05 février 2008

Réjean et Pauline: les arroseurs... arrosés! (modifié)

Il s'en est passé des choses depuis la sortie de Bernard Landry et ses amis. Je n'en retiendrai que quelques-unes...

Arroseur par anticipation

Tout d'abord, il y a Réjean Parent, président de la CSQ qui trouve le discours de Mario Dumont sur la réforme bien simpliste quand il affirme qu'il «faut ramener la rigueur et la discipline dans les écoles. La prévention a ses effets mais il faut passer à une autre étape, il faut faire preuve de plus de fermeté.»

«Comme si les écoles étaient des bordels, comme si c'était la foire partout, comme si le monde ne se retrouvait plus, comme s'il n'y avait pas de rigueur, comme s'il n'y avait pas de discipline, que c'était le laisser-faire et le laisser-aller. Il est peut-être resté avec une photo imprimée des années 1970. Mais l'école, elle a évolué!», affirme M. Parent, qui mentionne les écoles ont adopté des codes de conduite, des règles de vie et des projets éducatifs.

Je ne dis pas que M. Dumont n'a pas beurré un peu épais (on a l'habitude!), mais j'ai bien hâte de voir M. Parent affirmer un peu le contraire de ce qu'il vient de mentionner quand la ministre Courchesne rendra public son plan sur la violence à l'école. Tout à coup, les enseignants seront victimes de mauvais traitements, d'insultes, d'intimidations...


L'aversion de M. Parent à l'égard de Mario Dumont ne devrait pas le pousser à émettre des commentaires qui pourraient se retourner contre lui par la suite. Si j'étais Mme Courchesne, j'en aurais pris bonne note.

Un dernier point: les codes, les règles, les projets ne valent que le papier sur lesquels ils sont imprimés quand il n'y a pas de volonté de les appliquer dans le milieu.

Mme Marois impose sa loi...

Dans un premier temps, Mme Marois a exprimé son exaspération devant les propos des beaux-pères Landry, Facal, Lisée et Rebello sur la réforme. «Vous êtes tannés moi aussi je suis tannée!» a-t-elle indiqué, promettant désormais de ne plus commenter les idées de péquistes qui ont choisi de s'exprimer «ailleurs que dans les instances du parti. Je vous encourage à dénoncer cette façon de faire, pas à travers les médias, mais à travers nos instances, comme des militants exemplaires.»

Or, à ce que je sache, cette dernière ne s'était pas privé d'intervenir dans les médias sous le règne d'André Boisclair. Pis encore, il est étrange que la chef du PQ ne trouve rien à redire sur les déclarations de Jacques Parizeau sur la Caisse de dépôt et placement qu'il a émis la veille de la déclaration de M. Landry. Deux poids, deux mesures? Une vieille chicane pas réglée avec Bernard ou une volonté nette qu'on ne dénigre pas son ancien rôle de ministre de l'Éducation? Les deux en même temps?

Quoi qu'il en soit, Pauline a ramené dans l'actualité cette phrase de Maurice Duplessis à l'adresse d'un de ses ministres: «Toé, tais-toé!» Il est regrettable de constater que la première intervention politique proposant un arrêt de la réforme soit accueillie de façon aussi rude. Le titre du texte de Michel David publié dans Le Devoir résume à lui seul ce paradoxe politique: «Débattre en silence».

En même temps, ce genre de réaction ne me surprend pas. Avec le déni et le mépris, c'est celle à laquelle j'ai eu droit quand je critiquais le Renouveau pédagogique auprès des directions de mon école.

Mme Marois impose sa loi... sans réussir à la faire respecter

Mais ce que Pauline veut n'a pas force de loi.

Le jour même, les beaux-pères du PQ indiquaient ne pas se sentir mal à l'aise de participer à un débat public à l'extérieur de leur parti. Ainsi, Joseph Facal affirmait: «Moi, je ne suis élu nulle part Je suis redevenu un citoyen qui a le droit de s'exprimer, d'autant plus que je suis aussi parent.»

Même réaction du côté de Bernard Landry: «Mme Marois a raison de faire un appel à l’unité du parti, mais dans une société libre, on ne peut pas demander à des professeurs d’université comme moi, Joseph Facal ou Jean-François Lisée de se taire parce qu’on est en plus membres d’un parti politique. Quelle société au monde demande à ses professeurs d’université de se taire sur des sujets importants?»

