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16 janvier 2008

IEDM: analysons plus loin

L'Institut économique de Montréal (IEDM) y allait cette semaine dans le Journal de Montréal d'onze idées pour secouer le Québec. Dans ce texte, l'une d'entre elles suggérait de créer 25 écoles de performance ou enseigneraient 1000 super professeurs.

Un précédent billet montrait à quel point cette idée remettait en question la compétence des enseignants et ne tenait pas compte d'autres facteurs importants dans la réussite des élèves.

Par curiosité, je suis allé lire la proposition complète de l'IEDM sur son site Internet. On s'aperçoit que cette idée va plus loin.

On parle en effet d'écoles (les caractères gras sont de moi) «où les règles et contraintes de recrutement, d’encadrement et de rémunération du personnel enseignant seraient assouplies en faveur de contrats de résultats incitatifs tant pour ces types de personnel que pour les directions d’écoles.» Bref, cela revient-il à dire qu'on pourrait embaucher des enseignants non qualifiés, par exemple? On peut penser qu'une telle mesure signifie aussi que ces enseignants ne bénéficieraient pas des avantages réguliers des conventions collectives des établissements scolaires privés ou publics.

Plus loin, on peut lire: «Le gouvernement pourrait soustraire les directions de ces écoles de l’application des règles administratives et syndicales habituelles afin de leur donner la flexibilité et les outils nécessaires à l’amélioration de leur rendement. Ces écoles n’auraient pas le droit de sélectionner les élèves à l’entrée mais elles auraient le droit et le pouvoir de choisir et d’embaucher directement les enseignants et le personnel de soutien jugés à la fois les plus efficaces pour contrer le décrochage et les plus compétents pour améliorer les résultats objectifs des élèves de ces milieux. Les directions auraient également le pouvoir de congédier et de remplacer rapidement les enseignants et le personnel de soutien dont le rendement observé ou anticipé serait considéré comme insuffisant.» Imaginez un instant le pouvoir dont jouiraient les directions de ces écoles. Je pense à ces enseignants et je me dis que Faust a signé un contrat semblable. De plus, comment avec le nombre de décrocheurs au Québec, ces 25 écoles arriveraient-elles à ne pas procéder à une sélection? Mystère.

Poursuivons plus loin: «Les enseignants recrutés seraient soumis à une évaluation de leur rendement (sur le plan du décrochage et de la diplomation au sein de leur école) et recevraient, en plus de leur rémunération normale dans le réseau, des primes au rendement pouvant aller en moyenne jusqu’à 20 000 $ par an par enseignant et par membre du personnel de soutien.» Donc, rien n'est assuré. Qui irait enseigner dans une telle école avec autant de conditions et si peu de garantie?

Mais là ou l'IEDM fait preuve d'hypocrisie, c'est dans son analyse de la situation des écoles à problèmes. «Plusieurs écoles font face à des défis démesurés dans la mesure où, ne pouvant pas garder leurs meilleurs éléments, elles se retrouvent avec un nombre disproportionné d’élèves en difficulté. De plus, elles n’arrivent pas à relever les défis que cette situation pose, car elles ne peuvent choisir un personnel enseignant et d’encadrement suffisamment motivé, expérimenté et talentueux, eu égard aux difficultés éprouvées dans ces écoles. »

Or, à ce que je sache, les écoles privées subventionnées par le gouvernement sont en partie responsables de cette dynamique ou des parents n'inscrivent plus leur enfant dans le réseau public, ce qui crée de véritables ghettos scolaires. Coïncidence, mais l'IEDM appuie l'enseignement privé au Québec et est même l'auteur du fameux Palmarès des écoles. C'est un peu comme si un pyromane jetait de l'essence sur le feu d'un côté et proposait des solutions pour éteindre un incendie. Ça manque de crédibilité.

L'IEDM est un regroupement de penseurs de droite. Cela ne fait pas d'eux des cons. Seulement, si leur idéologie les aveugle, on peut difficilement parler de visionnaires.

12 janvier 2008

IEDM : onze idées pour secouer le Québec

Ce matin, le Journal de Montréal, il va d'un dossier choc en demandant à des économistes de l'Institut économique de Montréal (IEDM), un organisme reconnu pour ses positions de droite et émettant des reçus pour don de charité, d'y aller de l'avant avec «onze idées pour secouer le Québec».

Je ne suis pas féru en économie, mais quelques lignes à peine permettent de constater qu'il s'agit davantage d'un devoir bâclé ou on lance des idées sans trop réfléchir et sans les analyser en profondeur, notamment en éducation. Voici quelques petits exemples.
Proposition 1: hausser les frais de scolarité

Mathieu Laberge propose «Le dégel asymétrique des droits de scolarité faisant en sorte que les étudiants paieraient 40 % des coûts de leur formation. Par exemple, un étudiant en lettres paierait 1604 $ par session, soit moins qu’à l’heure actuelle. Un étudiant en médecine paierait 4627 $ par session. Le dégel asymétrique serait accompagné d’une nouvelle manière de rembourser les prêts étudiants, qui serait calculée proportionnellement aux revenus des diplômés. Cela serait moins contraignant que de rembourser la dette en totalité sur une période arbitraire de dix ans, comme c’est le cas à l’heure actuelle.»

Si vous pensez qu'il s'agit d'une mesure intéressante et équitable, attendez de lire le reste. Il y a un ver dans la pomme.

«Avantages : Mettre fin à une injustice entre les élèves tout en injectant de l’argent neuf dans le système d’éducation. En outre, cela inciterait peut-être certains étudiants à opter pour une formation professionnelle au secondaire ou technique au collégial, ce dont le Québec a besoin.»

Oups! Faut-il comprendre qu'on souhaite moins de savoir et plus de bras? Derrière les propos de M. Laberge, on comprend que l'éducation a comme seule utilité de former des travailleurs peu ou pas spécialisés. Moi qui pensais qu'on visait à établir une économie du savoir au Québec. Tout à coup, un doute m'effleure. Tout cela me rappelle les propos de M. Dumont qui estimait que certains programmes universitaires étaient moins utiles que d'autres.

Proposition 3 : 25 écoles pour les décrocheurs

Paul Daniel Muller et Marcel Boyer proposent de «Créer un corps d’élite de 1000 enseignants et de 1000 employés de soutien qui seraient déployés dans 25 écoles de «performance» situées en milieu défavorisé. Les membres de ce corps d’élite seraient payés en moyenne 20 000 $ de plus par an que les autres employés du système.

Ils seraient recrutés sur la base de leurs compétences. En outre, ils ne seraient pas syndiqués, ce qui permettrait de la flexibilité à l’embauche et leur remplacement rapide s’ils n’arrivaient pas à atteindre leurs objectifs. Leur mission : contrer le décrochage efficacement.»

Tout d'abord, cette idée a quelque chose d'odieux: elle impute une bonne partie du décrochage scolaire à l'éducation et aux enseignants eux-mêmes.

«Le groupe que l’on doit protéger au premier plan, ce sont les enfants. On veut qu’ils réussissent. Le congédiement d’un professeur incompétent ne nous empêchera pas de vivre.» – Marcel Boyer

«La véritable solidarité sociale est de mettre de l’argent pour envoyer nos professeurs les plus compétents enseigner dans les secteurs les plus difficiles.» – Paul Daniel Muller

Or, de nombreuses études démontrent que ce sont des facteurs socio-économiques et personnels (donc extra scolaires) qui sont les plus grandes causes du décrochage scolaire. Dans certaines régions du Québec, ce sont même les employeurs qui incitent les jeunes à décrocher parce qu'ils ont besoin de main-d'oeuvre peu spécialisée. En France, une mesure similaire a eu peu d'impact.

Quant aux causes scolaires entraînant le décrochage, peut-on parler de la gestion actuelle des ressources dans nos écoles? des incompétents qui nous administrent? des incompétents qui nous dirigent? des incompétents qui nous gèrent? Pas un mot là-dessus. Ou sont les leaders pédagogiques dans nos milieux de travail? Ou sont les ressources pour appuyer nos ambitions? Dépensées dans du mobilier pour des bureaux de cadre et de direction?

Plusieurs enseignants (si j'écris tous, on va me traiter d'utopiste) souhaitent que leurs élèves réussissent, mais voient leurs actions limitées par des contraintes autres que syndicales. Dans plusieurs cas, ce sont justement les enseignants qui protègent les enfants contre les incompétents au-dessus d'eux. Sauf qu'il est tellement plus facile de frapper sur le plus petit...

De plus, cette proposition omet de préciser que les décideurs scolaires tolèrent les enseignants incompétents en éducation à la fois parce qu'ils sont incapables de juguler la grave pénurie de personnel qui persiste depuis 10 ans, qu'ils ne s'assurent pas qu'ils reçoivent une formation adéquate et qu'ils ne supervisent pas adéquatement les enseignants en place connaissant des difficultés professionnelles. Quand des employés travaillent mal dans une épicerie, on peut toujours les congédier. Mais quand la situation perdure, on peut s'interroger aussi sur le travail du gérant de ce commerce.

