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02 avril 2008

Des moments de bonheur

Ce matin, nous étions en réunion de département de français. Réunion ou l'on radote toujours les mêmes choses que d'habitude depuis des années, en vain.
  • On manque de dictionnaires en classe!
  • Les dictionnaires actuels auraient besoin d'être réparés!
  • On manque de romans à faire lire aux élèves!
  • Le local des profs manque de mobilier adéquat et aurait besoin d'être repeinturé!
  • On ne doit pas couper dans les heures d'ouverture de la bibliothèque de l'école!
Il faut évidemment mettre ces remarques en contexte. Et le contexte est que la direction précédente s'est aménagée une belle salle de rencontre avec fauteuils en cuir il y a deux ans. Même que notre patron avait un mini-frigo dans son bureau.
Mais deux remarques m'ont fait réagir et je veux partager ces moments de bonheur avec vous.

Le premier bonheur
  • Un prof: Qu'est-ce que la médiathèque a acheté comme livres cette année?
  • Un autre: un peu n'importe quoi. Des livres sur l'horoscope, la magie noire, le bricolage et même une biographie de Fernand Gignac!
Tabarnacle! Fernand Gignac au secondaire! Allo quelqu'un! Je n'ai rien contre ce crooner à la voix d'or, je suis même prêt à lui donner des roses pour qu'il se taise mais... vraiment pas fort!

Le second bonheur

  • Un prof: Est-ce qu'on pourrait nous fournir un lecteur optique pour corriger les examens à choix de réponses en français et dans d'autres matière comme on en a déjà eu avant?
  • Un adjoint: Ben... euh... Avec les nouvelles philosophies d'enseignement... Ben... euh... Il vous faudrait envisager d'enseigner autrement avec les nouveaux types d'élèves que vous allez avoir... Ben... euh...
Dans mon école, huit profs de quatrième et cinquième secondaire s'étaient entendus sur un enseignement uniforme de la grammaire avec une terminologie et des évaluations communes. On a testé ce concept pendant un an pour constater que les élèves accordaient plus d'importance aux connaisssances grammaticales, facilitant ainsi leur transfert lors de pratiques d'écriture. Le tout a dû être abandonné parce qu'une direction pro-réforme a fait disparaître le lecteur en question, pas compatible avec le nouveau système informatique, officiellement.

Bref, c'est le service de l'organisation scolaire et la direction qui déterminent parfois le genre d'évaluation que nous donnons en classe. Gros soutien aux enseignants quand ils exercent leur autonomie professionnelle... Gros respect du programme de formation qui laisse aux enseignants pourtant une marge de manoeuvre quant aux activités pédagogiques qu'ils souhaitent utiliser dans leur classe.

Un troisième bonheur

Surprise! il y en a un troisième. Vous ne vous y attendiez pas, hein? C'est justement pour cela que c'est une surprise.

Ce matin, mes élèves de troisième secondaire étaitent en examen de lecture. Deux d'entre eux, des lecteurs assidus avec qui je discute beaucoup, avaient un nouveau livre sur le coin de leur pupitre, livre dont le titre était Le vide. Comme le responsable de la bibliothèque avait à passer par là, je me suis assuré de mettre les bouquins bien en évidence. On ne sait jamais...

Je ne suis pour rien dans le choix de lecture de ces deux élèves et je les superviserai avec encore plus d'attention. Sauf que rien, pas même la bêtise de la réunion du matin, n'a pu m'enlever le sourire que j'arborais.

05 mars 2008

Parlons bibliothèque scolaire!

En cette belle journée de congé, parlons un peu d'un sujet qu'on survole habituellement dans les médias: nos belles bibliothèques scolaires. On en déplore l'état, on critique le nombre et la qualité des livres qu'on y retrouve, mais généralement on ne va pas plus loin dans l'analyse.

Je vous invite donc aujourd'hui à construire avec moi, avec vos opinions, vos anecdotes un petit portrait de cet aspect du monde scolaire. Socioconstructivons donc!

La bibliothèque scolaire, ça sert à quoi?