Là ou l'on rigole encore plus, c'est quand Mme Marois ne trouve rien à redire des jeunes péquistes qui organisent une conférence de presse pour appuyer la réforme: «On confirme l'autorité de Mme Marois», dit sans rire Sébastien Lemire, président du comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ). Ai-je mal compris, mais cette dernière ne voulait-elle pas que les débats se tiennent à l'interne? Deux poids, deux mesures?

Par ailleurs, la position du CNJPQ quant au débat sur la réforme n'a rien à envier à Mario Dumont en matière de simplisme. Par exemple:
  • La réforme serait victime d'une campagne de «désinformation» qui crée de l'insécurité et qui démotive les enseignants. Étrange? Ce sont justement certains enseignant et parents qui proposent un arrêt de la réforme.
  • «Il faut simplifier le jargon de la réforme pour avoir une meilleure compréhension de celle-ci.» Encore simplifier? On ne l'avait pas déjà fait avec le bulletin et la réécriture de certains programmes?
  • Les membres du CNJPQ ont adopté une proposition demandant plus de ressources financières pour accompagner les élèves et les enseignants dans l'application de la réforme. Ces derniers soulignent qu'il manque d'employés professionnels, tels des orthopédagogues, des psychologues et des psychoéducateurs. «Il faut plus de services et plus de soutien aux élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage», explique M. Lemire. Devinez quel parti politique a effectué les coupures les plus radicales dans le monde de l'éducation depuis 20 ans? Le PQ. Étrange comme les jeunes n'ont pas de culture politique.
Mme Marois impose sa loi... sans la respecter elle-même!

Plus désespérant, Mme Marois confiait au Devoir ce matin qu'elle voulait des élèves vraiment bilingues et mettait sur le compte de l'insuffisance de l'enseignement de l'anglais dans les écoles publiques le fait qu'il y ait autant de jeunes qui s'inscrivent par la suite dans des cégeps anglophones.

Mais Mme Marois va plus loin encore selon Le Devoir: «Aux élèves qui ont fréquenté le réseau anglophone -- et qui ont souvent une connaissance du français bien supérieure à celle de l'anglais chez les élèves francophones, a-t-elle reconnu --, Mme Marois veut imposer un nouveau test. Elle propose que, pour obtenir leur diplôme de cégep, les étudiants anglophones réussissent un examen démontrant qu'ils ont «une connaissance parfaite du français».

Tant qu'à s'interroger, la chef du PQ pourrait aussi constater que de plus en plus de parents inscrivent leur enfant dans une école primaire ou secondaire privée parce qu'ils estiment que l'école publique est moins en mesure de bien éduquer celui-ci. Ou encore que la qualité de la langue maternelle de nos élèves ne se portent pas mieux qu'il y a 10 ans alors qu'on disait déjà qu'elle était lamentable?

Enfin, je m'en voudrais de ne pas citer à nouveau les propos du président du Comité national des jeunes péquistes publiés dans La Presse : Les débats doivent avoir lieu dans les instances officielles du parti, plaide aussi Sébastien Lemire. «Ce qui est curieux avec M. Landry, c'est qu'il fait exactement ce qu'il dénonçait quand il était chef», souligne-t-il.

Et votre chef actuel, M. Lemire? Vous la trouvez cohérente?
Ce matin, madame Marois en rajoute dans le Journal de Montréal.
«Hier, Mme Marois a précisé au Journal de Montréal qu'un gouvernement du PQ éliminerait l'heure hebdomadaire d'enseignement de l'anglais entre la 1re et la 4e année du primaire, une mesure implantée par les libéraux, pour se concentrer sur le français, langue maternelle. Mais à compter de la 5e année du primaire et jusqu'à la fin du secondaire, le PQ intensifierait l'apprentissage de l'anglais. Pour intensifier l'apprentissage de l'anglais chez les jeunes, Pauline Marois voudrait que certains cours, l'histoire ou la géographie par exemple, se donnent en anglais dès la 5e année du primaire. »
Est-ce moi ou le politique intervient dans le pédagogique (comme d'habitude)?