Ensuite, on comprend que ces deux économistes estiment implicitement que le Renouveau pédagogique n'a pas atteint l'un de ses objectifs qui était de contrer le décrochage: «Le décrochage scolaire est un fléau, particulièrement chez les garçons issus de milieu défavorisé, et aucune mesure, jusqu’à présent, n’a pu contrer ce phénomène.» C'est bizarre de ne pas les entendre le dire à d'autre moment que quand il s'agit de livrer le Québec pieds et mains liés au secteur privé.

Si l'on revient plus précisément à cette proposition maintenant, elle est tout simplement irréalistes parce que le Québec connaît actuellement une grave pénurie d'enseignants. Ou va-t-on trouver les 1000 membres de ce «corps d'élite»? Va-t-on déshabiller Jacques pour habiller Pierre?

De plus, elle pose l'argent comme étant une motivation pour attirer ces super professeurs. Méchant critère de formation d'une équipe d'enseignants: le fric! Au moins, si les deux économistes avaient proposé des classes plus petites, davantage de spécialistes (en pénurie eux aussi, en passant), on aurait senti un peu de pédagogie et d'humanité...

Enfin, cette proposition tient peu compte des régions ou les élèves en voie de décrochage devront parcourir de longues distances afin d'avoir accès à ce type d'école spécialisée.

Proposition 4 : les fonctionnaires payés au rendement

Yannick Labrie propose que «Le Québec pourrait s’inspirer de l’expérience de la Suède et mettre en place un régime de rémunération individualisé pour les employés de la fonction publique en vertu duquel les augmentations annuelles se feraient à 50 % selon la hausse du coût de la vie et à 50 % selon la performance et le mérite. « Tous, même les cadres, seraient soumis à cette mesure. Ça améliorerait le recrutement dans la fonction publique, comme dans l’enseignement par exemple.»

Personnellement, je suis très intrigué de savoir comment on peut mesurer le rendement d'un enseignant en éducation. Une telle idée m'inquiète beaucoup quant à la véritable qualité du service offert. Comment la mesure-t-on? Ou se situe la Suède dans le palmarès mondial de la qualité de ses élèves?

Et un petit détail croustillant pour M. Labrie: une telle mesure m'aurait valu une augmentation de salaire au cours des dernières années puisque celui-ci est gelé par le gouvernement Charest.

Proposition 5 : soumettre le secteur public à la concurrence du privé

Mathieu Laberge propose «Que les services financés publiquement – des Postes aux bibliothèques en passant par la collecte des ordures, etc. – fassent l’objet d’un appel d’offres où des entreprises privées seraient en concurrence avec les unités syndicales du secteur public pour l’obtention d’un contrat. Les contrats seraient d’une durée de cinq ans.»

Peut-on indiquer à cet éminent spécialiste que les Postes sont de juridiction fédérale... Peut-on lui indiquer que, dans le cas de l'éducation, une telle mesure est tout simplement impossible étant donné le nombre de postes à combler? Règle générale, cette mesure s'appliquerait qu'à de petites unités syndicales ou à des emplois peu spécialisés.

M. Laberge mentionne que cette mesure a entraîné des économies de 38 millions à Philadelphie. Quand on sait que le budget d'une telle ville se mesure en milliards, il n'y a pas de quoi s'exciter. Un programme d'économie d'énergie serait tout aussi efficace.

Si vous vous donnez la peine de lire les autres propositions, certaines sont de la même eau. «Onze idées pour secouer le Québec»? Il est vrai que rire est une forme de secousse. Seulement, on peut rire même quand ce n'est pas drôle. À croire que le Journal de Montréal est devenu un journal de droite. Vous pouvez toujours aller commenter ces idées sur le Forum de discussion du JdeM sur ce sujet.

J'attends donc avec impatience qu'il publie les onze idées pour secouer le Québec de la part de nos intellectuels de gauche.

PS : L'illustration de ce billet est un peu facile, mais je ne pouvais pas y résister.

06 octobre 2007

Quatre petits textes

Ce matin, le journal Le Devoir publie quatre textes intéressants reliés à l'éducation. Je vous transmet les grandes lignes de chacun d'eux brièvement, mais je vous incite à aller les lire. Qui résume souvent trahit...

Johanne Fortier voit la lumière!

Un peu méchant ce commentaire, mais à la lecture de cette entrevue, vous aurez la même réflexion. Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) se livre à certains constats sur l'éducation qui sont nouveaux dans son discours.

Mme Fortier relève l'inadéquation entre certaines valeurs et réalités de notre société (consommation rapide, instantanéité) et celles valorisées à l'école (effort, tenacité, performance). Elle souligne aussi - enfin! devrais-je dire- que la pauvreté est un des facteurs de «non-réussite» scolaire. Elle revient également la lourdeur de la tâche éducative, les attentes élevées envers l'école.

Mais surtout, la présidente de la FSE semble moins complaisante à l'égard de la réforme qu'elle ne l'a été: : «Au départ, à partir de celle-ci, on devait revoir les programmes, notamment en se recentrant sur les matières de base; avec les années, on a connu une certaine dérive et on a opté plutôt pour une réforme pédagogique, de telle sorte qu'on l'appelait même "le renouveau pédagogique".» Elle s'interroge également sur le non-redoublement et l'intégration des élèves en difficulté.

Enfin, si elle indique que les conditions de travail des enseignants sont souvent insatisfaisantes, elle y va d'un commentaire qui me laisse songeur: «De même, on devrait assurer une plus grande reconnaissance aux enseignants en leur versant un salaire respectueux de leur formation de base ou adéquat en fonction de celle-ci pour atteindre le même but.» Désolé, Madame Fortier, mais j'ai souvenir que c'est votre organisation syndicale qui, avec les négociations sur l'équité, a littéralement torpillé la notion de scolarité chez les enseignants.

Le renouveau problématique

Cet autre texte s'attarde au renouveau pédagogique. On souligne que le Québec maintient le cap en ce domaine alors que le canton de Genève, en Suisse, qui a servi de modèle au MELS, l'a laissée en majeure partie tomber.

Si la réforme a eu le mérite de déscléroser certaines pratiques pédagogiques, elle ne donne manifestement pas les résultats escomptés chez les enfants en difficulté, ceux-là même pour qui on implantait le renouveau pédagogique, croit Clermont Gauthier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en étude de la formation à l'enseignement de l'Université Laval.

Serge J. Larivée, professeur au département de psychopédagogie et d'andragogie de l'Université de Montréal, est moins critique envers la réforme, mais il me semble un peu déconnecté de la réalité du travail d'un enseignant. À preuve, ce commentaire: «ils (les enseignants) doivent être à l'écoute des différents élèves pour être plus présents aux côtés de ceux qui en ont le plus besoin.» Avec des classes de 34 élèves, c'est peut-être un peu beaucoup demander...

Les deux universitaires s'attardent enfin à la formation des jeunes enseignants et à leur intégration dans le milieu scolaire.
Enseigner de nos jours
Une rencontre avec une enseignante du primaire qui nous raconte une réalité qui nous est familière.
Cette dernière parle des joies au quotidien de l'enseignement, mais aussi des difficultés qui y sont reliées: manque criant de ressources, intégration difficile des élèves en difficulté, lourdeur de la tâche, parents parfois exigeants. Rien de bien nouveau, au fond, mais ce témoignage nous confirme que nous ne sommes pas seuls «à ramer comme des dingues» dans cet univers.

Les enseignants du collégial

Dans ce dernier texte, Ronald Cameron, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), s'attarde au manque de reconnaissance des enseignants de niveau collégial. Il souligne les mythes entourant leurs condition de travail et l'écart de 20% existant entre leur salaire et ceux de leurs confrères ontariens, par exemple.

28 septembre 2007

La tâche des enseignants: la débilité continue

Pour les lecteurs qui ne le savent pas, les enseignants doivent remettre à la direction de leur école, pour approbation, un projet de tâche pour l'année scolaire. Il s'agit d'un processus complexe et ridicule comme le témoigne ce billet. Or, cette semaine, deux faits nouveaux viennent appuyer cette opinion.


Ainsi, dans une école de ma commission scolaire, non content de leur demander de compléter cet horaire, une direction a indiqué aux enseignants qu'ils devaient le faire en utilisant uniquement des blocs de 15 minutes, affirmant qu'on ne peut rien faire à l'école en moins de temps. Suivant ce raisonnement, il faut donc 15 minutes pour faire une photocopie, 15 minutes pour appeler un parent et tomber sur une boite vocale, 15 minutes pour aller chercher un livre à la bibliothèque. Je comprends que certains gestionnaires soient si ineffficaces qu'il leur faille 15 minutes pour signer un bon de commande, mais quand même! De là à généraliser cette incapacité à l'ensemble des enseignants, il y a de quoi à être outragé.


Le deuxième fait est que mon syndicat m'a confirmé que je serais coupé d'une demi-journée même si je ne manque qu'une période et que je n'ai rien d'autre à mon horaire ce matin-là. Coupé pour du temps qui n'est pas à mon horaire, coupé pour du temps que je n'ai pas légalement à faire!


Expliquez-moi quelqu'un! On nage en plein délire.

25 septembre 2007

Jeunes enseignants: les marmottes gagnent une manche!

