13 avril 2008

NB comme «Nota bene»?

Tiens, jetons aujourd'hui un regard sur une contrée exotique et lointaine: le Nouveau-Brunswick.

Branle-bas de combat chez certains parents de cette province puisque le gouvernement de Gordon Shawn a décidé de procédé à une réforme majeure en éducation, soit d'abolir le programme d'immersion linguistique au primaire. Le français ne fera maintenant son apparition qu'en cinquième année du primaire avec un bain linguistique de cinq mois. Dans les faits, comme le soulignait la journaliste de La Presse ,c'est un peu comme si on abolissait tous les programmes particuliers des écoles du Québec.

Selon le gouvernement, les dernières places qu'occupent les élèves néo-brunswickois dans les épreuves nationales s'expliqueraient par l'écrémage que créerait ce programme au sein des classes. Il faut dire qu'un éléve anglophone sur trois y est actuellement inscrit.

Pour Doug Willms, directeur de l'Institut canadien de recherche pour les études politiques à l'Université du Nouveau-Brunswick, l'immersion française crée une ségrégation «pire que celle qui existe entre les enfants blancs et noirs aux États-Unis. Selon nos recherches, les 20% d'enfants issus de familles ayant les revenus les plus élevés ont deux fois plus de chances de se retrouver en classe d'immersion. Les parents qui parlent de choix me font rire, dit-il. Aujourd'hui, ils n'ont aucun choix: s'ils veulent assurer une bonne éducation à leurs enfants, ils doivent opter pour l'immersion.» Ce dernier croit que, quand ce programme disparaîtra, les classes seront plus faciles à gérer et que tous les jeunes en profiteront.

Même son de cloche du côté du ministre: «J'ai la responsabilité morale de faire en sorte que la réussite de mon fils ne se fasse pas aux dépens d'un enfant en difficulté.»

Les réactions sont vives. On voit maintenant des anglophones défendre le droit à l'immersion française. Joseph Dicks, directeur de l'Institut des langues secondes à l'Université du Nouveau-Brunswick, ce changement «défie le bon sens». Des professeurs d'université parle d'une «erreur gigantesque». Mais le ministre de l'Éducation Lamrock a annoncé son intention d'aller de l'avant malgré tout.

Je ne sais pas pourquoi, mais il me vient plusieurs parallèles qu'on pourrait établir avec le Québec.

11 avril 2008

Un autre chantier en éducation

Ce texte est toujours une fiction, né de l'imaginaire d'un esprit intolérant et intempestif.
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Mise en situation. Notre école a le bonheur de revoir sa fenestration entièrement refaite. Réjouissons-nous!

Les travaux débute en avril et se termineront en août. On débute par les fenêtres du troisième pour ensuite faire celles des étages du dessous. Comprenne qui pourra, mais ces rénovations ont lieu durant les heures de cours. Certaines classes devront être déplacées pour une semaine, mais on ne sait pas vraiment ou ni quand.
Avec les exposés oraux de fin d'année qui s'en viennent, on a évidemment hâte d'écouter les élèves nous parler de poésie entre deux coups de marteau et la mélodie d'une scie ronde. C'est sûrement ce qu'on appelle «construire ses savoirs».

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Mercredi 8h00. Je petit-déjeune avec des élèves en prévision d'un examen d'étape avec une trentaine d'élèves de mes groupes. Tout à coup, une plateforme élévatrice s'installe devant les fenêtres de ma classe.

La machine est grosse, bruyante, polluante. Je ferme les fenêtre avant que l'odeur envahisse la classe. Immédiatement, je me rends chez l'adjoint jaunâtre et je lui indique que ça n'a aucun sens que cette grosse machinerie campe à moins d'un pied des fenêtres d'un local situé en partie au sous-sol alors qu'il va y avoir un examen d'étape.

Adjoint jaune: On vous avait dit qu'il y allait avoir des travaux. Attends avant de t'énerver. Il n'y a rien qui indique que la machine va être là toute la journée.
Enseignant : oui, mais si c'est le cas, avez-vous une solution de rechange?
Adjoint jaune: Il va falloir faire avec. On vous avait dit qu'il y allait avoir des travaux.
Enseignant: Peut-être, mais tu ne travaillerais pas avec une machine comme ça dans tes oreilles. Les élèves ont le droit de passer leur examen dans des conditions qui favorisent leur réussite, il me semble. As-tu pensé à une alternative pour aujourd'hui?
Adjoint jaune: Écoute, je ne peux rien y faire. On vous avait dit qu'il y allait avoir des travaux. Tu peux toujours aller voir l'adjoint aux ressources matérielles.

