutien! Après trois jours de ce même stratagème, l'enfant décide d'appeler les autorités policières avant même d'en parler à ses parents. L'histoire est en cours, l'enfant a changé d'école et ne fait maintenant plus confiance aux intervenants scolaires. A-t-il raison de réagir de cette façon?»

Notez que l'accompagnatrice scolaire Potvin décrit les faits comme s'ils étaient réellement arrivés. En journalisme, la prudence recommande, à tout le moins, l'usage du conditionnel, surtout quand l'histoire est en cours (sic).

Mais à quoi peut-on s'attendre de quelqu'un qui pique une expression au journal Le Devoir du dernier, soit les parents-rois, pour la reprendre dans une de ses chroniques sans avoir au moins la délicatesse d'indiquer ses sources?

Le plat de résistance survient toutefois quand Mme Potvin traite de la réforme.

Les bienfaits de la Réforme (sic)

«Elle permet aux élèves de valider leurs connaissances en développant leurs compétences par exemple, un enseignant peut faire un projet de réaménagement de la classe en mettant à contribution les élèves qui vont travailler à l’aide de plans (périmètre, unités de mesure, etc.) et qui vont valider l’acquisition des connaissances transmises par l’enseignant en les appliquant au projet.»

Je remarque tout d’abord que, dans la vision de l’accompagnatrice scolaire, pédagogie par projet et réforme vont de pair. Comme d’habitude, l’exemple mentionné s’applique mieux au primaire qu’au secondaire. Ce sont également les élèves qui valident leurs connaissances. En sont-ils capables? Ont-ils la maturité suffisante pour le faire? Où est l’enseignant dans ce processus de validation? Et qui a donné le temps à l’enseignant de créer ce projet? Enfin, poursuivons.

«L’élève a deux ans pour assimiler les apprentissages du cycle. Donc, un élève de première année éprouvant des difficultés ou apprenant avec un rythme un peu plus lent aura la deuxième année pour consolider et rattraper les apprentissages non acquis.»

Ici, on commence à entrer dans une vision relevant de la pensée magique. À lire Mme Potvin, on a l’impression que la deuxième année du cycle n’est en fait que de la révision et qu’un élève pourra effectivement rattraper son retard. Dans les faits, rien n’est plus loin de la réalité. Les élèves en difficulté demeurent en difficulté. La matière avance. Ils n’arrivent pas à reprendre leur souffle et ils se désespèrent…

Vous croyez en avoir lu assez? Attendez : le meilleur reste à venir!

«Elle (c.-à-d. la réforme) vise davantage le développement des compétences et le dépassement de soi-même que les apprentissages en robot (par cœur) et la compétition ne fait souvent que mousser la performance des meilleurs et dénigrer les difficultés des plus faibles.»

Quelle condamnation sans appel de convictions pédagogiques autres que celles mises de l’avant par la réforme! Un peu de mépris et d’arrogance avec ça? Les quinze années que j’ai enseignées en cinquième secondaire sont balayées d’un coup : je n’ai produit que des robots et dénigré les plus faibles! Et le vilain mot est lâché : la compétition pas fine! Comme si, pour moi, le fait qu’un élève soit meilleur en français qu’un autre en faisait un moins bon être humain ou un moins bon élève! Enseignants du monde entier, vous êtes tous des cons si vous n’êtes pas un fervent du renouveau pédagogique!

«Un élève est capable de voir par lui-même ceux qui réussissent mieux que lui et ceux qui ont plus de facilité. Il n’a pas besoin de pourcentage et de moyenne de groupe pour valider le tout.»

Là-dessus, j’ai demandé à un collègue si ses deux enfants au primaire étaient capables d’identifier ceux qui réussisent mieux qu’eux. Réponse : avec la réforme, ils n’arrivent absolument pas à le savoir. Tout le monde est donc égal… Vive Orwell!

«Le parent a-t-il besoin de la moyenne du groupe pour accompagner son enfant et l’encourager dans son cheminement scolaire? Le parent ne veut-il pas davantage amener son enfant à se dépasser lui-même à s’améliorer tout en respectant ses propres capacités? La comparaison avec les autres de la part d’un parent envers son enfant n’est pas appropriée.»