La question vous étonnera, mais je vous rappellerai que, dans un billet précédent, on a pu constater qu'à Montréal, il y a au moins une école secondaire qui a déjà fermé sa bibliothèque scolaire. Les livres ont été rangés dans des caisses sans possibilité que les étudiants y aien accès. Motifs invoqués: le virage technologique et le fait que toutes les informations du monde peuvent maintenant se trouver sur Internet. Comme si on pouvait lire des romans et des oeuvres littéraires récentes sur le Web!

De plus, je vous signale qu'il s'agissait d'une école située en milieu défavorisée. Je me questionne à savoir quoi a été utilisé le budget «livres» pendant tout ce temps.

De façon plus générale, si je me base sur mon expérience d'enseignant, essentiellement, la mission d'une bibliothèque va avec les valeurs de la direction d'une école. J'ai connu un directeur pour qui il s'agissait d'un poste budgétaire emmerdant. Il a réduit le personnel qui y était affecté, a coupé les heures de service et a fait tout en son possible pour que le budget qui y soit affecté puisse servir à d'autres fins. Par exemple, le budget d'une bibliothèque ne devrait pas servir à acheter des dictionnaires ou des séries de romans destinées à la lecture en classe de français. Dans l'esprit et peut-être même dans la loi, ces items devraient être payés à même le budget relié au matériel pédagogique, ce qui n'est pas toujours le cas.

Il a fallu deux ans de lutte au CE pour ramener les choses dans une plus juste proportion. Quoi qu'on en dise, un directeur a beaucoup de pouvoir dans un CE et les parents se font souvent emberlificoter par un dirigeant scolaire habile.

Les initiatives malheureuses

Nos gestionnaires prennent parfois des décisions douteuses quant aux livres dans une commission scolaire.

Qui ne se rappelle pas le projet «Lire en été» dont j'ai parlé dans un billet précédent? Les commissaires de la CSDM, dans un esprit de scoutisme jovialiste, avaient décidé de prêter un livre à chaque élève pour l'été. Immédiatement, des enseignants, comme le Prof malgré tout, avaient souligné les risques d'une telle initiative. Le programme avait été mal géré et bien des livres n'ont pas été retournés en septembre. On parle ici d'une perte de perte de 360 000$ pour un budget de plus d'un million. Pas fort... On en achète des livres avec 360 000$.

On brise aussi des formules gagnantes comme nous l'a raconté Lia pour l'école Évangéline à Montréal. Cette école avait une entente avec la ville de Montréal. Elle lui louait des locaux, mais pouvait utiliser les services (2 bibliothécaires, 2 techniciens et plusieurs commis) et avoir accès aux 50 000 livres de la bibliothèque municipale de quartier. Mais afin de récupérer des classes, cette entente n'a pas été reconduite. Il semblerait que cette école n'a plus de bibliothèque actuellement.

On gagnerait à privilégier des partenariats semblables comme il en existe dans le pays de Safwan et dans ma région.

Le personnel

En plus de représenter un poste budgétaire, une bibliothéque scolaire, c'est aussi du personnel à embaucher et à gérer. Là encore, certaines pratiques administratives peuvent être questionnées.

Afin de sauver des sous, une direction d'école évite d'embaucher une véritable bibliothécaire. Elle ira plutôt vers une technicienne ou une agente de bureau. Et cela, c'est bien sûr quand elle embauche quelqu'un!

En saignant nous racontait le cas de son école primaire située en milieu défavorisé ou ce sont les profs et les élèves qui s'occupent de tout, avec les risques et les inconvénients que cela comporte. Les livres sont mal rangés, le système inofrmatique de prêt plante... Bref, la bibliothèque devient un lieu à ne plus fréquenter.