01 février 2008

Parlons réforme (billet plate à ne pas lire)

Dans tout ce débat inutile qui agite l'opinion publique ces temps-ci (je vous l'ai dit: la ministre Courchesne a déjà fait son choix), on interroge peu les jeunes à qui l'on enseigne.

Cette année, et ne me demandez ni comment ni pourquoi, mais j'ai l'opportunité d'avoir dans ma tâche un groupe d'élèves qui a vécu la réforme et qui vit maintenant l'ancien programme de formation. Alors, pourquoi ne pas les consulter, les interroger sur les deux mondes qu'ils ont connus?

Je vous invite donc à me faire parvenir vos questions d'ici lundi matin (8h00). Selon le nombre de questions que je recevrai, je devrai peut-être faire un tri, autant vous en avertir.

Question de vous guider un peu dans vos réflexions, cette démarche s'inscrit dans un contexte d'une séquence d'apprentissage. Elle n'est donc pas gratuite ou frivole. Je peux également vous indiquer qu'il s'agit d'un groupe de troisème secondaire performant qui a connu officiellement la réforme depuis la première année du primaire jusqu'à la deuxième année du secondaire. On y retrouve un nombre à peu près égal de garçons et de filles.

Et voilà!

PS: La façon dont vous avez interprété l'illustration accompagnant ce billet est très révélatrice soit de votre conception de l'éducation soit de celle que vous croyez j'ai...

31 janvier 2008

La réforme et la politique (la suite)

Que va-t-il se passer après le coup d'éclat de MM Landry et compagnie? Si je faisais de la futurologie politique hier, on peut constater que, ce matin, les choses se mettent en place un peu comme je le sentais dans mon billet précédent.

Tout d'abord, je doute que la manifestation de la coalition Stoppons la réforme et la sortie de Landry et compagnie ajoute quoi que ce soir au débat sur la réforme.

Nous avons droit ce matin à une belle chicane inutile entre MM Arcand et Landry (lire aussi ce texte de Patrick Lagacé). On peut reprocher à M. Arcand son style baveux, mas il n'en demeure pas moins que l'ex-premier-ministre du Québec n'a pas répondu aux questions concernant sa responsabilité quant à la situation actuelle en éducation.

Bien sûr, il est facile aujourd'hui à ces anciens politiciens de parler de détournement pédagogique, mais que font-ils de leur responsabilité ministérielle, de leur responsabilité personnelle? N'interviennent-ils pas un peu tard? Et depuis 10 ans, ou était-il au fait? Lisait-il les journaux?

Chaque parti a ses torts, on était de bonne foi, il faut regarder en avant... Voilà grosso modo les mots qui résument les pirouettes de M. Landry aux questions de M. Arcand. À cet égard, j'aime cent fois mieux la déclaration de la ministre Boulay, par exemple, qui a reconnu que c'était une erreur de la part de son gouvernement d'avoir remis la gestion des ponts aux municipalités. Quand quelqu'un admet simplement ses torts ou constate qu'une situation est problématique, on est davantage près d'être en mode solution.

Elle (la ministre Courchesne) gardera un profil bas et poursuivra son travail.

Dans Le Devoir de ce matin, on peut lire : «Réforme de l'éducation - Courchesne annonce une révision complète des programmes.» Tiens, tiens... Suis-je étonné? Encore une fois, la façon dont la ministre répondra au rapport Ouellon sera un bon indicateur de sa loigne de pensée.

De façon plus générale, les libéraux prendront un vilain plaisir à lui rappeler son passage au MELS. De son côté, elle leur soulignera qu'ils n'ont rien fait depuis les années qu'ils sont au pouvoir.

Toujours tiré du Devoir: «Une chef péquiste qui en attribue les ratés à ses successeurs libéraux, qui n'auraient pas su voir adéquatement à son implantation. Une ministre libérale qui relance la balle au gouvernement précédent, qui l'a implantée en pleine période de compressions budgétaires.»

À noter que j'ignore systématiquement l'ADQ dans ce billet pour la simple raison que j'estime qu'il ne jouit pas d'une grande crédibilté dans tous les débats entourant l'éducation et qu'au-delà des mots, sa position est d'un vide sidéral. Et vlan dans le néant!