Actuellement, la majorité des parents ne comprennent pas le bulletin de leur enfant. Ils ne peuvent donc pas l’accompagner de toute façon. Quant à moi, c’est un peu prendre les bons parents pour des imbéciles que de penser qu’ils ne se fient qu’à l’écart avec la moyenne du groupe pour évaluer leur enfant. Il s'agit un indice parmi bien d’autres et plusieurs parents sont capables de faire la part des choses. Ceux qui n'y arrivent pas, réforme ou non, demeureront demeurés.

Les ratés de la Réforme (sic)

«Les enseignants ont été mal formés et mal préparés pour l’implanter, d’où les difficultés rencontrées jusqu’à maintenant.»

On ne cesse implicitement de nous rappeler notre incompétence. C'est agaçant à la fin! Et les programmes incompréhensibles? Et les retards du MELS dans la conception des programmes? Et l’improvisation à outrance? Et les manuels absents? Et les conseillers pédagogiques qui en savent à peine plus que les enseignants à qui ils donnent des formations? Et le manque d’écoute du MELS?

«Le nouveau bulletin est conçu avec des termes réservés aux professionnels de l’éducation. Les parents ne se retrouvent pas et ne comprennent pas les nouvelles données inscrites au bulletin.»

Comme je comprends difficilement certains éléments des bulletins, j’en déduis que je ne suis pas un professionnel de l’éducation, comme bien de mes collègues d’ailleurs.

«Au secondaire, le style d’enseignement du français (ex . : par la littérature) est maintenant à la discrétion de l’enseignant. Par conséquent, si l’élève a trois enseignants (secondaire 1, 2, 3) préférant passer par la littérature pour enseigner le français, il ne verra pas une autre façon d’apprendre.»

Avouez que c’est clair! À quatre professeurs de français, dont un qui possède un doctorat en didactique, on cherche encore ce que signifie ce passage. Style d’enseignement manière comme que?

«Il n’y a pas plus de ressources.»

Quelle surprise! Le fric est englouti dans des comités, des structures, des études, des formations. Et ne parlons pas de l’achat des manuels!

Il n’y a pas à dire : quelle analyse que nous a livrée Mme Potvin! Quelle critique poussée! Et où parle-t-on des fondements idéologiques et pédagogiques plus que douteux de ce renouveau? Des élèves en difficulté de plus en plus nombreux? De la baisse des résultats en français?

Serez-vous surpris quand je vous indiquerai le titre de cette chronique sur la réforme? Rien de moins que Retroussons-nous les manches et continuons la Réforme (sic). Comme si les enseignants n’avaient pas déjà fourni des efforts pour essayer de l’implanter!

Mme Potvin : accompagnatrice scolaire? Pour mes collègues, ils comprennent rapidement en la lisant que, côté accompagnement, le titre de brigadier lui conviendrait davantage.

À propos de Félix (Comme un animal?):
http://www.blogue.canoe.com/?blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=3

À propos de l'éducateur spécialisé (Comme un fugitif ou un prisonnier...)
http://www.blogue.canoe.com/?blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=2

À propos des parents-rois (Êtes-vous un parent-roi?)
http://www.blogue.canoe.com/?blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=2
http://www.ledevoir.com/2007/02/19/131671.html

24 mars 2007

La maman de Félix en rajoute!

Je concluais mon dernier commentaire sur les chicanes de guénille à l'école en parlant des parents qui alertaient les médias au moindre prétexte et de la saga de l'enfant dans la cage (voir: The boy in the box).
Or, ne voilà-t-il pas que la maman du jeune enfermé récidive dans le Journal de Mouréal aujourd'hui! En effet, elle demande rien de moins qu'une enquête publique sur le traitement infligé à son fils:
«La femme a convoqué un point de presse hier pour «remettre les pendules à l'heure». Elle estime que son enfant a été traité de manière humiliante par la direction de l'école Saint-Paul et par la Commission scolaire de l'Énergie. «Des propos d'une extrême méchanceté ont été dits sur mon fils et je suis bien déçue de la position de l'école. (...) J'espère que les futurs politiciens au pouvoir vont prendre l'affaire en main.»
Je vous rappelle que cette dame affirme que son fils aurait été isolé pendant cinq semaines dans un enclos au fond d'une classe. Cinq semaines pour s'apercevoir de ce traitement dans une classe dans laquelle on retrouvait aussi son frère jumeau... On peut avoir un doute raisonnable. D'ailleurs, un journaliste à qui j'en ai parlé et qui a suivi l'affaire partage également mes interrogations.
Quoi qu'il en soit, faut-il se surprendre que la commission scolaire et les parents ne se parlent plus? «La maman de Félix déplore maintenant l'arrêt des discussions avec la Commission scolaire», indique le journal. Ben quin! Par ailleurs, la dame a retiré ses deux enfants de cette classe depuis plusieurs semaines et leur enseigne actuellement à la maison.
En passant, si vous avez prêté attention à cette affaire, remarquez le glissement quant au vocabulaire employé pour décrire cette histoire. Au début, on parlait d'une cage. Aujourd'hui, il s'agit d'un enclos.
Pour en savoir davantage:

23 mars 2007

Gérer de la guenille

Au Québec, on aime ça gérer de la guenille! En plus de la burqa dans les bureaux de vote, voilà qu'on reparle du code vestimentaire dans les écoles.

Dernier incident en lice: une élève du primaire est menacée d'expulsion parce qu'elle porte un petit diamant au nez (dixit La Presse). Écoutons un peu les arguments de la maman de la délinquante:

«Ma fille n'a pas le droit d'avoir un petit piercing dans le nez, mais les kirpans sont acceptés dans les écoles, déplore Manon Giroux. Le piercing n'est pas dans le sourcil ni dans la lèvre. Dans le nez, ce n'est pas pire que dans l'oreille.»

Ici, je ne peux que faire une montée de lait. Si jamais j'avais le bonheur d'avoir cette maman éplorée devant, voici ce que je lui répondrais:

Chère maman Papoute*,

L'école ou va votre fille a un code de vie que vous connaissiez depuis le début de l'année. Vous n'avez donc pas l'excuse de l'ignorer. Ce Code de vie est adopté par le Conseil d'établissement de votre école ou siège des représentant des parents, représentants que vous pouvez élire au début de l'année scolaire. D'ailleurs, pour votre gouverne, en fin d'année scolaire, votre CE devra reconduire ou modifier ce Code de vie. Pourquoi ne pas aller y défendre votre point de vue?

Quoi qu'il en soit, en envoyant votre fille à l'école de la sorte et en la soutenant dans son propos, vous avez pris le parti de contester l'autorité d'une institution qui est l'école. La question dans tout ce débat n'est pas savoir si celle-ci a tort ou raison dans les règlements dont elle se dote, mais bien de respecter la légitimité de l'adoption des règlements qu'elle se donne. Vous avez voulu établir votre propre justice en dehors de tout cadre légal reconnu. Quel bel exemple en tant que parent! En suivant votre raisonnement, j'invite les professeurs de votre fille à lui enseigner la futilité de respecter des consignes que vous pourriez lui donner comme de rentrer avant 22h00 le soir ou de faire le ménage de sa chambre. Je suis sûr que vous allez apprécier.

De plus, votre référence au kirpan est inappropriée. Ce dernier, à tort ou raison, a été autorisé par la Cour sûprême du Canada et est donc légal. L'école a l'obligation légale de l'accepter en classe, qu'elle le désire ou non.

Alors, s'il vous plait, peut-on consacrer nos énergies à faire autre chose que gérer de la guenille dans nos écoles?

Bref, encore un autre bel exemple de parent qui soutient l'école et qui s'intéresse aux apprentissages réels des enfants dans nos classes. Désespérant!

* Le terme vient d'une chronique du Prof maudit.

Pour en savoir davantage:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070323/CPACTUALITES/703230676/1023/CPACTUALITES

23 février 2007

The boy in the box

Je m'ennuie de Corey Hart et de Félix, l'enfant dans la cage, faut croire... Mais voilà que, ce matin, on apprend des nouvelle de l'un des deux.

En terminant, je vous rappelle ce détail: Félix aurait passé cinq semaines dans une cage dans une classe ou se trouvait également son frère jumeau. Il aurait donc fallu cinq semaines avant que ses parents ne l'apprennent et réagissent.
L'histoire vous semble toujours aussi crédible?





Pour en savoir davantage:



http://www.cyberpresse.ca/article/20070223/CPNOUVELLISTE/702230695/1023/CPACTUALITES

10 février 2007

Les médias et l'élève mis en cage

N'importe quoi! Voilà la chanson d'Éric Lapointe qui me vient aux oreilles en pensant à cette nouvelle incroyable que les médias ont charrié hier toute la journée: une enseignante aurait confiné depuis cinq semaines un élève dans une cage aménagée dans sa classe! Vite! Aux armes, citoyens: on martyrise nos enfants dans les écoles de notre beau Québec! La suite des choses a cependant complètement ébranlé ma foi dans les journalistes et dans la façon dont ils traitent l'information.