J'ai déjà traité dans un billet précédent (On écrase bien les marmottes...) des clauses orphelin imposées aux jeunes enseignants lors du renouvellement de la convention collective en 1997. Ceux-ci avaient alors porté plainte devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

Une entente hors cour est intervenue à cet effet ce printemps entre le gouvernement, la CSQ et la CDPDJ. Le hic, c'est que les jeunes enseignants n'ont pas eu un mot à dire dans celle-ci. Plus odieux encore, ce sont justement le gouvernement et la CSQ qui avaient travaillé de concert pour imposer ces clauses. C'est un peu comme si on demandait à des criminels de déterminer les réparations qu'ils devraient verser aux victimes de leurs actes.

Devant cette situation absurde, l'Association de défense des jeunes enseignants du Québec (ADJEQ) a contesté avec succès cette entente qui prévoyait de dédommager ces derniers avec des programmes de formation déjà disponibles dans les commissions scolaires...

«C'est une retenue sur le salaire qui a été faite, donc (...) minimalement ce qu'on demande, c'est une compensation financière pour les sommes qui ont été prélevées injustement en 1997», considère Normand Morin, président de l'ADJEQ.

On revient donc à la case départ, après 10 ans de procès, de négociations et de magouilles.

24 septembre 2007

La tâche des enseignants

Chaque année, à la fin septembre, tous les enseignants du Québec doivent remettre à la direction de leur école, pour approbation, un projet de tâche de travail pour l'année scolaire en cours. Il s'agit d'un processus parfois stressant, complexe et absurde.

Un processus stressant

Ceux qui ne vivent pas dans une école ne savent pas qu'il existe parfois de vives compétitions entre les enseignants pour l'organisation d'activités parascolaires. On en a déjà vu se jalouser vertement pour savoir qui allait organiser un club de lecture ou un voyage à l'étranger, par exemple. Et comme c'est la direction de l'école qui choisit l'heureux élu, on assiste alors à des stratégies de charme ou de salissage...

Il y a aussi le stress de voir refuser son projet d'horaire et de se voir reléguer à la stimulante surveillance de la reprise des examens ou du paisible local de retrait, par exemple.

L'horaire de travail d'un enseignant peut dépendre de la direction de son école, du lien établi avec elle et de ses priorités. Une année, nous avons eu une direction qui avait pour politique de sabrer dans l'aide aux élèves pour favoriser la surveillance et l'organisation d'activités parascolaires. Jamais nos élèves n'ont autant visité le monde, été absents en classe et échoué.

Un processus complexe

Pour mieux comprendre toute la complexité du projet de tâche de travail d'un enseignant, prenons mon exemple.

Cette année, j'ai dû entrer mon horaire de travail sur un logiciel spécial appelé GPI. La direction a fourni un accompagnement aux néophytes pour y parvenir mais, dans certains cas, ce fut plutôt ardu. Autrefois, le tout était remis à la main et un membre du service du personnel l'entrait dans le réseau informatique.

Premier avantage: on libère maintenant des employés du Service du personnel. Deuxième avantage: mon horaire étant informatisé, il est plus facile pour l'ordinateur de la commission scolaire de gérer mes coupures de salaire lorsque je suis absent.

Premier désavantage: tous les enseignants d'une école doivent consacrer une à deux heures à compléter ce joyeux casse-tête. Deuxième désavantage: les directions d'école ont bien d'autres choses à faire, je crois, que de nous donner des cours d'informatique.

Une tâche de remplir la tâche
Pour bien comprendre toute cette gymnastique intellectuelle, il faut savoir que mon horaire de travail s'étale sur un cycle de neuf jours et comprend des périodes d'enseignement de 75 minutes. D'office, la direction de mon école a placé mes 24 périodes d'enseignement. Il me reste donc à compléter le reste. Et le reste, c'est:
  • 315 minutes reliées à la tâche éducative en présence d'élèves, minutes qui peuvent être consacrées à la récupération, l'encadrement particulier (on ne parle pas de suivi d'élèves auprès des parents), la surveillance ou la réalisation d'activités parascolaires;
  • 756 minutes consacrées à ma tâche complémentaire, dont 240 minutes pour l'accueil des élèves en classe et à mes déplacements, 15 minutes à la suppléance dépannage, 120 minutes à des rencontres du matin et 270 minutes au suivi des élèves auprès des parents;
  • 540 minutes reliées à du travail de nature personnelle, dont 10 rencontres collectives, trois rencontres de parents, la conception d'outils et de matériel pédagogique, la correction et des communications écrites.
S'ajoutent également huit heures reconnues de travail par semaine effectuées à la maison les soirs ou la fin de semaine.

Un processus absurde

Je dois donc m'assurer d'intégrer tous ces éléments à mon horaire de travail et, absurdité totale! déterminer le moment précis ou je les ferai. Donc, le jour 3, entre 9h25 et 10h04, je devrai faire de la correction. Tant pis si un jeune dont je suis proche menace de se suicider dans les toilettes de l'école et qu'on m'appelle à la rescousse! Moi qui me considère comme un professionnel de l'éducation, me voilà encarcané dans un horaire de travail précis à la minute près.

Mais le gros bon sens doit quand même primer, me direz-vous. Pas si sûr. Et en voici quelques exemples.
  • Si je fais du surtemps, il n'est évidemment ni reconnu ni payé. Je suis un professionnel dont l'horaire est plus rigide que celui d'un employé syndiqué d'usine.
  • Le temps de travail de nature personnelle comprend des activités déterminées par la direction. Ou est la logique? Cela revient à dire que, si j'ai une rencontre de parents, je devrai couper dans la correction ou la préparation de mes cours cette semaine-là.
  • Tous les enseignants ont une tâche égale. Crotte de boeuf! En connaissez-vous des enseignants d'éducation physique qui corrigent huit heures le soir et la fin de semaine? Dans certains établissements scolaires, certains d'entre eux voient même leur costume payé par l'employeur, convention collective oblige. Essayez de faire payer vos dictionnaire spécialisés en français, on s'en reparlera.
  • Mon horaire prévoit du temps de correction que je n'emploierai jamais pour corriger à l'école. Seriez-vous capable de vous concentrer, par exemple, dans un local ou l'on retrouve 26 bureaux d'enseignants et qui est situé à côté d'une classe d'anglais ou un vidéo joue à tue-tête? Je connais peu d'enseignants qui corrigent à l'école. Ils reportent le tout à la maison et font parfois bien plus que les huit heures officielles par semaine.
Mais le summum de l'absurdité est ce qui suit: j'ai conçu un horaire de travail qui me permet de n'avoir que 75 minutes d'enseignement un matin. Rien d'autre n'est inscrit à mon horaire. Mais si je suis absent, ma commission scolaire me coupera néanmoins toute l'avant-midi. Vous avez bien lu: je serai coupé pour du temps que je n'avais pas à faire! La comprenez-vous? Moi non plus. Mais disons qu'il s'agit d'une bonne façon, pour les CS, de rentabiliser les absences des enseignants.
Et je ne parle pas des diners et des pauses-pipi qui deviennent inexistantes devant les demandes de la direction ou des élèves.

Un retour historique et une conclusion

Quand j'ai débuté ma carrière d'ensiegnant, on présumait que nous étions tous des professionnels. On retouvait sur nos horaires nos périodes d'enseignement et le reste du temps consacré à la tâche éducative (28 périodes de 75 minutes dans mon cas). Lorsque j'étais absent, on coupait mon salaire à la période parce qu'on présumait que je ferais le travail complémentaire malgré tout. La direction de l'école avait pour mandat de surveiller les tricheurs, si elle le voulait.

Puis, sont arrivées les négociations sur l'équité salariale. Les enseignants ont tenté de démontrer qu'ils étaient sous-payés si l'on considérait le temps et la nature de leur travail. Après de longues discussion, le gouvernement est tombé d'accord avec le premier point, mais pas avec le deuxième. Il a alors fallu lui prouver que le nombre d'heures que nous travaillions n'étaient pas de la frime. Après bien des discussions et des manifestations («L'équité, ce n'est pas négociable! So, so, so!), mon syndicat a accepté qu'on supervise et augmente mon temps de travail afin d'obtenir la fameuse équité.

Comme enseignant de français trop scolarisé et trop travaillant, l'équité s'est résumée pour moi à un chèque ridicule, à une non-reconnaissance finalement de ma scolarité (ce qui, en éducation, est un joyeux paradoxe), à une augmentation effective de mon temps de travail et à l'obligation de répondre à un horaire de travail débilant.

Bref, comme l'enfer est pavé de bonnes intentions, je me portais mieux sans l'équité. Tant mieux pour ceux qui en ont profité. Sauf qu'aujourd'hui, tout ce processus de tâche me démotive et me rend très amer. C'est Alexandre Jardin qui écrivait dans Le petit sauvage que l'école avait tué tout le génie en lui. Elle est en train de faire exactement la même chose en moi. Au rythme ou les choses vont, on ne retrouvera en enseignement que des professeurs bureaucrates et standardisés qui suivront un horaire débiles et du matériel de maisons d'édition.

Je reviendrai d'ailleurs sur ce point dans un prochain billet.

PS: J'ai piqué l'illustration de ce billet à La Souimi et je vous invite à lire ses commentaires sur le même sujet. Ils ilustrent tellement bien ce qu'est le métier d'enseignant de nos jours.

21 septembre 2007

Les lois 142 et 43 toujours actives!

Si les enseignants doutaient de vivre encore longtemps avec les contraintes imposées par les lois 142 et 43 imposant leurs conditions de travail et restreignant leurs activités syndicales, qu'ils prennent connaissance de l'événement suivant tel que rapporté par Le Devoir ce matin.