Parler dans le vide aurait été plus efficace.
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Mise en situation. L'adjoint aux ressources matérielles a la réputation d'avoir des sautes d'humeur, d'avoir ses enseignants préférés, d'être autoritaire, de ne pas supporter la critique ou la contestation. Les rumeurs aussi disent qu'il aime bien le nouveau responsable de la bibliothèque.

Prof masqué ne fait pas partie de ses profs préférés. Vous vous en doutiez, j'en suis sûr.

L'adjoint l'a déjà engueulé devant des collègues. Il ne le salue même pas dans les corridors et l'ignore quand il le croise. Appelons-le «adjoint rouge» pour sa tendance à être colérique. On l'aime ou on le déteste.

Oh! Prof masqué a ses défauts: il peut être chiant, dérangeant, pointilleux, baveux, mais il a à coeur ses élèves et ne compte pas ses heures. Sauf que, manifestement, cela n'a plus d'importance dans le réseau d'éducation aujourd'hui. Il faut plutôt savoir aimer la direction.

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Catastrophé, je salue prudemment l'adjoint rouge et lui explique la situation alors que ce dernier arrive à peine à son bureau.

Adjoint rouge: Vous parlez d'une façon de m'accueillir!
Enseignant: je suis désolé, mais la situation est là et il faudrait une solution.
Adjoint rouge: On vous avait dit qu'il y allait avoir des travaux.
Enseignant: oui, mais on ne peut pas laisser les élèves passer leur examen d'année dans des conditions semblables.
Adjoint rouge: ce n'est pas leur examen d'année, mais d'étape.
Enseignant: c'est vrai, je me suis trompé, mais c'est quand même un examen d'étape. Vous ne passeriez pas un examen dans des conditions semblables.
Adjoint rouge: On vous avait dit qu'il y allait avoir des travaux.
Enseignant: avec une plateforme élévatrice bruyante qui pue à un pied des fenêtres de classe alors que les élèves vont être en examen?
Adjoint rouge : si vous verriez les conditions dans lesquelles je travaille, vous verriez que nous aussi, on vit des situations difficiles.

En une fraction de seconde, le regard de Prof masqué est ailleurs. Il repense à la nouvelle salle de conférence dont s'est doté la direction. Il pense aussi aux fauteuils en cuir, à la peinture neuve, au mini-frigo. Il pense enfin au bureau de travail de l'adjoint rouge qui fait l'envie de bien des membres du personnel. Décidément, la vie est difficile pour la classe supérieure

L'adjoint rouge doit lire dans les pensées des profs puisque la conversation n'en est plus une. Dans les faits, le reste de cet échange est inaudible parce que l'adjoint rouge s'est mis à engueuler vertement le Prof masqué qui a préféré fuir la bêtise.
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Quelques minutes avant le début de l'examen, la plateforme élévatrice est partie polluer une autre région du monde. Fuck Kyoto!
Vous pourriez penser que toute cette histoire se termine bien, que Prof masqué est un éternel chiâleux, qu'il s'en fait toujours pour rien...
Mais non! Il y avait une deuxième plateforme élévatrice devant les fenêtres d'une autre classe en examen. Devant le bruit et l'odeur, le surveillant de celui-ci a décidé de changer de local rapidement.

Prof masqué a alors appris que, durant la même semaine, l'autre plateforme élévatrice avait sévi devant les fenêtres d'une autre classe, perturbant les cours et les esprits des jeunes élèves captivés par cette technologie et les craque de fesses des ouvriers. Une enseignante lui a même confié avoir eu des étourdissements.

Normalement, si vous vous y connaissez, après les étourdissements, il y a les vomissements, la perte de conscience et, finalement, la mort.
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Ce matin, certains collègues, dans les bonnes grâces de l'adjoint rouge, étaient tout heureux de dire au Prof masqué que la direction allait, après vérification, prendre des mesures pour éviter que les plateformes élévatrices perturbent les cours.