Il arrive souvent que le personnel d'une bibliothèque scolaire soit peu qualifié et le taux de roulement des employés y soit assez important comme un interlocuteur le soulignait dans un commentaire : « Ça a juste pas de bon sens. Deux jours dans une école, une journée dans une autre, une autre journée dans une autre, revient dans la première... t'as pas le temps de faire ta job, t'as pas le temps de répondre aux profs, tu fais tout à moitié, en vitesse, parce que tu manques de temps... c'est l'enfer. »


Ce manque de stabilité et de formation peut donc nuire au fonctionnement de celle-ci et entrâîner, on le verra, des coûts importants.

Puisqu'on parle de personnel, on peut rappeler que le plan Ouellon de la ministre Courchesne propose l'embauche de 150 nouvelles bibliothécaires. Avec les 150 déjà en place, on parle d'une spécialiste pour 10 écoles. Mais l'embauche de ces spécialistes universitaires est-elle nécessaire? Dans un commentaire, Bobbi, qui a des connaissances sur le sujet, estime qu'ils sont surqualifées.

«Les bibliothécaires, ceux qui ont une maîtrise, ne sont pas utiles dans les biblio du primaire et du secondaire. Leur utilité se concrétise dans les biblio du collégial et universitaires. Au primaire, un ou une technicien(ne) en documentation serait important(e). Cette personne peut guider et les enfants et les profs dans leurs choix de livres, que ce soit pour une recherche, que ce soit sur un thème particulier etc. Au secondaire, le (la) technicien(ne) en documentation verra à l'amélioration de la collection de la bibliothèque déjà existante, verra à aider les profs dans leurs recherches, verra à aider les élèves dans leurs choix de livres. Le (la)technicien(ne) en documentation est beaucoup plus près de l'utilisateur que le (la) ...thécaire. À l'université on apprends aux futur(e)s ...thécaires à faire de la gestion de personnel, de la gestion de collections, de la référence ..., de la gestion .... On ne leur apprend pas à aider la base à mieux s'informer, la base étant la clientèle scolaire du primaire et du secondaire, profs inclus.»

Les critères guidant les achats

Avec un personnel inexistant, constamment en roulement ou peu formé, qui procèdent aux achats des livres et quels sont les critères qui les guident, le cas échéant?

Quand ce ne sont pas les techniciens ou les bibliothécaire, l'achat des livres relève de la direction de l'école. On pourrait estimer qu'elle est moins apte à le faire qu'un spécialiste mais, comme à mon école, le technicien a effectivement mis à l'index de son propre chef deux oeuvres de Patrick Senécal, je m'interroge...

En fait, aucun critère ne guide les achats des livres d'une bibliothèque scolaire. Comme le souligne un commentaire à propos d'une ancienne technicienne qu'elle avait été appelée à remplacer: «Elle avait dépensé son budget dans les Coups de coeur de Renaud-Bray. Ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi, mais j'aurais préféré un peu plus de... jugement?»

Quand vient le temps d'acheter des livres, on peut bien sûr faire appel à l'avis des enseignants ou à une libraire spécialisée. Mais laissez-moi vous raconter l'anecdote suivante. une source plus que sûre m'a rapporté qu'directeur achetait continuellement des livres avant les vacances de Noêl et de l'été. Il s'agissait de romans policiers et d'ouvrages destinés tout d'abord à son usage personnel et à celui de ses proches. Charité bien ordonnée...

Enfin, un dernier point quant aux achats: de nombreuses bibliothèques achètent encore des ouvrages de référence inutilement. Bien des informations qu'ils renferment sont effectivement disponibles sur Internet. Elles devraient plutôt privilégier les oeuvres littéraires et les livresdont le contenu ne se trouve pas sur le Net. Il faut aussi savoir que certains budgets reliés à la réforme permettent l'achat d'atlas et de manuels de références. Afin de ne pas perdre ces argents, on les dépenserait donc parfois uniquement pour ne pas les perdre.

En conclusion, après toutes ces informations, je vous indique qu'après six mois, je viens enfin de mettre la main - par hasard - sur un meuble qui me permettra d'aller de l'avant avec mon projet de bibliothèque de classe. Six mois et par hasard pour un projet dont je fournis les livres... Gagez qu'on y retrouvera toutes les oeuvres de Patrick Senécal!