Les proréformes continueront à penser que tout va bien et que les antiréformes sont des rétrogrades. Les antiréformes continueront à croire que tout va mal et que les proréformes sont des illuminés...

Là-dessus, vous avez le choix des sites à lire: les commentaires de Mme Louise Lafortune du RAEQ qui se plaint de son passage à l'émission Poirier en Direct, par exemple. Ou encore la lutte tout azimut de la FAE et de la Coalition Stoppons la réforme.

Le reste, c'est du divertissement, du triste divertissement de part et d'autre.

Qu'ajouter de plus sinon que la ministre Courchesne a son plan de match, on l'aura compris, et qu'elle ira de l'avant avec des idées qui ne plairont inévitablement ni à l'un ni à l'autre. Le monde de l'éducation est divisé et les traces de la crise qu'il traverse risque de demeurer longtemps.

Voilà le véritable gâchis auquel tous ont contribué de bonne foi et en ayant nos torts...

PS: Une partie de moi est en faveur de tendre la main, de faire des ponts. Sauf que ma boule de cristal verse dans l'absurde par moment...

Dans la logique des choses, les pro et les antiréformes vont se chicaner jusqu'à ce que la ministre Courchesne apporte ses corrections à la réforme De là, tout le monde va chiâler sur les idées de la ministre. Les opinions seront alors encore plus divisées que jamais et, si le PQ prend le pouvoir, on risque de repartir tout ce débat sur d'autres pistes.

Bref, je commence à être en faveur de la théorie qui voudrait qu'on enferme tous ceux que cette situation concerne dans une grande pièce, sans eau sans nourriture et sans toilette, et qu'ils y demeurent jusqu'à ce qu'un concensus en émerge. Et qui sait, pour les motiver davantage, on pourrait leur faire entendre ad nauseam cette chanson de Boris Vian.

30 janvier 2008

La réforme et la politique

Ça y est: la politique débarque à nouveau dans le débat sur la réforme. Bien sûr, il y avait eu les propos de la ministre Courchesne aux Francs-Tireurs. Aujourd'hui, ce sont ceux de MM Landry, Facal, Lisée et Rebello qui soulèvent toute une controverse. Quand le monde de l'éducation est divisé, il est inévitable que des politiciens s'en mêlent, pour le meilleur ET pour le pire.

La réforme : une affaire politique

Remarquez: la réforme a toujours été une affaire politique, dès les tout débuts de cette dernière. C'est seulement qu'avant, il n'y avait pas de politiciens pour la contester. Bien au contraire, chaque ministre qui se succédait au MELS en faisait l'éloge, la soutenait ou ne voulait pas y toucher. Souvent, celui-ci ignorait aussi ce qui se passait dans nos écoles. Du moins, c'est ma perception.

Bien sûr, il est facile aujourd'hui à ces anciens politiciens de parler de détournement pédagogique, mais que font-ils de leur responsabilité ministérielle, de leur responsabilité personnelle? N'interviennent-ils pas un peu tard? «On ne nous a jamais dit au conseil des ministres que cela voulait dire la disparition des moyennes de groupe, que ça signifiait le non-redoublement et la primauté des ‘compétences transversales’ des mots à peine compréhensibles», écrit Bernard Landry. Et depuis 10 ans, ou était-il au fait? Lisait-il les journaux?

Dans la même veine politique, la scission FAE-FSE est basée aussi sur des considérations pédagogiques et politiques. C'est notamment parce que ces deux entités syndicales ne s'entendaient pas sur la réforme qu'elles en sont venues à franchir un point de rupture. Sentant la tempête gronder parmi ses membres, la FSE, qui avait eu une attitude plutôt complaisante, est d'ailleurs devenue plus critique par la suite. Mais la FAE et la FSE sont toujours à couteaux tirés.

La réforme : un projet diviseur

Faut-il s'étonner de ces derniers développements? Pour ma part, non. Depuis des mois, chaque camp est figé dans ses positions et ce à quoi on assiste aujourd'hui devrait agrandir davantage le fossé qui sépare les pro et les antiréformes.

Déjà, une manifestation de la coalition Stoppons la réforme est prévue pour samedi prochain. Dans une école de Granby, des enseignants se sont vu menacer par leur direction de mesures disciplinaires s'ils n'enlevaient pas les affiches annonçant celle-ci.