Trop tard: Prof masqué a pris deux résolution.
  1. Je n'enseignerai pas dans un chantier de construction. Si le climat de la classe n'est pas propice au apprentissages des élèves, nous irons à la bibliothèque ou dehors.
  2. Je vais consulter un psychologue spécialisé en relations de travail.
Appelons cela deux pas dans la bonne voie. Car, dans toute cette saga des travaux de construction pendant les heures de classe, l'adjoint jaune a reproché au Prof masqué de ne pas être assez... constructif.
Dans un autre billet: une autre raison d'aller voir un psychologue spécialisé en rlations de travail.

Un roman intéressant

Impression de lecture sur un roman policier lu il y a quelques semaines, mais que j'avais prêté à une amie.

Il s'agit d'un roman noir dont le titre est tout ce qu'il y a de plus banal et dont l'intrigue est correcte sans pourtant nous jeter par terre: Destinataire inconnu de John Dunning. Non, mais quel titre merdique qui ne reflète pas grand chose de l'histoire! Un très mauvais travail d'édition!

En gros, l'inspecteur Cliff Janeway est radié de sa profession et devient bouquiniste pour gagner sa vie. Ce métier, qui lui permet de vivre une passion qui l'habite depuis toujours, le ramènera à son rôle d'enquêteur quand un brocanteur est battu à mort.

L'intérêt majeur de ce roman et ce qui a captivé toute mon attention est cette découverte du monde de la vente des éditions originales ou rares du 20e siècle. Un monde si délirant qu'on y est même prêt à tuer pour pouvoir mettre la main sur des oeuvres recherchées. Il y a également toutes ces références littéraires qui nous permettent d'élargir nos connaissances en ce qui a trait à la littérature américaine du siècle dernier.

Curieux ne pas s'abstenir!

08 avril 2008

Rythme et lenteur scolaire

Une brève observation: le monde scolaire ne vit pas la même notion de temps que le reste de l'univers connu.

Un premier exemple: la définition de ce qu'est une année. Pour un individu normal, une année civile débute le premier janvier et se termine le 31 décembre. En éducation, une année scolaire débute à la fin août et se termine à la fin juin. La phrase «J'ai hâte à la fin de l'année» cause parfois des situations ambiguës dans un couple mixte (enseignant et individu normal).

Un deuxième exemple: le rythme des changements. En éducation, tout se fait sur une base annuelle: les tâches, la planification, les achats, les projets éducatifs, les changements de programme pédagogique, etc. Le principal défaut de cette vision des choses est qu'on attend souvent à la prochaine année pour mettre en branle des changements. Cette façon de reporter à plus tard ce qui est parfois urgent peut expliquer en partie la gestion défaillante de nos réseaux scolaires. On manque de dictionnaires? On attend l'année prochaine pour faire un inventaire.

Il existe bien sûr une exception à cette règle : les changements venant du MELS. Ceux-ci prennent toujours plus d’une année à être réalisés.

Un troisième exemple: le rythme des activités personnelles qui suit celui des cloches, surtout au secondaire. Même au mois de juillet, on se surprend à avoir faim, selon l'horaire de son école, à 12h15 exactement, à aller au petit coin entre 14h45 et 15h00... et ainsi de suite. Pavlov parlerait d'un conditionnement. D'ailleurs, il faut un bon mois pour ne plus entendre sonner la cloche à heure fixe, même si on est à la maison!

Une quatrième exemple: les périodes de correction. Que serait Noël sans corriger des textes au coin du feu (avec l'envie de les mettre au feu, mais ça, c'est une autre chose!)? Que serait la semaine de relâche sans corriger des textes sur le coin de la table? Que serait le mois d'avril en cinquième secondaire sans corriger comme un débile avant l'examen du ministère du début mai?
Le monde scolaire est un monde à part. Même quand on parle de temps!

06 avril 2008

De l'évaluation des connaissances

Pour faire suite à ce dernier billet, j'ai eu une longue discussion avec l'adjoint jaunâtre sur les raisons l'incitant à ne pas fournir un lecteur optique pour la correction d'examens à choix de réponses.

Ce qui en est ressorti est une crainte viscérale et très émotive que les enseignants évaluent des connaissances autrement que par le biais d'épreuves d'évaluation des compétences. Or, comme on l'a vu, il est faux de croire que l'évaluation des compétences entraînent automatiquement l'évaluation rigoureuse de certaines connaissances. Avec un peu de débrouillardise, certains élèves s'en tirent allégrement sans même connaître les grands principes de la grammaire de la langue, par exemple.