26 février 2008

De l'éducation préventive?

On a un tout nouveau bibliothécaire-technicien-responsable-queuque-chose-du-genre-là à la bibliothèque de mon école secondaire.

Un de ses premiers gestes a été de retirer des tablettes deux oeuvres de Patrick Senécal: Le vide et Aliss. Celles-ci avaient été achetées par la bibliothécaire-technicien-responsable-queuque-chose-du-genre-là précédente. Un égarement, sans doute. Heureusement qu'elle est partie à la retraite, sinon quels dommages pyschologiques elle aurait pu causer chez les tout-petits à qui on enseigne!

Aucune explication n'a évidemment été donnée pour expliquer ce geste puisque le tout s'est fait sans qu'on n'en soit informé. Je l'ai plutôt su par une enseignante au secteur des adultes, secteur qui a hérité des volumes maudits et qui accueille pourtant des élèves de l'âge des miens. Le plus ironique est que Patrick Senécal donnait justement une conférence aux élèves de ce secteur la semaine dernière et qu'il a même autographié les ouvrages honnis!

On présume que le contenu dépravé et pervers de ces oeuvres ne convenait pas à des lecteurs du secondaire ou qu'il pourrait leur donner des idées suicidaires. Pourquoi accompagner les élèves et les guider dans leurs lectures quand on peut simplement restreindre les romans qu'on leur offre? Pourquoi les éduquer quand on peut les maintenir dans une ignorance littéraire? Le monde te fait peur? Ferme fort les yeux, mon tout petit!

Dans la même veine, qu'attend-on pour retirer des tablettes de la bibliothèque de mon école les livres suivants?

Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas à me les transmettre. Youppie! On se croirait de retour au bon vieux temps de la mise à l'index! Farenheit 451, nous voici!

Il ne manque plus que le petit frère du nouveau bibliothécaire-technicien-responsable-queuque-chose-du-genre-là soit embauché aux ressources informatiques de ma CS. Fini l'accès à YouTube et à toutes ces cochonneries qu'on trouve sur le Net! Quand je pense qu'on peut prendre connaissance du site du Parti marxiste-léniniste du Canada à partir d'un ordi de mon école, il est grand temps que quelqu'un mette ses culottes et interdise tout cela. Protégeons nos jeunes!

Oh! en passant, ma bibliothèque de classe renferme tous ces titres dangereux pour notre saine jeunesse. Je sens que je vais faire un petit Hervé Jodoin de moi d'ici la fin de l'année.

21 février 2008

Des nouvelles masquées

À la veille de la semaine de relâche, j'en profite un peu pour donner quelques nouvelles de mon monde. Certaines sont scolaires, d'autres plus personnelles.

Ma bibliothèque de classe

Comment tuer une idée permettant de faire lire davantage des élèves? En n'appuyant pas les initiatives des enseignants. L'exemple de ma bibliothèque de classe illustre bien à quel point certains gestionnaires de l'éducation gestionnent et ne manquent des occasions de donner un coup de pouce aux initiatives significatives.

Résumons. Au début de l'année, je commence à prêter des livres aux élèves de mes classes. Je les range dans mon armoire à dictionnaires, un vieux truc en métal tout rouillé et pas du tout invitant. Comme j'ai quelques jeunes assez curieux, je réussis à leur faire lire du Orwell, du Baillargeon, du Carroll, du Sénécal, du Pelletier, du Werber, du Zemiatine... et ils en redemandent! Sauf que l'emballage manque d'attrait et de fini.

C'est dommage, mais il est plus facile d'attraper des mouches avec du miel qu'avec du vinaigre. Alors, je fais la demande à ma direction si elle peut trouver une bibliothèque vitrée dont on peut barrer les portes quand je ne suis pas là. Elle me répond que mon projet est intéressant et qu'elle tentera de satisfaire ma demande.

Le temps passe et j'accumule les livres dans des boites de carton en attendant d'avoir un meuble ou les ranger. Le temps passe et rien ne se passe. Rien ne se passe sauf le temps. Je ne refile plus maintenant mes bouquins qu'à quatre ou cinq élèves alors qu'en début d'année, l'intérêt était plus grand.