Ce qui est remarquable, c'est que personne ne se regarde dans un miroir, personne ne se livre à son mea culpa.

Désolé, mais ceux qui ont implanté le Renouveau pédagogique ont fait un très mauvais travail. Au début de son implantation, ils ont fait table rase de tout ce qui existait auparavant. Ils ont été de mauvais pédagogues et de mauvais gestionnaires. Ils n'ont pas tenu compte des résistances de plusieurs enseignants. Ils n'ont pas tenu compte de leurs commentaires quand celui-ci connaissait des dérapages. Certains penseurs, universitaires et pédagogues auraient gagné à être plus vigilants à l'égard de ceux qui mettaient en oeuvre leurs idées.

Quand on propose un changement de cette envergure, on en porte la responsabilité et on ne peut toujours se défiler en jetant la faute sur les autres. Mais certains n'ont pas le sens de l'autocritique très développé et cherchent l'éternel coupable. Si la FAE n'existait pas, il leur aurait fallu l'inventer.

Certains proréformistes ont aussi manqué de sensibilité politique. Ainsi, Jean-Pierre Proulx, du RAEQ, écrit: « ... une portion significative et surtout organisée d’enseignantes et enseignants ont dit non à cette réforme. À mon avis, c’est, en général, pour de mauvaises raisons. Mais peu importe, ils ont dit non. Et en politique, il n’y a pas que la force des arguments. La force du nombre compte davantage.» Le problème est que ce «non» existe depuis longtemps et il aurait fallu en tenir compte au lieu de croire qu'il allait disparaître avec le temps ou plier l'échine sous le poids des contraintes.

À l'inverse, dans l'autre camp, il vient un temps ou il faut commencer à tendre la main, à faire des compromis. Proposer un moratoire est irréaliste et cette stratégie de jusqu'au-boutisme peut même s'avérer dangereux pour leurs propres convictions personnelles. En même temps, certains proréformes avaient le don de saborder la discussion en s'affirmant prêts à la discussion en autant qu'on ne remette pas grand chose en question.

Par ailleurs, il est encore faux d'affirmer que la réforme actuelle laisse beaucoup de liberté à certains enseignants. On a simplement changé qui portaient les chaînes, quant à moi. Rien de plus.

Ainsi, dans certains domaines, ceux-ci ont les poings et les pieds liés. S'il a fallu lutter pour faire admettre le principe qu'on pouvait utiliser diverses méthodes pédagogiques (et pas que la sacro-sainte pédagogie par projet), en évaluation, on a demandé aux enseignants de changer ce qu'ils doivent évaluer, comment ils doivent l'évaluer et comment ils doivent communiquer ce résultat. À cet égard, dire que la ditée est permise dans une classe n'est rien de plus qu'un joli hochet mignon.

De plus, contrairement à ce qui est véhiculé chez les proréformes, l'évaluation des compétences ne permet pas toujours d'évaluer les connaissances. En français, un domaine d'enseignement par compétence depuis des années, sans et avec la réforme, des élèves reçoivent un diplôme alors qu'ils peinent à écrire un texte convenable.

De même, la baisse des résultats des élèves dont parle M Facal est-il un effet de la transition entre deux programmes de formation? Juge-t-on trop vite des retombées de la réforme? Chose certaine, il est facile d'être critique à son égard quand on se rappelle à quel point on nous l'a vendue comme étant la huitième merveilleux du monde.

Et maintenant, que va-t-il se passer?

Tout d'abord, je doute que la manifestation de la coalition Stoppons la réforme et la sortie de Landry et compagnie ajoute quoi que ce soir au débat sur la réforme.

Ensuite, regardons du côté du Parti libéral. Advenant un échec relatif de la manifestation de samedi, la ministre Courchesne pourrait toujours tempérer ses ardeurs quant aux corrections qu'elle entend apporter au Renouveau pédagogique, mais j'en doute. Advenant cette fois un succès monstre de cette démonstration publique, la ministre serait également trop pragmatique pour imposer un moratoire. Ses propos à l'émission Les Francs-Tireurs étaient assez clairs à ce sujet. Elle gardera un profil bas et poursuivra son travail. Donc, zéro impact de ce côté.