Au collège Édouard-Montpetit, des modifications ont été apportées à la composition de la commission des études. Celles-ci ont soulevé la colère des professeurs et pour cause. Ainsi, ce ne serait plus l'assemblée générale du syndicat de ces derniers qui choisirait les représentants des professeurs à la commission des études. On nommerait plutôt de facto les coordonnateurs des programmes importants tandis que la directrice des études choisirait elle-même un représentant pour les programmes plus petits. Pour cette dame, l'ancien mode de fonctionnement donnait trop de pouvoir au syndicat. Sauf qu'avec cette nouvelle formule, on se retrouverait avec une situation absurde ou elle pourrait nommer des gens qui se prononceraient entre autres sur le renouvellement de son contrat, par exemple.


Bref, les professeurs ne sont pas contents. Et le plus beau de toute cette histoire est que le collège Édouard-Montpetit menace d'utiliser la Loi 43 pour les empêcher de perturber, comme ils le prévoient, la prochaine rencontre de cette instance consultative. Parmi les sanctions que pourraient subir les contestataires:
  • chaque journée d'action syndicale coûtera une journée de salaire aux participants et trois mois de salaire aux membres de l'exécutif syndical;
  • fin de la eprception automatique des cotisations syndicales pour une période de trois mois;
    amendes allant de $100 aux participants et de $100 000 au syndicat concerné.
Vous ai-je mentionné que mon syndicat négocie présentement le renouvellement de notre convention collective locale? La partie patronale adopte depuis le début une attitude instansigeante et fermée. Cela vous surprend-il quand vous venez de lire ce qui se passe au collège Édouard-Montpetit? Les patrons ont tous les pouvoirs et ils comptent bien s'en servir. Peut-on parler de négociation quand un syndicat est muselé de la sorte par une loi que le Bureau international du travail, un organisme de l'ONU, a condamné?

19 septembre 2007

Salaire des enseignants québécois et écart avec le Canada

Note: à éviter de lire si vous avez des problèmes de rage au volant et que vous restez près du domicile d'un membre du gouvernement québécois.

Tiens, question d'appuyer les propos de mon dernier commentaire, je vous invite à consulter ce document du MELS. Les tableaux de la deuxième page sont assez révélateurs.

Salaire moyen du personnel enseignant des commissions scolaires en 2003-2004 en dollars courants :
  • $49 586 au Québec
  • $56 273 aux États-Unis
Salaire moyen des éducateurs (voir la nuance dans le texte) des commissions scolaires en dollars courants en 2002-2003 :
  • $51 738 Québec
    $56 584 Provinces de l'Atlantique
  • $64 394 Ontario
  • $63 396 Provinces de l'Ouest
  • $63 235 Canada sans le Québec
  • $60 409 Canada incluant le Québec
On pourra bien sûr relever qu'il faut aussi considérer des facteurs autres que le salaire pour mieux cerner les conditions de travail d'un employé, mais il demeure que l'écart entre les salaire des enseignants québécois et ceux des autres provinces - qui ont également la sécurité d'emploi - ne cessent de se creuser. En 2003-2003, cet écart s'élevait à 18%. Avez-vous déjà entendu Mme Jérôme-Forget en parler?

Je vous rappelle: le but n'est pas de vous faire pleurer, mais de montrer en quoi le discours du gouvermement en ce qui a trait aux médecins spécialistes est quelque peu biaisé. On aurait pu trouver de meilleurs arguments pour nous convaincre que celui de l'écart salarial avec ceux des autres provinces.

Pour paraphraser le document du MELS, ce n'est pas si grave que cela si le salaire moyen des médecins spécialistes est moins élevé au Québec que dans les régions avoisinantes puisque le coût de la vie y est également plus bas.

18 septembre 2007

Un syndicat de «p'tites madames»

Avez-vous vu comment les médecins spécialistes ont réussi à obtenir de bonnes augmentations du gouvernement (ici et ici)? Mme Jérôme-Forget estime que l'entente est raisonnable, tient compte de la capacité des Québécois et permettra de s'assurer d'avoir un nombre suffisant de médecins au Québec. Ces derniers verront rejoindre leur salaire rejoindre la moyenne des médecins canadiens.

Je sais: je vais me plaindre et recevoir un tas de commentaires à l'effet que les profs sont des gras durs et tout le tralala habituel. Sauf que...
  • des augmentations de salaire pendant qu'on gèle le mien en affirmant que l'État n'a pas les miens de me payer convenablement?
  • rejoindre la moyenne canadienne alors que les profs québécois sont parmi les moins bien payés au Canada?
  • l'abrogation de la Loi 37 qui déterminait les conditions de travail des médecins pendant qu'on nous imposait nos conditions de travail?
  • des journées d'étude et le report d'opérations urgentes alors qu'on nous traînait devant le Conseil des services essentiels parce qu'on s'habillait en noir et refusait de faire du surtemps avec les activités para-scolaires?
  • maintenir des médecins au Québec alors que l'éducation connaît une pénurie d'enseignants sans précédent et qu'on embauche des gens non qualifiés dans les écoles?
Est-ce qu'on me prend pour un imbécile? Ou bien me suis-je trompé de faculté à l'université?

26 juillet 2007

Bishop's en lock out: un signe des temps?

On l'a vu avec le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le lock out est devenu une stratégie que certaines parties patronales n'hésitent pas à employer dans le cadre d'une négociation. En éducation aussi, cette façon d'installer un rapport de force existe. Parmi les exemples récents, l'on retrouve les collèges privés Notre-Dame-de-Lourdes, Saint-Sacrement de Terrebonne et Saint-Paul de Varennes ainsi que l'université de Sherbrooke.

Aujourd'hui, c'est au tour de l'université Bishop's, de Lennoxville, de mettre à pied ses 300 employés syndiqués: personnel non enseignant, professeurs, bibliothécaires et chargés de cours. Deux points principaux restent à régler: la question salariale et le régime de retraite.

Pour le principal de cette institution universitaire, M. René Poupart, ce conflit est lié à la situation financière difficile que traverse Bishop's qui a un déficit accumulé de 5 millions $ et qui prévoit un déficit de 3 millions $ en 2007-2008.

Un mode de gestion à revoir?

Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec l'UQÀM et je me dis que ce qui se passe à Bishop's a de fortes chances de se produire dans cette université montréalaise. Finances désastreuses, déficit accumulé gigantesque, syndiqués outrés, asssociations étudiantes déjà sur le pied de guerre: tous les ingrédients sont en place pour un affrontement majeur. Il faut réduire les coûts en éducation et le poste budgétaire le plus important et le plus facilement compressible est celui des salaires et des avantages sociaux, alors pourquoi se gêner?

Si, à la suite d'un billet récent, certains d'entre vous avez avancez le fait que nos syndicats devront se renouveler quant à leurs stratégies de négociation, je crois que nos gestionnaires devront aussi revoir leurs pratiques si l'on veut que le monde du travail évolue.

Pour l'instant, tant à Québec que dans les commissions scolaires, on choisit actuellement la voie de la facileté: on coupe ou on réduit les salaire. La réflexion s'arrête là. Pourtant, il y aurait peut-être lieu de réféchir davantage et de remettre en question certains éléments dans la façon dont sont gérés certains services.

De plus, on remarque que nos administrateurs ne sont jamais imputables quant aux mauvaises décisions qu'ils prennent. Un exemple parmi tant d'autres : l'ancien recteur de l'UQÀM, Roch Denis, qui a présidé au fiasco du projet l'ilôt Voyageur. Ce dernier est toujours à l'emploi de l'université à titre de professeur et, même s'il a démissionné volontairement de son poste, il a malgré tout reçu une prime de départ de $170 000.

Enfin, en période d'austérité budgétaire, on remarque qu'on ne questionne jamais les avantages qui sont rattachés aux fonctions de nos gestionnaires. Pourtant, dit-on, charité bien ordonnée commence par soi-même... Par exemple, le même Roch Denis a dépensé 3 000 $ en frais téléphoniques lors d'un voyage au Brésil et 14 000 $ en billets d'avion à l'automne 2005.

C'est le temps des vacances!

Une petite observation en terminant. De plus en plus, les établissements d'éducation ont la machiavélique idée de mettre leurs employés en lock out durant les périodes de vacances. C'est d'ailleurs le cas de toutes celles dont j'ai traitées dans ce texte. On récupère ainsi des salaires sans pour autant couper dans les services.

Et dire que c'est mon syndicat qui a présenté comme un avantage le fait d'être rénuméré sur 26 paies durant toute l'année!

19 juillet 2007

On écrase bien les marmottes... deuxième partie!

Je vous avais promis de traiter de la contestation, par un regroupement de jeunes enseignants, des clauses orphelin contenues dans la convention collective conclue en 1997 par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) avec le gouvernement Bouchard. On se souviendra qu'à l'époque, le lucide Lucien ne visait rien de moins que l'atteinte du déficit 0, au détriment même, il faut croire, des droits les plus élémentaires de notre société.

Comme ce sujet revient dans l'actualité ici, ici, ici, ici et , faisons sans hésitation le portait - un peu long mais instructif - d'une situation honteuse tant pour notre société que pour la CSQ.