Il y a quelques semaines, j'ai renouvelé ma demande en parlant dans le vide. Dans le vide sidéral du gestionnaire qui punche comme un employé syndiqué dans une shop de saucisses.

Hier, au hasard de mes promenades dans ma grande école, devinez quelle vision s'offre à mon regard d'épieur professionnel? Celle d'une bibliothèque aux portes vitrées qui traîne dans le fond d'un local administratif. Vide. Vide comme l'espace qu'on retrouve dans la tête de certains gestionnaires. Couverte de poussière. Inutile. Tout aussi inutile que mon projet de bibliothèque de classe, je le comprends maintenant.

Bordel d'inefficacité organisationnelle!

Un de moins en classe

La semaine dernière, nous étions un de moins en classe. Et ce n'était pas un de mes élèves qui était absent.

Vous vous souvenez de Maude, cette élève qui était venue me demander son aide parce qu'elle était tombée enceinte? Elle s'est fait avorter. Solide, battante. Avec une formidable capacité à amener les gens à la surestimer...

Je me suis informé sans m'imposer. La travailleuse sociale suivait le dossier, le père de l'enfant l'a accompagnée. Je me suis informé sans insister. La délicatesse me demandait de la laisser faire les premiers pas tout en montrant que j'étais là pour elle.

Ses parents ont appris la nouvelle quelques jours avant l'avortement. Après quelques instants de déception et de colère, ils ont compris les craintes de leur fille et ils l'ont épaulée. Imaginez vivre une pareille épreuve sans pouvoir partager avec sa mère et son père.

Maude prend du mieux. Comme il s'agit d'une élève très faible en français, je la couve, je la réconforte et je la guide pour qu'elle puisse réussir son année. Solide. Battante. Travaillante.

Elle a le meilleur prof du monde. Celui qui fera tout pour qu'elle puisse réussir. Elle le mérite. Comme tous mes élèves, d'ailleurs.
Prof masqué au concert

Hier soir, Prof masqué était au concert des Glorieux de l'Orchestre symphonique de Montréal. Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais à Prof malgré tout. Et en écrivant ce billet, je comprends pourquoi. Je parle musique classique pour une rare fois sur ce blogue!

Trois oeuvres étaient au programme, mais la foule n'en avait que pour la dernière au programme: Les Glorieux de François Dompierre. Les musiciens de l'OSM aussi, il faut croire, puisque l'interprétation des deux premières oeuvres étaient plutôt décevantes, surtout dans le cas de Satie que j'apprécie grandement.

La soirée a véritablement pris son envol avec ce récit symphonique et la présence de certaines des légendes du Canadien de Montréal. Des musiciens qui font la vague, Kent Nagano qui dirige ses musiciens avec la Sainte Flanelle sur le dos: l'atmosphère était sympathique et bon enfant. Quand deux institutions montréalaises s'unissent pour célébrer un événement important, on ne peut que se réjouir.

J'ai assisté au concert avec mon chandail blanc du Canadien. Blanc, comme le veut la tradition, parce que nous étions à Montréal.

Ein Heldenleben opus 40 (Une vie de héros) de Richard Strauss
Sports et divertissements d'Érik Satie
Les Glorieux de François Dompierre

Relation paternelle dans la tourmente

Je devais assister à ce concert avec Fille masquée, mais rien ne va plus depuis deux semaines. Quand une relation avec sa fille est viciée par une mère possessive et centrée sur elle-même, il ne reste pas toujours beaucoup de place pour un père qui a dû toujours faire des compromis au risque de perdre sa propre crédibilité aux yeux de son enfant.

Sauf que Père masqué a décidé de cesser de faire des compromis et que sa fille ne comprend pas pourquoi, ne comprend pas cette attitude nouvelle, ne comprend pas pourquoi son père préfère ne pas la voir que de se faire engueuler par une mère qui ne songe qu'à sa personne.