Mais il faut évaluer les connaissances dans une épreuve décontextualisée parfois! Or, cela ne sourit guère à nos gestionnaires qui ne savent pas s'occuper de la neige sur les toits de nos écoles mais qui veulent nous montrer comment enseigner et évaluer. Vous auriez dû voir leur mépris devant le plan de la ministre Courchesne sur le français et leur sourire en coin quand on parle de dictée.

Mais pour être bien certaines d'empêcher les enseignants d'utiliser des épreuves autres que celles qu'elles veulent, des directions d'école retirent certains outils des mains des enseignants. C'est le cas du lecteur optique, par exemple. Chez nous, on invoque des raisons informatiques, mais une école voisine de la même commission scolaire en dispose d'un sans aucun problème. Quelques-uns de mes collègues font maintenant des tests à choix de réponses qu'ils corrigent eux-mêmes, alourdissant ainsi leur charge de travail. Comme s'ils en avaient besoin!

Dans la même veine, la CS a modifié les logiciels dans lesquels nous versions nos notes au bulletin afin de s'assurer que les enseignants ne puissent effectuer un cumul de résultats obtenus durant l'étape. On ne peut y entrer qu'une cote (une lettre) qui est ensuite transformée en note (un pourcentage). La cote est basée sur le jugement professionnel de l'enseignant qui estime si l'élève atteint ou non les objectifs du programme.

On n'a jamais vu, à mon école, autant d'élèves évalués de façon aussi disparate. Les critères de notation sont flous et le jugement professionnel varie d'un individu à l'autre. Dans une classe de douance, j'ai des élèves qui ont obtenu des cotes excellentes en deuxième année du secondaire et qui peinent maintenant à obtenir l'équivalent d'un 40% dans une épreuve de production écrite. Je n'ai jamais connu de situation semblable en 15 années de métier. Et je ne parle pas de leurs connaissances grammaticales parfois inexistantes. À quoi sert un déterminant, par exemple. Au fait, c'est quoi un déterminant?

Afin de continuer à cumuler des résultats, quelques-uns de mes collègues ont découvert le logiciel Excel et s'en servent pour calculer une note à laquelle ils croient qui entreront sous forme d'une cote et qui sera ensuite reconvertie en note.

J'ai donc discuté pendant une heure avec l'adjoint jaunâtre. Il connaît ma réputation d'enseignant qui est loin d'être mauvaise, mes approches pédagogiques que des stagiaires et des conseillers pédagogiques ont déjà qualifié de «réforme», mon souci d'équiper les jeunes de moyens et de stratégies pour réussir en écriture, le continuum logique dans lequel s'inscriraient ces épreuves. Mais malgré tout cela, malgré qu'on ne puisse pas corriger un texte avec un lecteur optique (le rêve parfois, quand on y pense!), il a peur. On nage dans la croyance, la foi et l'irrationnel.

Le lecteur optique est un instrument démoniaque, porteur de tous les maux de l'éducation. Qu'on se le dise!

05 avril 2008

Une phrase d'élève

Dans un texte d'élève que je corrigeais aujourd'hui et dont le sujet portait sur l'aide humanitaire:

«Il est inconcevable de laisser autant de couches de la société dans leurs besoins.»

Appelons cela une phrase très imagée.

04 avril 2008

Déprimons en jaune

Ce texte est une fiction, née de l'imaginaire d'un esprit vacillant et maladif.
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Bureau d'adjoint jaunâtre et déprimant. Précisons que ce sont les murs du bureau qui sont jaunes.

Adjoint: tu ne peux pas mettre 0 à cet élève qui n'a pas fait son examen.
Enseignant: oui, mais il a séché son cours. C'est une absence non motivée.
Adjoint: oui mais, en lui mettant 0, tu évalues davantage son comportement que ses compétences et ce n'est pas correct.
Enseignant: et celui qui vient gelé en classe et qui coule, je fais quoi avec? J'évalue sa mauvaise performance ou je tiens compte de son comportement toxicomane?
Adjoint: ben... euh... En tout cas, tout élève a droit à l'évaluation et tu ne lui mettra pas 0.
Enseignant: mais il a refusé d'exercer son droit en ne se présentant pas à l'examen. Je lui fais signer une décharge?
Adjoint: ben.. euh... tu ne lui mets pas 0. Point.