C'est davantage du côté du Parti québécois que les choses déterminantes risquent d'arriver. La chef du PQ pourrait se braquer et se peinturer dans un coin, comme on dit. Plus logiquement, elle devrait défendre une réforme dont elle a été la mère tout en tenant compte des critiques qu'elle a récoltées. Celle-ci n'aura d'autre choix au fond que de souffler le chaud et le froid. Déjà, il est très révélateur que Mme Marois soit intervenue dans les médias pour défendre SA réforme tout en indiquant que des correctifs étaient nécessaires quant au redoublement, à l'évaluation et aux matières de base.

De façon plus générale, les libéraux prendront un vilain plaisir à lui rappeler son passage au MELS. De son côté, elle leur soulignera qu'ils n'ont rien fait depuis les années qu'ils sont au pouvoir. Les proréformes continueront à penser que tout va bien et que les antiréformes sont des rétrogrades. Les antiréformes continueront à croire que tout va mal et que les proréformes sont des illuminés...

Dans les faits, c'est lorsque la ministre Courchesne prendra position sur le rapport Ouellon concernant l'enseignement du français qu'on saura quelle direction se débat prendra d'ici peu. Le reste, c'est du divertissement, du triste divertissment de part et d'autre.

Les muffins au pot resurgissent!

Voilà du moins ma première réaction quand je lis cet article publié sur Cyberpresse!

Dans le cadre d'un débat sur la démocratie scolaire qui aura lieu les 20 et 21 février, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FSCQ), par le biais de son jovialiste président, André Caron, suggère que les CS soient plus puissantes et autonomes afin de susciter l'intérêt de la population à s'intéresser davantage à celles-ci. On se rappelera que le taux de participation aux dernières élections scolaires avait atteint un maigre 8%.

Cette proposition a de quoi faire réagir quand on sait que bien des gens proposent plutôt leur abolition pure et simple! On peut s'interroger aussi grandement sur le manque de sensibilité politique de la FCSQ. Demander plus quand le grand public considère ces institutions inefficaces et sclérosées. Il y a comme un décalage important.

Pour M. Caron, les citoyens ne s'intéresseront pas aux CS si celles-ci ne sont là que pour appliquer les décisions prises par le MELS : «Ce qu’on veut pouvoir faire, c’est, par exemple, pour un jeune qui ne peut pas faire d’éducation physique, ne pas avoir à demander la permission à la ministre de l’Éducation, mais pouvoir prendre la décision à notre niveau.» Gros enjeu qui suscitera les passions, on l'avouera.

Là ou la chose est plus croustillante, c'est lorsque la FCSQ propose de «déplafonner» le taux de la taxe scolaire (0,35$ par 100$ d'évaluation) pour permettre l'imposition d'un taux selon les services à offrir dans chaque milieu: «Les électeurs seraient alors plus nombreux à s’intéresser aux débats sur l’éducation ainsi qu’à l’administration scolaire. Les élus scolaires seraient alors davantage redevables envers les électeurs.»

Ah! la vilaine coquine! Un gouvernement provincial pourrait être intéressé par une telle mesure de taxation. Il refilerait ainsi l'odieux d'une augmentation à un autre partenaire gouvernemental et pourrait ensuite, par exemple, réduire son financement à celui-ci. Le ministre Fournier avait tenté une manoeuvre similaire quand les comptes de taxes municipales avaient connu une forte augmentation il y a deux ans, je crois.

Si l'on creuse davantage cette idée, on pourrait aussi assister, logiquement, à une baisse du taux de taxation et donc à une baisse des services offerts. Enfin, plus pernicieux encore, comme on sait que la demande de services est plus élevée dans les milieux socio-économiques défavorisé, ce sont eux qui seront nécessairement les plus taxés.

Commençons donc par placer la date des élections scolaires en même temps que celles des élections municipales. Ensuite, assurons-nous donc que les CS soient plus efficaces dans le traitement des dossiers dont elles ont déjà la responsabilité.

Un dernier commentaire en passant: les CS ont un rythme de gestion plutôt lent. Arrive u dossier et on parle en terme d'année scolaire. Arrive le mois de mai et on remet le tout en septembre. Arrive la fin novembre et on pare d'apès Noël.