Et puis, Fille masquée, si elle a les défauts de son père, a aussi ceux de sa mère. Incapable de souplesse. Douée pour se mentir à elle-même.
On oublie l'idée d'aller au hockey ensemble. J'irai avec le beau-père. Il saura apprécier.

Je ne peux ni ne veux tout expliquer. Mais j'ai le coeur triste, vide et inutile. Je pense aller le poser dans une bibliothèque que je connais.

04 janvier 2008

Une histoire d'horreur

Tiens, ce soir, on m'a raconté une drôle d'histoire d'horreur. Je la crois vraie, même si je n'ai pas encore tout vérifié.

Il y a dix ans, un directeur d'une école secondaire montréalaise qui ne jurait que par le progrès et l'informatique a fermé la bibliothèque de l'établissement dont il avait la responsabilité. Fermé. Y'en n' a pu! Disparue! Il a tout transformé en labo informatique. À quoi bon le papier quand Internet existe et permet d'avoir accès à une multitude d'informations.

Tous les livres ont été mis en boîte et dormaient depuis dix ans dans un obscur sous-sol. Pourquoi «dormaient dix ans»? Parce que le directeur en question a été remplacé par un nouveau. Et parmi les décisions que ce dernier a prises, on retrouve celle de réouvrir la bibliothèque, avec des livres.

Cette histoire me laisse sans voix et sans mot. Et vous?

01 décembre 2007

La lecture, la réforme et les parents! (la suite)

Le dernier commentaire d'Une femme libre quant à mon billet sur le texte de Mme Collard m’amène à certaines réflexions. Je préfère en faire l’objet d’un billet particulier parce que cet échange est stimulant et parce que je ne veux pas qu’il se perde dans la masse des commentaires en suivi à un autre commentaire. Mais retranscrivons ici les propos de celle-ci pour faciliter la compréhension de cet échange.

Une femme libre :

C'est dans la petite enfance que se développerait le goût de la lecture et les habiletés nécessaires pour apprendre à lire. En ce sens, ce que le parent peut faire de mieux et de plus utile est de lire à son enfant. La fameuse histoire qui est intégrée à l'heure du coucher est un moment affectif fort qui associe lecture à plaisir dans l'inconscient de l'enfant.


Les garderies devraient intégrer quotidiennement l'heure du conte à leur horaire, avoir un coin bibliothèque fourni et qui change aussi! Quand il n'y a que dix livres et toujours les mêmes depuis cinq ans dans l'étagère de livres du local, on ne va pas très loin avec ça!

Le problème est complexe et il n'y a pas qu'un coupable et est-il vraiment nécessaire de trouver un coupable plutôt que de chercher des solutions. On assiste ici à une espèce de procès des parents, qui seraient, avec la réforme, responsables de tous les maux de la société et du nivellement par le bas. La réalité, c'est que la grosse majoprité des parents les aiment leurs enfants et essaient de faire de leur mieux, avec ce qu'ils sont, ce qu'ils ont et ce qu'ils peuvent, pour assurer leur bien-être et leur développement.

Effectivement, tout comme vous, je crois que l'enfance est la période privilégiée de plusieurs apprentissages et certains parents jouent très bien leur rôle à cet égard. Comme vous le mentionnez, l'histoire lue avant le dodo en est un bon exemple.

Si vous me relisez, vous verrez cependant que je parle de «certains parents», «des parents» et non pas de «les parents». Madame Collard n'a d'ailleurs pas ce sens des nuances quand elle parle des enseignants.

Cette dernière demande que l'école ne donne plus de devoir pour permettre à des parents de vivre des activités signifiantes et enrichissantes avec leur jeune, activités qui compenseraient les devoirs enfin disparus. Mais combien de parents le feraient véritablement? Combien de jeunes privera-t-on de ce «service essentiel» (pardonnez-moi ce petit clin d'oeil) pour satisfaire une poignée de revendicateurs?