Un peu d'histoire

En 1997 donc, le gouvernement Bouchard dépose des offres finales. Parmi celles-ci, on retrouve le choix entre une augmentation du nombre d'élèves par classe (vous avez bien lu!) ou le gel d'une année d'ancienneté. Pour les enseignants qui ont plus de 15 années d'expérience, ce gel d'échelon ne signifie rien mais, pour les 27 000 autres, il faut comprendre que cette mesure, qui a été en vigueur pendant trois ans avant d'être retirée de la convention collective suivante, était cumulative. Chaque jeune enseignant a donc perdu en moyenne 5 000 $ tandis que le gouvernement, lui, a récupéré 66 millions$ sur sa masse salariale.

L'exécutif syndical de ma région, suivant les recommandations nationales, suggère donc bêtement l'acceptation du gel de salaire pour les moins de 15 ans. Inutile de dire que j'ai immédiatement considéré que cette mesure était discriminatoire et que j'étais consterné de voir un syndicat encourager ses membres à enfreindre la loi à l'égard de ses plus jeunes adhérents!

Et puis, il fallait voir certains vieux enseignants nous écraser de leur morgue et de leur mépris. «On n'a pas le choix: il faut choisir sinon le gouvernement va nous imposer nos conditions de travail!», avançaient-ils, en tentant de nous convaincre. Foutaise! On a toujours le choix de refuser l'injustice dans la vie. «Le gouvernement péquiste nous a fait pareil en 1985. C'est à votre tour!», m'ont même dit plusieurs opprimés devenus soudainement des opprimeurs haineux. Quel raisonnement moral édifiant, on en conviendra!

Je me souviens aussi des conditions très avantageuses qui étaient accordées aux enseignants plus âgés qui acceptaient de prendre leur retraite anticipée dans le cadre d'un programme spécial et je me demandais si je ne la payais pas de mes propres poches.

Bref, j'ai proposé le rejet des offres patronales, si je me souviens bien, pour qu'on puisse trouver une troisième voie. Cette proposition a été battue et j'ai demandé - pour la première fois de ma vie syndicale - à inscrire ma dissidence au procès-verbal. Depuis, j'inscris systématiquement ma dissidence chaque fois qu'un vote va à l'encontre de mes valeurs ou risque d'être contesté légalement ou politiquement. C'est ma façon de protéger et ma réputation et mes principes.

Petit aparté

Je me permets ici un clin d'oeil historique pour montrer que rien ne change dans le monde syndical.

Lors des dernières négociations collectives, le gouvernement Charest est arrivé avec des offres franchement décevantes et la menace d'une loi spéciale. Notre syndicat, après nous avoir chauffés à bloc pendant un an en affirmant qu'on se battait pour nos conditions de travail et patati-patata, a recommandé l'acceptation des offres patronales de crainte de se voir imposer des conditions de travail moins intéressantes. «On a eu le couteau sur la gorge mais, au moins, on ne se l'est pas fait enfoncer», a affirmé, sans rire, un délégué plutôt inconscient. Réjouissons-nous, mes frères: on nous a juste volé notre respect! Désespérant d'à-plat-ventrisme...

C'est cette même mentalité qu'on retrouve dans le cas de ces jeunes enseignants. En effet, alors qu'elle a recommandé l'acceptation d'offres discriminatoires, la CSQ, comme pour s'excuser, a affirmé ne pas avoir eu un grand pouvoir de négociation dans l'élaboration de l'entente conclue avec le gouvernement. Si vous allez lire ce billet, vous comprendrez que ce n'est pas de pouvoir, mais d'imagination et de principes dont manquait la CSQ...

Fin de l'aparté

Bref, les offres patronales ont été acceptées, mais des jeunes enseignants ont contesté la légitimité de celles-ci. Ils ont alors fondé l'Association de défense des jeunes enseignants du Québec (ADJEQ) et porté leur cause devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Et là, tenez-vous bien, ils ont dû aller jusqu'en Cour suprême se battre contre les procureurs du gouvernement et les avocats de leur propre organisation syndicale uniquement pour faire admettre que cette commission avait le pouvoir de les entendre!


Une entente sans les jeunes enseignants!

Or, surprise! ne voilà-t-il pas qu'une entente hors cour est intervenue ce printemps entre le gouvernement, la CSQ et la CDPDJ. Cette entente prendra «la forme d'un budget de 22 millions $ réservé pour des demandes de perfectionnement, du mentorat, des projets pédagogiques ou encore l'achat d'outils pédagogiques qui demeurent la propriété de la commission scolaire.» Aucune compensation financière ne sera versée directement aux enseignants concernés.

De plus, il faut noter que cette entente a été signifiée à l'ADJEQ le 18 juin dernier, quatre jours avant la fin de l'année scolaire. «Cela se fait en plein été, l'information a été transmise alors que les enseignants sont pris par les bulletins, la fin de l'année et que l'activité syndicale tourne au ralenti», comme le remarque Andrée Aubut, enseignante à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Inutile de trop s'appesantir sur cette stratégie qui consiste à annoncer les mauvaises nouvelles juste avant ou durant les vacances d'été ou d'hiver. Il s'agit d'un classique de la gestion des relations de travail au Québec. Pensons à la Loi 142, à certains éléments de la réforme... Le plus choquant toutefois est de constater que notre propre syndicat à participer à cette magouille éhontée. Qui plus est, le site internet de la CSQ ne fait nulle mention de cette entente.

Bien évidemment, les jeunes enseignants contestent cette entente conclue, entre autres, par deux des parties qui les ont sciemment floués! Normand Morin, président de l'ADJEQ, rejette cet accord, entre autres, pour les raisons suivantes:
  • le montant de 22 millions prévu est insuffisant comparé aux 66 millions perdus par les enseignants ;
  • il ne verse aucune compensation financière aux enseignants lésés ;
  • il prévoit des mesures auxquelles ils ont déjà droit ;
  • et les enseignants qui ne sont plus à l'emploi d'une commission scolaire en sont exclus.

«Ce qui est proposé à l'heure actuelle, c'est vraiment de la poudre aux yeux, soutient-il. C'est une retenue sur le salaire qui a été faite, donc (...) minimalement ce qu'on demande, c'est une compensation financière pour les sommes qui ont été prélevées injustement en 1997.» Pour Mme Aubut, «C'est comme si on comblait les trous du manque de budget en éducation par cette entente, en allouant les sommes autrement que sous forme de salaire.»

Vers un rejet?

Pour toutes ces raisons donc, l'ADJEQ s'est présenté hier devant le Tribunal des droits de la personne pour dénoncer un accord la concernant, mais auquel elle n'a pas pas participé. Advenant le rejet de cette offre, certaines des parties en cause ont déjà préparé leur plan de match.

«La Commission (CDPDJ) estime qu'à l'heure actuelle dans ce dossier-là, c'est une entente équitable et qui est la meilleure entente qu'on peut aller chercher», a indiqué Robert Sylvestre, agent d'information de la Commission. La commission débarquerait du train. Continuer impliquerait un processus assez imprévisible, c'est-à-dire qu'une décision qui serait rendue dans ce genre de dossier risquerait fort d'être portée en appel par une ou l'autre des parties. Donc on repart pour on ne sait pas combien de temps.»

Juste comme ça, je souligne méchamment que c'est la même commission qui a ordonné à l'Hôpital général juif de Montréal de verser 10 000$ de dédommagement à un ambulancier à qui on avait refusé qu'il mange son spaghetti meatball dans une section cashère de la cafétéria.

Pour sa part, l'avocate du gouvernement du Québec, Jocelyne Provost, a affirmé qu'advenant un échec de l'entente, son client lui avait déjà indiqué qu'il refuserait de verser directement aux enseignants les 22 millions $ prévus dans l'entente : «Tous les cadres et les salariés de l'État ont dû payer de leur salaire. On ne peut pas dire à une classe de salariés: on va vous rembourser et ne pas le faire pour les autres. La réponse est finale: on ne remboursera pas de salaires.»

Toute cette saga devrait connaître d'autres rebondissements sous peu. Quoi qu'il en soit, si jamais vous vous demandez pourquoi les jeunes enseignants ne croient pas aux vertus de leur propre syndicat, vous venez peut-être de lire une partie de la réponse.

16 juillet 2007

La mort, les services essentiels et la longueur du gazon

Bon, c'est l'été. Certains médias n'ont rien à se mettre sous la dent. Pas de pont qui s'écroule, pas de fusillade meurtrière, pas d'histoire sexuelle juteuse, pas de déclaration politique tonitruante... Ils attendent donc tous que quelques soldats québécois se fassent tuer en Afghanistan.

Alors, pour l'instant, on se rabat comme on peut sur une nouvelle qui dure dans les faits depuis le 16 mai dernier: le lock out des employés du cimetière Côte-des-Neiges. Après tout, il y a des morts dans cette affaire-là, des gens célèbres même... Sauf que, parfois, il y a aussi des commentaires désolant.

Vaut mieux se taire...

Le premier vient de la bouche même du fils du hockeyeur Maurice Richard qui déplore l'état du terrain ou est enterré le célèbre Rocket.