Il y a des cultures d'entreprise parfois fortement enracinées.

28 janvier 2008

Les bibliothèques scolaires: on s'en tape! (ajout)

Ce matin, Le Devoir publiait un article portant sur le retour des bibliothécaires dans les écoles.

Eh bien, tout d'abord, n'ayons pas peur des mots: les bibliothèques, bien des décideurs scolaires considèrent que ça coûte trop cher! Et puis, offrez-leur le choix d'investir dans un laboratoire informatique ou dans des livres et vous verrez leur réaction. Comme le soulignait ce billet, il y a même des directions d'école qui ont fermé la leur parce que tout est maintenant disponible sur Internet, paraît-il. Il ne faut vraiment rien connaître au domaine de l'édition et aux livres pour faire un tel geste. Quelqu'un pourrait-il leur indiquer que ce ne sont pas tous les ouvrages littéraires ne sont pas disponibles sur la toile?

De toute façon, pour certains, une bibliothèque, c'est vieux, c'est silencieux, c'est passé de mode. Et puis, souvent ceux qui en veulent, ce sont les profs de français qui râlent parce qu'ils ont de vieux dictionnaires dans leur classe, dictionnaires dans lesquels on ne retrouve même pas le mot Internet! Tant pis pour ceux qui préconisent l'éveil aux livres et à la lecture! Tant pis pour ceux qui travaillent à ce que les enfants du Québec cessent d'être dans les derniers rangs quant on s'intéresse à la lecture!

En plus, le monde de l'éducation ne s'aide pas: les bibliothèques scolaires sont de belles vaches à lait pour les librairies des quartiers voisins. Il faut savoir que la loi interdit l'achat, par les écoles publiques, de livres dans des magasins à grande surface ou encore de livres dans un commerce qui n'est pas situé sur le territoire desservi par l'école. Le but de cette mesure: stimuler l'achat local et assurer aux librairies environnantes un certain nombre d'achats obligatoires. Vous m'excuserez, mais je ne crois pas que le budget du ministère de l'Éducation doive remédier à la minceur de celui de la Culture.

Dans un autre cas, un directeur m'a confié devoir refuser les dons de livres à son école. Il n'aurait pas le budget pour préparer et encoder ceux-ci comme le voudraient les normes de sa commission scolaire.

Quant aux bibliothécaires, elles aussi coûtent trop cher pour nos administrateurs. Pourquoi payer une universitaire quand une technicienne ou un agent de bureau classe XYZ peut faire la job de prêter un livre? Mieux encore, un parent bénévole! Là encore, on préfère mettre les sous ailleurs, question de priorité. Alors quand je lis dans La Presse que Québec veut former 20 bibliothécaires scolaires par année, je me demande qui va vouloir les embaucher et payer leur salaire.

D'ailleurs, il faudrait commencer à se demander ou ils vont les sous en éducation. Sûrement pas dans les bibliothéques scolaires, sûrement pas non plus dans les nouvelles technologies de communication puisque le Québec fait figure de parent pauvre au Canada.

Il existe des solutions pratiques comme jumeler les bibliothèques scolaires et municipales, mais celle-ci semble avoir un défaut: c'est une solution et elle est pratique.
Je joins à ce billet la déclaration de la CSQ à ce sujet (ici et ici).

25 janvier 2008

La bouillie des maths au secondaire

Je suis un prof de français. Alors, ce billet est peut-être dans le champ, incohérent, inexact, imprécis, peu fidèle à la réalité, approximatif...

Enfin, tout cela ne m'empêche pas d'écouter mes collègues de maths. Et ces derniers en râlent un coup ces temps-ci.

En quatrième et cinquième secondaire, les choses pour l'année prochaine ont la clarté d'une fuite de pétrole lourd. Il y aura trois séquences de cours, trois profils de cours de maths, très différents les uns des autres. Donc, l'équivalent de trois programmes distincts. Des programmes tellement distincts que les maisons d'édition devaient produire trois manuels différents. J'écris «devaient» parce que certaines ne l'auraient tout simplement pas fait parce que l'exercice n'est pas assez rentable étant donné les coûts de conception d'un manuel scolaire. Fractionnement de la clientèle. Pas assez d'élèves pour qui on achèterait le volume. Du moins, c'est ce qu'on m'a expliqué.