Quand elle écrit : «Quant aux parents, qui n’ont pratiquement pas vu leur enfant de la journée, ils n’ont souvent qu’une envie : passer du bon temps en famille (les caractères gras sont de moi)», je sourcille et demeure perplexe. Certains parents peut-être, mais combien?

De plus, madame Collard affirme que «Des recherches démontrent que l’enfant qui performe bien à l’école ne retirera pas grand-chose de la période de devoirs.» De quelles recherches parlent-elles? Pour sa gouverne, je peux en trouver quelques-unes qui prouvent exactement le contraire.

Elle ajoute par la suite; «Celui qui éprouve des difficultés, qui évolue dans un milieu défavorisé, ou dont les parents ne sont pas en mesure de l’aider risque pour sa part de ne pas faire ses devoirs ou alors de mal les faire.» Alors, pourquoi en donner s’ils sont inutiles? Abolissons simplement les devoirs au lieu de se battre pour donner les ressources nécessaires aux élèves et aux parents en difficulté!

En finalité, et c’est là le caractère pernicieux de l’argumentaire de Mme Collard tel qu’on peut le lire dans La Presse: que ceux réussissent puissent avoir du temps libre et que ceux qui échouent…continuent d’échouer. Je ne suis pas certain qu’elle ait réalisé la portée de son propos, en passant. Elle est habituellement beaucoup plus sensible à certaines problématiques.

Une femme libre, je ne fais pas le procès des parents en général, croyez-moi. J'en connais d'excellents. J'en connais aussi de très mauvais aussi. Seulement, je ne peux rester de marbre devant les propos généralisateurs de Mme Collard. Son texte est empreint d'angélisme et brosse un portrait idyllique des parents. On est complètement hors réalité. Celle que je vis au quotidien dans ma classe.

L’école et les parents doivent se soutenir, quant à moi, dans l’éducation de nos jeunes. L'enseignant est un prolongement du parent et vice-versa. Je remarque cependant que, depuis des années, on remet beaucoup en question l'école, les enseignants, mais rarement les parents. Or, plusieurs des difficultés vécues à l’école ont pour origine le milieu familial de l’élève.

Prenons un cas extrême : si un jeune ne mange pas à sa faim à la maison et qu’il ne peut réussir un examen à l’école, il y a un problème, problème dont le parent n’est peut-être pas responsable, mais dont il est nécessairement une partie de la solution.

Dans un cas moins sensible, quand un père fume un joint avec son fils, il devrait être poursuivi en cour au même titre qu'un parent abuseur. Sauf que les parents sont des payeurs de taxes, sont ceux qui paient nos salaires. Et qui plus est, ils sont aussi des électeurs, ceux qui élisent le ministre de l'Éducation, par exemple. Alors, on se tait.

Oui, l’école a ses torts. Je m’insurge depuis des années pour que l’école donne le meilleur d’elle-même à nos enfants, pour que nos bibliothèques scolaires aient autre chose que de la poussière sur leurs rayons, pour que les incompétents soient invités à se perfectionner ou à se réorienter.

Or, ce dont parle véritablement Mme Collard à travers sa chronique, c’est d’une nouvelle conciliation école-famille. Elle demande de redéfinir ce partenariat qui, quant à moi, ne vaut déjà plus grand-chose. Trop de parents ne jouent plus leur véritable rôle, trop de parents n’appuient plus activement l’école dans l’éducation de leur enfant. Demander d’abolir les devoirs, c’est d’accepter que la situation continue à se dégrader.

Vous écrivez : «La réalité, c'est que la grosse majorité des parents les aiment leurs enfants et essaient de faire de leur mieux, avec ce qu'ils sont, ce qu'ils ont et ce qu'ils peuvent, pour assurer leur bien-être et leur développement.»

Je vous crois. Mais avoir un enfant est une responsabilité importante et on doit faire davantage qu’«essayer». Au Québec, ce mot se traduit par trop souvent par «J’ai fait un effort et ça ne marche pas.» Au Québec, ce mot est l’excuse parfaite pour s’asseoir sur ses deux mains. Au Québec, «essayer» est souvent devenu le contraire de «réussir».