Chers élèves de mon école. Un examen est trop difficile? Vous manquez de temps pour l'étudier? Absentez-vous sans aucun problème grâce aux nouveaux principes guidant l'éducation au Québec.

J'ai un adjoint moderne qui a du leadership pédagogique.


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Des plans pour que je démissionne.

Élèves en difficulté et intégrés: de bons textes!

Belle série de reportages sur l'intégration des élèves en difficulté dans La Presse (ici, ici et ici)! Madame Hachey a fait du bon travail. Je vous en résume un aspect rapidement parce que le travail m'appelle et je terminerai cet aperçu commenté ce soir.

Le dépistage et le dossier des jeunes

Il y a tout d'abord le dépistage des élèves en difficulté qui pose problème. On manque de spécialistes scolaires pour identifier les élèves présentant des troubles de comportement ou d'apprentissage, ce qui retarde d'autant un diagnostic officiel. Résultat: il s'écoule un temps précieux avant qu'on puisse travailler à aider le jeune, un temps perdu qui aggrave souvent sa situation. «Éviter de guérir en ne prévenant pas», voilà ce qui pourrait être le slogan de nos écoles. Je signale qu'en Finlande, pays du succès scolaire et du socioconstructivisme, ce dépistage est une des mesures de base du réseau de l'éducation.

Il ne faut pas s'étonner du fait que des parents, exaspérés des lenteurs du réseau public, aient alors recours à des spécialistes privés ($$$) pour faire évaluer leur enfant. Un des effets pervers de cette lacune de notre système d'éducation est que les parents de milieu défavorisé n'ont pas la possibilité de payer afin qu'on assure des services à leur enfant. S'enclenche alors un cercle vicieux démentiel qui part des difficultés d'apprentissage, va aux troubles de comportement et finit par la consommation de drogue ou même les pensées suicidaires: «Au primaire, Antoine a beaucoup parlé de suicide», confie la mère d'un jeune dyslexique.

Méchamment, les décideurs scolaires uniquement concernés par leur budget ont tout intérêt à ce qu'on ne dépiste pas les élèves en difficulté parce qu'ils n'ont pas ainsi à fournir les services qui devraient accompagner ces jeunes. D'ailleurs, est-il normal qu'en éducation, on retrouve des listes d'attente et des quotas déguisés en ce qui a trait aux services à donner aux élèves? On ne meurt pas faute de soins dans nos écoles. Alors, qui se soucie de ces jeunes qu'on scrape allégrement année après année?

À moins que je ne me trompe, mais un élève qui complète son primaire avec succès perd toutes les cotes qu'il avait reçues parce qu'il a réussit son parcours scolaire et est présumé sans problème. Le gag, c'est qu'il a souvent eu des mesures pour l'aider... et qu'on les lui enlève quand il change d'école. C'est alors à son école secondaire de refaire l'opération pour le coter à nouveau afin de lui donner les services auxquels il a droit. Combien de temps s'écoute-t-il avant que toute cette opération soit complétée? En plus, il existe peu d'informations (lire aucune) qui passent du primaire au secondaire. On recommence à zéro.

Dans la même veine, on informe peu les enseignants des éléves ayant connu des difficultés scolaires afin d'éviter l'étiquetage. À mon école, on nous informait qu'un élève était en difficulté avec une liste informatisée. Il fallait alors aller consulter le dossier de l'élève dans le bureau du directeur pour en savoir davantage.

On assiste aussi à de la rétention d'informations dans le milieu scolaire. Un jeune consomme de la drogue. L'information est confidentielle et le jeune peut continuer à assister à ses cours gelé comme une balle. Dans le milieu médical, une telle pratique serait vertement dénoncée mais, en éducation, nous ne sommes pas de professionnels.

En Finlande (blablabla socioconstructivisme), on prend les choses un peu plus au sérieux: le travailleur social de l'école peut aller jusqu'à obliger le jeune à subir un test de dépistage et à suivre un traitement approprié.

Et puis, il y aussi ces parents et ces jeunes qui refusent d'être identifiés!