«C'est un non-respect de la mémoire de mon père, mais c'est aussi un non-respect de la mémoire de tous ceux qui reposent là», s'insurge Maurice Jr, informé par le Journal de l'état dans lequel se trouve le monument de son géniteur. «Franchement, il ne faudrait pas que ça dure éternellement, avertit Maurice Richard Jr. Je veux bien comprendre qu'il y a un conflit, mais ils devraient assurer les services essentiels, comme dans d'autres secteurs», raconte le fils, qui compte se rendre à la tombe du «Rocket» dans les prochains jours pour réparer les dégâts.

Invoquer le non-respect des morts, à la limite, je veux bien, mais demander qu'on assure les services essentiels quant à l'entretien de la pelouse d'un cimetière, là, je décroche! On confond services essentiels et services réguliers, quant à moi. Ce genre de commentaire montre le peu de compréhension que plusieurs individus ont des relations de travail. Et cette confusion fait bien l'affaire de certains.
Tout d'abord, les employés du cimetière Côte-des-Neiges ont été mis à pied par la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal à la suite d'un débrayage surprise, si j'ai bonne mémoire. Ils ne sont plus en grève et le conflit stagne surtout parce que les deux parties le laissent allègrement pourrir. On joue à qui est le plus fort, comme d'habitude.

Par ailleurs, à force de hurler au respect des services essentiels à chaque fois que va survenir un conflit de travail, la notion de rapport de force entre employés-employeurs va finir par foutre le camp. On assiste d'ailleurs depuis un bout de temps à des conflits de travail dont l'issue est très significative.

  • Un premier exemple: prenons le dernier conflit à la Société de transport de Montréal. Les employés assuraient le transport des usagers matin, soir et fin de semaine. D'accord, ce n'était pas le service régulier, mais ce n'était pas non plus la catastrophe. Dans ma région, on a moins que cela tous les jours et on nous casse les oreilles avec le fait qu'il ne faut pas utiliser notre voiture pour aller au travail! Quoi qu'il en soit, certains politiciens en ont profité pour surfer sur la vague de mécontentement des Montréalais et faire du capital politique en obligeant les employés de la STM à retourner au travail. Tout le monde était content: le méchant syndicat a pris son trou.
  • Un deuxième exemple: la loi 142 qui a même été condamnée par le Bureau international du travail. Il suffit de relire cette loi spéciale pour voir à quel point elle brime, entre autres, la liberté d'expression.
  • Un troisième exemple: le conflit au Journal de Québec.
Dans les faits, on le voit, on assiste, lentement mais sûrement, à une réduction du pouvoir des travailleurs syndiqués lors d'un conflit de travail. Je ne dis pas que les demandes syndicales des employés du cimetière Côte-des-Neiges sont raisonnables. Un débrayage surprise qui empêche l'inhumation de certains corps n'est pas une stratégie syndicale particulièrement brillante. On a un devoir moral et des notions éthiques, même quand on est fossoyeur.
Simplement, comme on vit encore au Québec et non pas aux États-Unis sous la gouverne de Ronald Reagan (rappelez-vous du congédiement des contrôleurs aériens en 1981...) ou à l'époque du maccarthisme, il faut laisser le libre jeu à la négociation et effectuer, comme personne touchée par un conflit de travail, des pressions pour qu'il se règle véritablement. Déjà, certaines familles ont entrepris un recours collectif contre la fabrique Notre-Dame. À la STM, en passant, il n'y a rien de régler.
Sinon, qu'on remette carrément en question le droit de grève au Québec au grand plaisir de certains employeurs. À cet effet, j'ai hâte de voir comment vont réagir certains exaltés anti-syndicaux quand ce sera à leur tour, un jour, de voir leur droit de négocier limité de la sorte.

En passant, et sans méchanceté, Maurice Richard Jr ne va pas souvent au cimetière Côte-des-Neiges, il faut croire. C'est le JdeM qui l'a mis au courant de cette situation qui dure depuis deux mois. Le respect de la mémoire des morts, c'est plus que des mots, je crois. Et quant à remettre le terrain en état, il est plutôt chanceux, Junior : quelqu'un, plus vite sur ses patins, a déjà fait le travail à sa place aujourd'hui...

Vaut mieux ne pas écrire

J'aime Patrick Lagacé, habituellement. Il fait un bon duo avec Richard Martineau, même si tous deux gagneraient à fouiller davantage leurs dossiers parfois avant d'émettre une opinion. Mais c'est la contrainte de leur boulot: il faut parfois gueuler vite et fort.

Ce matin, l'agacé, c'est moi. En effet, le chroniqueur de La Presse y va du coup de plume suivant à propos de l'état des terrains du cimetière Côte-des-Neiges et plus spécifiquement des propos de Maurice Richard Jr: «Je déplore simplement qu’il se dit beaucoup de conneries pour une patente sans conséquence.»

Si je partage son point de vue sur ce point précis, comme on l'a constaté, je trouve qu'il manque de sensibilité et qu'il est complètement à côté de la plaque quand il écrit: «Euh, ouais, comment puis-je dire ça délicatement, donc… Allons-y : je voudrais juste souligner que les trépassés en question étant morts, il y a de très, très, très fortes chances qu’ils se contre-crissent complètement de l’apparence de leur tombe. »

Patrick, les cimetières, ce n'est pas fait pour les morts, c'est fait pour les vivants. C'est ce qui distingue l'homme de la bête. Le deuil, les rituels, tout cela est purement symbolique et vise à apprivoiser nos angoisses. Et les vivants ne se contre-crissent pas de l'apparence de la tombe d'êtres qu'ils aiment.
Cela étant dit, les vivants ont juste à aller au cimetière entretenir le terrain ou reposent leurs proches s'ils veulent qu'il ne soit pas à l'abandon. Personne ne le leur interdit. Conflit ou pas, j'y vais aux deux semaines et je ne sois pas mort. Bien au contraire, je ne m'en porte que mieux. J'en profite pour visiter un peu, philosopher, faire des recherches historiques, photographier des monuments intéressants. «C'est grand la mort, c'est plein de vie dedans», disait Félix Leclerc.

Tant qu'à vouloir écrire sur ce sujet, cher Patrick, pourquoi ne pas t'attarder à ces quelque 300 familles qui ne peuvent pas vivre leur deuil de façon décente parce que le corps de la personne qu'elles pleurent est entreposé dans un reposoir réfrigéré en attendant que le conflit se termine?

26 juin 2007

On écrase bien les marmottes...

Je me suis permis une petite escapade gaspésienne de quelques jours et, de retour dans une certaine civilisation, je constate que j'aurais dû me faire écraser sur la route 132 comme les 28 renards, mamottes et porcs-épics que Mme Masquée et moi avons comptés durant notre trajet. Pourquoi ce mal de l'âme?

Quand les bourreaux gèrent la réparation

Tout d'abord, le fait que les jeunes enseignants ne seront pas véritablement dédommagés à la suite du traitement discriminatoire qu'ils ont subi entre 1997 et 2000. Je suis trop en furie pour en parler calmement. J'y reviendrai lors d'un prochain billet. Et plus en longueur. Pour l'instant, je vous invite à lire ce billet d'André Chartrand à ce sujet.

Le bulletin Courchesne: certains n'en veulent pas!

Ensuite, ne voilà-t-il pas que certains pro-réformistes se plaignent de la rigidité du nouveau bulletin super amélioré refait à neuf dernier modèle avec des notes. En quoi transformer des lettres en notes avec un tableau de conversion fourni par le MELS est-il la mère à boire?

Ah oui! On brime les écoles ou les parents ont réussi à élaborer un bulletin blablabla avec la direction. Le bulletin Courchesne a les défauts d'être imposé et unique. Et les autres écoles, celles ou les commissions scolaires ont carrément imposé un modèle uniforme de bulletin, il était ou le RAEQ (réseau pour l'avancement de l'éducation du Québec) pour dénoncer cette manoeuvre? Il y a des façons de réagir et des moments qui sont très révélateurs. L'avancement, à condition qu'il soit à notre manière.

Il y a des milliers d'enseignants qui ne veulent pas de cette réforme et ils ont développé, avec le temps, une nouvelle compétence: fermer leur gueule. Certains devraient apprendre à se garder une petite gêne, il me semble. Juste comme ça. Pour éviter qu'on ait envie de rugir.

Tolérances d'enseignement

Enfin, on apprend que les tolérances d'engagement ont littéralement explosé à cause de la pénurie d'enseignants. Mais n'ayez crainte, angoissés de tout acabit: un porte-parole du MELS nous rassure. La crise devrait se résorber sous peu avec la baisse du nombre d'élèves, dit-il. Je vous prie de noter que c'est la même réponse que sous le ministre Fournier, le ministre Reid, le ministre Simard, le ministre Legault. Depuis 1997 que la situation existe et depuis 1997 qu'on nous promet qu'elle n'est que ponctuelle. À un moment donné, il va bien falloir que quelqu'un se réveille...

Et en passant, il est faux de croire qu'un ingénieur peut enseigner les maths ou un anglophone, l'anglais. Une telle idée dévalorise la profession. Ces gens, tolérés par le système, sont parfois bien gentils, mais ont tout du skieur nautique: ils sont à la remorque des autres profs qui en ont déjà beaucoup à faire.

Demain: avant-dernier jour de l'année scolaire. Réunions pédagogiques. Je devrais demeurer éveillé. Déjà, j'ai fait Québec-Montréal par l'autoroute 20 sans faiblir...