Si on demandait à un parent de renoncer à tous ses avantages pour voir ses enfants réussir (la grosse, maison, les deux voitures, les appareils électroniques, la piscine, etc.), certains y penseraient à deux fois. Voilà une partie du problème de nos jeunes. Et il n’est pas toujours bon de l’écrire tout comme il n'est pas toujours bon de rappeler certains parents à leur... devoir.

Une femme libre, un dernier mot en passant. Comme tous les intervenants sur ce blogue, j’apprécie vos commentaires et le fait que vous nous fassiez part de votre point de vue. Chacune de vos visites m’enrichissent et me permettent de développer ma pensée à l’égard du monde de l’éducation. J’apprends à moins juger, à nuancer davantage mes positions. Cela fait de moi un pédagogue plus complet et plus humain. C’est d’ailleurs un des bienfaits d’un blogue comme je souhaite que le mien soit: permettre d’apprendre sur soi et sur les autres. En ce sens, je vous remercie de vos interventions ici (et cela vaut également pour tous ceux qui participent à cette belle folie masquée).

30 novembre 2007

La lecture, la réforme et les parents!

Une étude du Centre international pour l’évaluation des apprentissages scolaires (CIEAS) montrerait que les élèves québécois de la réforme liraient moins bien (ici et ici). En fait, ils seraient bon derniers au Canada. Au niveau international, le Québec arriverait en milieu de peloton avec 533 points. Avec 3748 élèves provenant de 185 écoles, on ne peut pas dire que l'échantillon était trop petit ou peu représentatif.

Sauf qu'il ne faut pas déchirer sa chemise non plus quand on réalise qu'il s'agit d'une baisse de... quatre points. Pour une fois, je suis d'accord avec l'attitude du MELS qui ne s'en fait pas outre mesure. Les résultats du Québec ne semblent pas indiquer une tendance lourde.

N'empêche que ces résulats vont amener de l'eau au moulin de ceux qui croient que la réforme nuit aux jeunes. Ainsi, deux chercheurs cités dans l'article attribuent cette baisse au Renouveau pédagogique.

Mais là ou cette étude est intéressante, c'est lorsqu'elle montre le peu d'intérêt des Québécois pour la lecture.

  • Dans un sondage accompagnant cette recherche, 85 % des parents de la Nouvelle-Écosse ont répondu avoir sensibilisé leur enfant à la lecture avant la maternelle contre seulement 64 % des parents québécois.
  • 39 % des jeunes albertains possèdent plus de 100 livres à la maison, seulement 17 % des Québécois sont dans la même situation.
  • En Colombie-Britannique, 53 % des enfants lisent pour le plaisir presque tous les jours. Au Québec, seulement 47 % le font.
  • Seulement 38 % des parents québécois lisent plus de cinq heures par semaine alors que ceux de Colombie-Britannique sont 49 % à le faire.
  • Dans la province, 91 % des écoles ont une bibliothèque scolaire contre 100 % des écoles albertaines.
  • 20 % des enseignants québécois donnent plus de six heures de cours de lecture chaque semaine contre 45 % en Nouvelle-Écosse.

«Au Québec, on a un problème de priorité. Tous milieux confondus, le niveau de lecture des familles québécoises est bas. Les parents ne sont plus des modèles pour leurs enfants», affirme Jean-Paul Martinez, président du groupe de recherche LIRE.

Si l'école peut se livrer à un certain mea culpa, j'espère que Mme Collard lira cet article avec intérêt et constatera le peu d'importance que certains parents québécois donnent à la lecture dans l'éducation de leur enfant. Avant de réclamer des congés de devoir, il faudrait peut-être tout d'abord s'assurer de jouer son rôle de parent pleinement.

Mais, au fond, et je ne me ferai pas d'ami ici, l'éducation n'est pas une valeur importante au Québec si on effectue des comparaisons au niveau canadien. Un sondage dont je ne retrouve pas la trace ce matin confirmait d'ailleurs ce fait. Qu'on cesse donc de se mentir et de croire à des chimères déculpabilisantes.