Chez nous, la direction a même aboli les réunions de secteur ou l'on discutait entre collègues de cas d'élèves. Oui, il y a un risque que des informations sensibles tombent dans les oreilles d'un prof maladroit. Seulement, on prive tout un groupe d'enseignants d'éléments qui lui permettraient de mieux comprendre la dynamique d'un jeune et de l'aider à s'en sortir.

Ce n'est que tout récemment, avec le départ en épuisement professionnel de deux collègues, que les profs de mon niveau ont décidé de coincer la direction, euh de proposer à la direction un plan de concertation et d'intervention auprès des jeunes. Bref, on est revenu tranquillement à ce qu'on avait comme structure auparavant, mais le tout de façon informelle. On perd une énergie folle à faire fonctionner ce système parallèle mais, au moins, il donne de bons résultats pour l'instant. Je reviendrai d'ailleurs sur ce comité des 13 un jour.

02 avril 2008

Des moments de bonheur

Ce matin, nous étions en réunion de département de français. Réunion ou l'on radote toujours les mêmes choses que d'habitude depuis des années, en vain.
  • On manque de dictionnaires en classe!
  • Les dictionnaires actuels auraient besoin d'être réparés!
  • On manque de romans à faire lire aux élèves!
  • Le local des profs manque de mobilier adéquat et aurait besoin d'être repeinturé!
  • On ne doit pas couper dans les heures d'ouverture de la bibliothèque de l'école!
Il faut évidemment mettre ces remarques en contexte. Et le contexte est que la direction précédente s'est aménagée une belle salle de rencontre avec fauteuils en cuir il y a deux ans. Même que notre patron avait un mini-frigo dans son bureau.
Mais deux remarques m'ont fait réagir et je veux partager ces moments de bonheur avec vous.

Le premier bonheur
  • Un prof: Qu'est-ce que la médiathèque a acheté comme livres cette année?
  • Un autre: un peu n'importe quoi. Des livres sur l'horoscope, la magie noire, le bricolage et même une biographie de Fernand Gignac!
Tabarnacle! Fernand Gignac au secondaire! Allo quelqu'un! Je n'ai rien contre ce crooner à la voix d'or, je suis même prêt à lui donner des roses pour qu'il se taise mais... vraiment pas fort!

Le second bonheur

  • Un prof: Est-ce qu'on pourrait nous fournir un lecteur optique pour corriger les examens à choix de réponses en français et dans d'autres matière comme on en a déjà eu avant?
  • Un adjoint: Ben... euh... Avec les nouvelles philosophies d'enseignement... Ben... euh... Il vous faudrait envisager d'enseigner autrement avec les nouveaux types d'élèves que vous allez avoir... Ben... euh...
Dans mon école, huit profs de quatrième et cinquième secondaire s'étaient entendus sur un enseignement uniforme de la grammaire avec une terminologie et des évaluations communes. On a testé ce concept pendant un an pour constater que les élèves accordaient plus d'importance aux connaisssances grammaticales, facilitant ainsi leur transfert lors de pratiques d'écriture. Le tout a dû être abandonné parce qu'une direction pro-réforme a fait disparaître le lecteur en question, pas compatible avec le nouveau système informatique, officiellement.

Bref, c'est le service de l'organisation scolaire et la direction qui déterminent parfois le genre d'évaluation que nous donnons en classe. Gros soutien aux enseignants quand ils exercent leur autonomie professionnelle... Gros respect du programme de formation qui laisse aux enseignants pourtant une marge de manoeuvre quant aux activités pédagogiques qu'ils souhaitent utiliser dans leur classe.

Un troisième bonheur

Surprise! il y en a un troisième. Vous ne vous y attendiez pas, hein? C'est justement pour cela que c'est une surprise.

Ce matin, mes élèves de troisième secondaire étaitent en examen de lecture. Deux d'entre eux, des lecteurs assidus avec qui je discute beaucoup, avaient un nouveau livre sur le coin de leur pupitre, livre dont le titre était Le vide. Comme le responsable de la bibliothèque avait à passer par là, je me suis assuré de mettre les bouquins bien en évidence. On ne sait jamais...

Je ne suis pour rien dans le choix de lecture de ces deux élèves et je les superviserai avec encore plus d'attention. Sauf que rien, pas même la bêtise de la réunion du matin, n'a pu m'enlever le sourire que j'arborais.