En effet, devant le tollé qu'a suscité cette nouvelle, la commission scolaire et la direction de l'école concernées ont réagi en précisant les points suivants:
  • il ne s'agissait pas d'une cage mais d'un point de retrait ouvert;
  • le jeune n'y avait été confiné que quelques minutes par jour lorsqu'il était turbulent;
  • l'enseignante avait tenté de communiquer sans succès avec les parents de l'élève à propos de son comportement déplacé;
  • et les parents avaient déjà refusé, par le passé, de bénéficier de services spécialisés offerts par l'école pour aider leur enfant.
Bref, on serait loin de la situation abominable dépeinte initialement dans les médias. N'empêche! Voilà qu'aujourd'hui, le Journal de Montréal en rajoute en rapportant les propos de la juge Ruffo et de l'ancien commissaire scolaire Robert Cadotte.

Mme Ruffo: «J'ai été horrifiée, gênée et j'ai eu honte en apprenant ça. C'est bien triste pour cet enfant qui a été isolé, humilié et étiqueté. Je ne vois pas comment on pourrait faire ça à des animaux. Ce sont de mauvais traitements, et c'est très méprisant. Pourquoi cette enseignante peut avoir fait ça et s'en tirer sans s'expliquer publiquement ? Je pense qu'il y a des congédiements qui se perdent...»

Robert Cadotte: «Tous les psychologues vous diront que c'est la même chose que le bonnet d'âne qu'on a connu à une certaine époque. Les jeunes peuvent se moquer de celui qui est isolé. Nécessairement, ils vont l'identifier et le pointer. Cette jeune enseignante a nécessairement besoin de soutien particulier, soit de la direction, soit d'un conseiller pédagogique.»

Au-delà de ce fait, je m'interroge. Et mes questions sont nombreuses!
  • Que pensez-vous de parents qui affirment que leur enfant aurait été mis dans une cage à l'école et à qui il aurait fallu cinq semaines pour le découvrir?
  • Que pensez-vous de parents qui entrent dans l'école de leur enfant sans permission et photographient de façon sensationnaliste un local de retrait afin de le faire ressembler à une cage (voir photos plus bas)?
  • Que pensez-vous de parents qui, après avoir bien préparé leur coup, se précipitent à TQS pour hurler au scandale au lieu de répondre au message de l’enseignante de leur enfant ou de contacter la direction de l'école qu’il fréquente?
  • Que pensez-vous de parents qui étalent ainsi sans discernement la vie et les difficultés scolaires de leur enfant dans tous les médias?
  • Que pensez-vous de parents qui retirent leurs deux enfants de neuf ans de l'école (le deuxième est le jumeau de l'élève encagé . Il fréquente également cette même classe ou l'on met les élèves en cage et il a pris, j'imagine, cinq semaines à se rendre compte de la situation de son frère)?
  • Que pensez-vous de cette journaliste de TQS qui a rendu ce «scandale» public sans véritablement vérifier la validité des faits?
  • Que pensez-vous des autres médias qui ont publié cette nouvelle en prenant pour acquis que TQS savait ce qu'il faisait?
  • Que pensez-vous de ces deux experts dont on peut penser qu'ils ont émis leur avis en se basant sur des informations véhiculées par des médias peut-être négligents dans leur couverture des faits?
  • Que pensez-vous du fait d'isoler les jeunes lorsqu'ils perturbent les autres en classe?
Dans la même veine, en terminant, je souligne que le Journal de Montréal a aussi publié cette semaine une série d'articles à l'effet que des enfants ne seraient pas admis dans certains lieux publics parce qu'ils sont trop dérangeants. Assiste-t-on au retour de l'enfant-roi?

Regardez comment l'angle selon lequel on photographie une même scène peut changer notre vision des choses. En haut, un point de retrait ouvert. En bas, une horrible cage dans laquelle on enferme les enfants turbulents pendant cinq semaines. Brrr...




















Pour en savoir davantage:

http://lcn.canoe.com/lcn/infos/regional/archives/2007/02/20070209-135906.html http://www.cyberpresse.ca/article/20070209/CPACTUALITES/70209190/1028
http://lcn.canoe.com/lcn/infos/regional/archives/2007/02/20070210-094047.html
http://www2.canoe.com/infos/societe/archives/2007/02/20070210-093900.html