23 mai 2007

Les revers de l'équité

Quand est venu le temps d'accepter la dernière entente de travail avec le gouvernement, j'ai voté contre. Par principe. Tu n'acceptes pas des conditions de travail sous la menace d'une loi spéciale. Point. J'ai fait valoir mon point de vue en assemblée syndicale. L'exécutif de mon syndicat était fâché, lui qui recommandait de façon logique l'adoption de l'offre patronale tout en la dénonçant... Pour contrebalancer les choses, affirmait-il, le règlement de l'équité salarial était un gain. Parlons-en un peu de ce fameux gain.
On apprend aujourd'hui dans le quotidien La Presse (sans commentaire) que le versement de la prime reliée à l'équité salariale priverait certains couples de leurs prestations d'assurance-parentale: «Il semble que l'augmentation de salaire rétroactive comprise dans la loi sur l'équité salariale serait considérée comme un revenu au moment où elle est reçue. Or, tout revenu de travail est déduit dans le calcul des prestations d'assurance parentale.»
Ni Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor, ni Christine St-Pierre, responsable de la condition féminine, n'étaient au courant du problème.
Tiens, puisqu'on y est, allons -y avec une autre joie relié à l'équité salariale: cesser de vous perfectionner, chers collègues. Avec ce règlement, des enseignants au primaire ou au secondaire ayant un doctorat, une centaine au Québec, auraient subi une diminution salariale. De quoi à donner un vilain coup de pied dans le proverbe S'instruire, c'est s'enrichir! Le plus ironique est que cette situation arrive en éducation...
Et on ne parle pas de notre augmentation de temps de travail à l'école qui n'équivaut pas à l'augmentation qui nous a été accordée.
Pour avoir la preuve que je lis La Presse et en savoir davantage:

11 mai 2007

La responsabilité des médias et de certains blogueurs

Bon, ne revenons pas directement sur la saga Potvin. Seulement, comme je le soulignais dans un billet à La marâtre, «Il est juste dommage de voir quelqu'un qui a une tribune publique si mal s'en servir. C'est la vie, j'imagine, ou nous sommes trop idéalistes.»

Or, voilà qu'un enseignante a décidé qu'elle en avait son voyage de se faire charrier dans les médias. Vous rappelez-vous de l'histoire de cet enfant qui se prénommait Félix et qui aurait été mis dans une cage (le terme a été utilisé dans certains journaux) parce qu'il était trop turbulent en classe? Certains médias avaient consacré une importante couverture à toute cette affaire, on s'en souvient.

Bref, l'enseignante, appuyée par son syndicat, a engagé des poursuites totalisant $80 000 contre contre la Corporation Sun Média, le Journal de Trois-Rivières et ses journalistes Jean-François Hinse, Mathieu Lamothe et Pascal Bernier-Robidas, ainsi que le Journal de Québec et le journaliste Sébastien Lépine.

Dans sa poursuite, l'enseignante:
  • prétend «avoir été victime de plusieurs affirmations fausses et diffamatoires, en plus d'avoir fait l'objet d'un traitement journalistique sensationnaliste» ;
  • «dénonce l'absence de rigueur des médias et journalistes concernés» ;
  • «estime que la recherche d'informations à la base de leurs articles est volontairement incomplète et tendancieuse» ;
  • «atteste qu'en aucun moment, les défendeurs n'ont tenté de communiquer avec elle, son syndicat ou quiconque aurait pu apporter un éclairage différent» ;
  • «soutient que le Journal de Québec et son journaliste ont commis une faute professionnelle en reprenant des paroles et opinions émises par la mère et le beau-père de l'élève, de même que par l'ex-juge Andrée Ruffo» ;
  • affirme avoir subir «l'opprobre de la population du Québec, notamment mais non limitativement, par l'entremise de forums de discussion, courriels, appels téléphoniques, menaces laissées sur la boîte vocale de la direction de l'école où elle travaille».

Bon, pour l'instant, il ne s'agit que simples allégations, mais la poursuite ne me semble pas trop frivole. Elle aura tout au moins le mérite de clarifier ce dossier. Qu'en pensez-vous?

Par ailleurs, le représentant syndical de l'enseignante n'entend pas en rester là: «Le porte-parole syndical ne rejette pas l'idée que d'autres médias, électroniques cette fois, puissent également faire l'objet d'une poursuite de la part de l'enseignante. Là aussi, il y a eu "dérapage" selon lui.»

Le lien avec Mme Potvin maintenant. Je cite un extrait d'une de ses chroniques sur Internet intitulée «Comme un animal?» (Les carcatères gras sont de moi.)

«L'enseignante et la direction d'école ont définitivement manqué de jugement et ont omis de respecter des étapes cruciales dans une telle situation. De plus, lorsqu'on veut isoler un élève et qu'on désire l'aider à bien écouter ce qui se passe en classe, ce n'est certainement pas en l'isolant comme un animal de foire et encore moins en le mettant face à un mur. Cela ressemble davantage à une punition qu'à une intervention professionnelle qui devrait être prise dans l'intérêt de l'élève et de ses camarades de classe. Qu'on appelle l'ordre des enseignants du Québec....Oups, c'est vrai, il n'y en a pas.»

Par la suite, dans un commentaire aux intervenants de son blogue, Mme Potvin nuance ses propos, ce qui est tout à son honneur, mais elle ne peut s'empêcher d'y aller malgré tout de phrases bien senties.

  • «Je ne crois pas au fait que le jeune était à cet endroit seulement qu'une heure par jour. Je crois que malheureusmenet la jeune enseignante a utilisé un peu trop son coin retrait qui avait justement été créé POUR le jeune comme l'a dit le directeur de la commission scolaire qui lui a fait sa conférence de presse suite aux informations de la directrice de l'école.»
  • «Ce geste est à mon avis davantage un geste punitif qu'un geste éducatif et pédagogique en lien avec le bien de l'élève lui-même et de ses camarades.»
  • «...mais la chose à faire dans ces cas là, ce n'est pas de se venger sur le jeune en le mettant dans un isoloir...»
  • «Dans ce cas-ci, l'enseignante a escamoté des étapes importantes et la directrice quand à elle n'a vraiment pas fait son trvail dans l'accompagnement de sa jeune enseignante. À mon avis c'est ELLE la vraie fautive...»

Mme Potvin, comme bien de ses collègues commentateurs a émis un bon nombre d'opinions en basant celles-ci sur des informations parcelaires et peut-être même erronées. Elle n'est pas journaliste, c'est vrai, mais un peu de rigueur et de prudence auraient été les bienvenues, surtout quand on jouit d'une tribune institutionnelle si importante.

Pour en savoir davantage sur la poursuite de l'enseignante:
http://www.cyberpresse.ca/article/20070511/CPNOUVELLISTE/705110721/1028/CPACTUALITES
Pour lire ou relire la chronique de Mme Potvin sur le petit Félix:
http://www.blogue.canoe.com/?blog=13&author=75&page=1&disp=posts&paged=4

30 avril 2007

Touche pas à ma tâche!

Voici revenu ce temps de l'année où l'émission Virginie n'est rien à comparer aux drames qui se vivent dans certaines écoles du Québec. Mensonge, hypocrisie, jalousie, crise de nerfs, jeux de coulisse, visite en douce à la direction, compliments charmeurs et intéressés, commentaires assassins, zizanie: rien n'est de trop dans cette gigantesque saga qui s'appelle La signature des tâches pour la prochaine année scolaire.

Déjà, cet hiver, on sentait monter la tension avec l'adoption de la grille-matières de l'école. Au secondaire, chaque département, que dis-je! chaque professeur s'assurait de protéger son fief (i.e. sa tâche). Une période de plus en éducation physique pour mettre les élèves en forme? Mais quelle bonne idée, mais pas touche pas à ma tâche par exemple!

Maintenant, on est dans le corps-à-corps brutal, vicieux, extrême. La direction, avec son droit de gérance, peut attribuer une tâche à l'enseignant de son choix. Tu es un fatigant qui donne du travail à un adjoint parce que tu le trouves trop mou... Mauvaise idée! Comme le jeu des serpents et des échelles, tu tombes sur la mauvaise case et...

Je sais, je sais: les précaires ont la vie bien plus difficile encore. C'est tout juste s'il n'existe pas un droit de cuissage dans certaines écoles. Mais vous ne perdez rien pour attendre: un jour, ce seront vos propres collègues qui vous entuberont!

15 mars 2007

Vive l'équité!

Maintenant que l'équité est réglée et que j'en ai plein les poche, mon syndicat passe aux choses sérieuses: on augmente les cotisations syndicales! Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que la photo illustrant ce billet pourrait servir pour mon prochain passeport.


À propos de l'équité, un intéressant billet du Prof Maudit «Équité, mon cul!»:

10 février 2007

À lire dans le Journal de Mouréal

Attardons-nous aujourd’hui sur un texte écrit par Nathalie Elgrably dans le Journal de Montréal et qui a pour titre Réforme des éducateurs : l’accent mis sur les outils.

Dans cette apologie de droite (et n’allez surtout pas croire que je suis à gauche : il faut juste savoir que la dame en question travaille pour l’Institut économique de Montréal, un organisme plus conservateur que Stephen Harper lui-même), l’auteure s’attaque à la permanence des postes en éducation et croit que ceux-ci devraient être attribués en fonction de la compétence des enseignants.