01 avril 2008

L'évaluation des compétences

Le dernier avis du Conseil supérieur de l'éducation (CSE) sur le bulletin a ramené le sujet de l'évaluation dans la blogosphère.

Parmi les positions du CSE, on se souviendra que ce dernier exclut toute mesure directe des connaissances dans le bulletin. Pour celui-ci, l'évaluation des compétences comprend nécessairement celui des connaissances.
Une telle position ne surprend personne puisque ce conseil a appuyé depuis toujours le Renouveau pédagogique, qu'au moins un de ses membres adhère au Réseau de l'avancement en éducation au Québec (RAEQ) favorable à la réforme, de même qu'un des professeurs universitaires consultés par le CSE.
Tout le monde a droit à son opinion. Seulement, quand la moitié des enseignants sont divisés sur la réforme, il y a quelque chose de malsain et dysfonctionnel derrière toute cette belle position unanime.

D'autant plus que l'énoncé voulant que la mesure des compétences inclut celui des connaissances est en majeure partie faux. En effet, tout dépend de l'évaluation dont on parle et de la rigueur avec laquelle on traite celle-ci.

Allons-y avec deux exemples.

En français

L'examen d'écriture de cinquième secondaire est vu par plusieurs pédagogues comme une évaluation claire d'une compétence: celle d'écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots en tenant compte de certains critères, dont la maîtrise de la langue. À tort, quant à moi, le MELS va même jusqu'à utiliser cette épreuve lorsque vient le temps de pondérer la note école. Il utilise son examen comme étalon mesure si l'on veut pour contrebalancer les résultats obtenus durant l'année par un élève.

Or, il faut savoir que la réussite de cette épreuve constitue une véritable blague. La Presse notait récemment les taux effarants de réussite à cette épreuve. Il faut dire qu'on met tout en oeuvre pour éviter l'échec aux élèves; possibilité de préparer l'examen d'une façon éhontée, utilisation d'une feuille de notes à l'examen qui n'est jamais vérifiée quant aux éléments qu'on y retrouve, allongement de la durée de l'épreuve devant les difficultés nombreuses des élèves, etc.

Il existe également différentes façons de tricher à cet examen, mais le MELS ne semble soit pas connaître les façons d'y parvenir soit ne pas vouloir les éviter. Je ne les mentionnerai pas sur ce site, sauf que dites-vous que les nouvelles technologies y jouent une place déterminante.

Enfin, pour en revenir à l'essentiel, cette épreuve ne mesure pas véritablement la maîtrise de la langue française d'un élève, mais plutôt sa capacité à écrire un texte argumentatif d'environ 500 mots dans un contexte donné. Sinon, comment expliquer un taux de réussite si élevé alors qu'on constate quotidiennement le peu de maîtrise de la part d'élèves pourtant diplômés? D'ailleurs, obtiendra son DES un élève qui fera moins d'une faute de grammaire et d'orthographe aux quinze mots. Ce seuil de réussite en dit long sur la définition de ce qu'est réussir pour le MELS.

Dans mes classes, année après année, de mes élèves qui ne savent pas reconnaître un adverbe d'un nom réussissent cet examen. Ils échouent des tests de connaissances grammaticales, mais réussissent à se dépatouiller quand arrive l'épreuve du MELS et sa correction à la rigueur douteuse.

Compétence et connaissances? Désolé, mais je ne confierais pas l'écriture de mon épitaphe à la moitié de mes élèves. Je ne les dénigre pas. Je constate. Ils ont plusieurs qualités importantes. Cependant, après onze années d'école, on aurait pu espérer mieux. Et ne blâmez pas les formes de pédagogie qu'ils ont vécues: regardez la façon dont on les évalue.

En histoire

Le programme d'histoire n'existe plus à proprement parler. Sauf que les profs de quatrième secondaire sont en formation et l'un des constats que deux collègues de commissions scolaires différentes m'ont confié est le suivant: les élèves forts en écriture et en lecture n'auront pas besoin de suivre le cours. Avec un peu de travail, ils réussiront l'examen sous sa forme actuelle avec une connaissance très parcellaire de l'histoire.

Je ne dis pas que ce qui se faisait avant était parfait, mais on n'a rien emmieuté loin de là.