Un torchon déclencheur

Dès le début de son texte, Mme Elgrably frappe fort… dans le vide en affirmant: «Voilà déjà quelques années qu'une réforme de l'éducation a été entreprise au Québec. Les fonctionnaires qui l'ont élaborée ont avant tout mis l'accent sur les outils.»

Des outils? Vraiment! Mais dites-moi où les trouver, je vous en prie? La plupart des enseignants se plaignent de devoir enseigner sans matériel et sans consignes claires et précises du MELS quant aux modes d’évaluation.

Sans crainte du ridicule, Mme Elgrably poursuit son propos éclairant : «Toutefois, c'est lorsque ma fille m'a présenté un document distribué par l'une de ses profs que j'ai compris que ce ne sont pas les outils qu'il faut réformer, mais bien les éducateurs. Le document en question était écrit à la main, sans aucun soin, dans un style confus et photocopié de travers. Un véritable torchon! Et cette prof a l'arrogance de demander aux élèves de remettre un travail propre. N'est-elle pas au parfum des avancées technologiques ? Et personne ne lui aurait donc appris qu'il faut prêcher par l'exemple? Si le ministre Fournier souhaite une réforme qui permette réellement d'améliorer la qualité de l'éducation, il devrait demander à ses fonctionnaires de cesser de concocter des bulletins incompréhensibles, et de réfléchir à des moyens pour améliorer la performance des enseignants.»

Ouf! Mon Dieu! Que penser de l’argumentation de quelqu’un qui remet en question la compétence complète de tous les enseignants du Québec à partir d’une simple feuille de papier ramenée à la maison par son enfant? Donnerait-elle un A+ aux documents du MELS qui sont d’une facture impeccable, mais qui n’en demeurent pas moins une véritable bouillabaisse? Au lieu de remettre en question les compétences technologiques de l'enseignante en question, Mme Elgrably aurait pu se demander si la prof de son enfant avait accès à un ordinateur à son école et souligner que le document ne comprenait pas de fautes d'orthographe...

Contre la permanence

Une fois cette pertinente entrée en matière effectuée, Mme Elgrably livre son véritable propos :
«Pour commencer, le principe de la permanence devrait être remis en question. Quand notre comptable, notre mécanicien ou notre coiffeur commence à négliger son travail, nous n'hésitons pas à le remplacer. Alors pourquoi en serait-il autrement lorsqu'il s'agit des enseignants? Ne devrions-nous pas être encore plus exigeants envers ceux chargés d'instruire nos enfants? La permanence procure un sentiment de sécurité qui, chez certains, nuit à l'effort et incite à la paresse. Destinée à défendre l'enseignant, la permanence ne sert en réalité qu'à protéger la médiocrité. Dans un système sans permanence, seul le travailleur peut garantir sa sécurité d'emploi grâce à son professionnalisme, car aucun employeur n'est disposé à perdre la crème de sa main-d'oeuvre.»

Mme Elgrably véhicule ici toute une série de clichés très en vogue. Mais attardons-nous à certaines facettes de la réalité que cette chroniqueure se garde bien d’évoquer.

Tout d’abord, côté remplacement, il faut se rappeler qu’il est possible pour un parent de magasiner son école. Qui plus est, à moins que je ne me trompe, notons que l’Institut économique de Montréal encourage fortement cette pratique puisqu’il est derrière le fameux palmarès de L’Actualité qui classe les établissements scolaires du Québec.

Ensuite, le travail des enseignants est encadré et surveillé par les directions d’école au même titre que celui d’une infirmière par un supérieur dans un hôpital ou qu’un machiniste par un contremaître chez Bombardier. Faudrait-il tout remettre en question en éducation alors qu’on sait pertinemment, dans les faits, que le véritable problème est davantage le fait que les directions d’école n’ont pas le temps de superviser adéquatement les enseignants dont elles ont la responsabilité?

De plus, il est faux de croire qu’un système sans permanence encourage automatiquement le professionnalisme. Il s’agit d’une vision manichéenne et très réductrice de la réalité. Je connais bien des employeurs qui embauchent des membres de leur famille même s'ils sont incompétents ou encore, plus bêtement, des candidats pour leur apparence physique agréable.

Par ailleurs, l’obtention d’un emploi permanent présente aussi des avantages non négligeables. Elle stabilise les mouvements de personnel, par exemple, et permet une continuité dans le développement de certains projets importants. Dans la fonction publique, elle assure aussi une certaine immunité aux fonctionnaires qui peuvent ainsi dénoncer des gestionnaires crapuleux ou incompétents. Elle évite également les nominations arbitraires ou discriminatoires.

Évaluer les enseignants

Qu’à cela ne tienne, Mme Elgrably poursuit son raisonnement en écrivant :

«En second lieu, le temps est venu de trouver un moyen pour mesurer la performance des enseignants et les rémunérer en conséquence. À l'heure actuelle, leur paie est fonction de leur ancienneté et de leurs diplômes. Ainsi, même le prof le plus passionné, le plus consciencieux et le plus dévoué ne peut gagner plus que son collègue plus ancien. Est-il logique de récompenser l'ancienneté et d'ignorer la qualité du travail fourni? Voulons-nous réellement entretenir un système absurde qui invite les enseignants à faire le strict nécessaire pour conserver leur emploi, mais ne leur offre aucune incitation à l'effort et au dépassement ? La fonction première d'un prof est d'être bon pédagogue. Il est donc indispensable de récompenser cette qualité. »

Voilà ou Mme Elgrably commence à démontrer tout son talent de gérant d’estrades et sa méconnaissance du réseau de l’éducation. Selon cette dernière, ma paie serait actuellement établie en fonction de mon ancienneté et de mes diplômes. Sur quelle planète vit cette dame? Ma convention collective, signée par la FSE et le gouvernement Charest ne reconnaît même pas ma scolarité parmi les critères qui déterminent mon salaire. Équité salariale oblige…

Enfin, attardons-nous à la suite de ce texte dans laquelle on comprend manifestement que Mme Elgrably n’est ni pédagogue ni docimologue.

«Dans cette optique, on pourrait, par exemple, introduire deux examens standardisés que les étudiants passeraient en début et en fin d'année scolaire et qui permettraient de mesurer leurs progrès. Les enseignants les plus habiles devraient obtenir une prime significative. (…) Ceux qui performent le mieux devraient être payés en conséquence alors que les moins dévoués devraient être pénalisés.»

Bref, ce que propose Mme Elgrably, c’est d’évaluer un enseignant en fonction des progrès de ses élèves. L’idée semble séduisante, mais ne résiste pas à la logique de la réalité scolaire. Dans les faits, disons-le, elle relève davantage de la pensée magique qu'autre chose.

Il est faux de faire croire de la sorte que l’enseignant est le seul facteur déterminant de la réussite des enfants qui lui sont confiés. J’en donnerai un seul exemple. La semaine dernière, un élève d’un de mes groupes est décédé. Croyez-vous que les enfants étaient en état d’être évalués? Aurait-il fallu en déduire que j’aurais été un moins bon enseignant pour autant? Imaginez maintenant tous les autres facteurs qui peuvent influencer le progrès des élèves à part l’enseignant.

Et puis, en proposant des pseudo examens standardisés, Mme Elgrably donne l'impression d'ignorer que le Québec vit à l’heure de la pédagogie par projet et du Renouveau pédagogique. Mais à quoi peut-on s'attendre de quelqu'un qui écrit sans s'étouffer:

«Évidemment, j'entends déjà les syndicats et les diverses associations de professeurs s'opposer à la paie au mérite. Parions qu'ils invoqueront la solidarité pour justifier leur position. De toute évidence, ils sont prêts à sacrifier l'éducation de nos enfants pourvu qu'ils préservent l'emploi des plus mauvais profs.»

Qui sacrifie le plus l’éducation des enfants au Québec, je me le demande? Les enseignants avec leur permanence syndiquée, le MELS avec ses réformes débilitantes, les entreprises québécoises qui investissent peu dans la formation de la main-d’œuvre? Et quels profs mettra-t-on à la porte alors que nous sommes en pleine pénurie d'enseignants parce que cet emploi est dévalorisé sans cesse dans les médias et que le MELS ne sait pas bien gérer son personnel?

Attendez cependant: le meilleur reste à venir et constitue une pièce d’anthologie ubuesque.

«Il faut rompre avec la mentalité actuelle qui prône l'égalité entre les travailleurs. À travail égal, salaire égal? Je veux bien! Mais cela n'exclut pas qu'à travail différent, il faut des salaires différents.»

Ouf! L’égalité entre les travailleurs existe? Vraiment? À travail différent, salaire différent? Vraiment? Pas de problème alors : je prends celui du ministre Fournier n’importe quand. Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas un syndicaleux mais, quand je lis un tel tissu de bêtises, je regrette d’avoir déjà pensé à déchirer ma carte de la FSE…

Arrogance pour arrogance et torchon pour torchon, j'invite modestement Mme Elgrably à se réformer. Elle en a bien besoin.

Pour en savoir davantage:

http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/02/20070208-090704.html


Site de l'institut économique de Montréal:


http://www.iedm.org/main/main_fr.php


Pour écrire à Mme Elgrably:


nelgrably@iedm.org