Plus compliqué encore, chaque séquence devrait mener à certains programmes collégiaux précis (sciences de la santé, par exemple). C'est donc dire que les petits enfants de troisième secondaire devraient immédiatement choisir une séquence de maths qui déterminerait leur choix de programme au cégep. Oui, oui, monsieur! Tout de suite! L'élève faible se ferait inévitablement inscrire dans la séquence pour les nuls (ce qui aurait été mon cas), mais celui qui réussit assez bien déciderait quoi?

Ne me parlez pas d'école orientante pour guider les élèves dans leur choix d'une future carrière. C'est une chimère dans bien des écoles. Chez nous, avec le PPO (projet personnel d'orientation), il s'agit d'un running gag quand on veut mentionner quelque chose dont tout le monde parle, mais dont on ignore l'existence formelle.

Plus rigolo, on ne sait pas encore quelle séquence on doit indiquer à un élève de prendre selon son choix de carrière, car les cégeps n'ont pas encore déterminé quelle séquence serait obligatoire pour l'admission aux différents programmes qu'ils offrent.

De plus, les écoles n'ont pas décidé si elles offriraient chacune les trois séquences prévues ou non. Elles attendent, entre autres, une décision des cégeps. Et on comprendra que, selon les séquences qu'elles offriraient, certains jeunes pourraient avoir à changer d'école et que certaines écoles pourraient trier subtilement leur clientèle...

On n'en sort définitivement pas. Et je vous rappelle que la réforme a vu son implantation retardée de deux ans au secondaire. Qu'est-ce que cela aurait été sinon?

En terminant, je vous le rappelle. Je suis un prof de français. Alors, ce billet est peut-être dans le champ, incohérent, inexact, imprécis, peu fidèle à la réalité, approximatif...

24 janvier 2008

Les études: qu'ossa donne?

A-t-on besoin d'en dire beaucoup plus: plus besoin de diplôme d'études secondaires pour être admis au cégep. Voilà ce que nous apprend Le Devoir et La Presse ce matin. En soi, le titre est vrai et faux à la fois. Vrai à condition qu'il ne manque que l'équivalent de six crédit à l'élève. Vrai puisque le jeune n'aura pas besoin d'avoir obtenu son DES pour être admis, mais faux puisqu'il lui faudra quand même l'avoir complété lors du premier trimestre s'il veut ne pas se faire foutre à la porte.

Évitons de ruer dans les brancards: je suis entré à l'université sans mon DEC. Il me manquait un cours que j'ai complété lors de ma première session universitaire. Et il s'agissait d'un cours de français! J'avais abandonné théâtre parce que je n'avais aucune mémoire pour ce qui est de retenir un texte. Sauf que je ne me sentais pas fier de cette erreur de parcours.

Il y aura toujours un échappatoire

Le premier problème que j'éprouve avec une telle mesure en est une de perception. Le message qu'on passe aux jeunes est qu'il y aura toujours un échappatoire. «Tu coules? Pas grave: on a prévu une façon de te tirer de là.» Pour certains qui n'ont pas la culture de l'effort, c'est encore une invitation à remettre à demain ce qu'ils auraient pu faire aujourd'hui.

Cette mesure permettra «d'élargir l'accessibilité des études collégiales», explique la responsable des communications de la Fédération des cégeps, Caroline Tessier. Élargir dans quel but? Rendre service à l'élève ou contrer une baisse de clientèle dans les cégeps?

Dans cette veine, une petite anecdote. Mon école a vu surgir un centre d'éducation aux adultes il y a quelques années non loin de son périmètre. Depuis ce temps, la phrase magique «Je vais le finir aux adultes, mon cours» est devenu le leitmotiv de plusieurs élèves.

Autrefois, ils fournissaient un effort supplémentaire ou on les orientait vers les adultes. Aujourd'hui, ils demandent à aller aux adultes dès la troisième secondaire avant même de donner le meilleur d'eux-mêmes. Et combien reviennent me voir en me disant qu'ils s'ennuient du secondaire et suggèrent à leurs amis de persévérer! Combien finalement obtiennent leur DES aux adultes alors qu'ils auraient pu le finir au secondaire?

Je ne dis pas que le secteur des adultes est une mauvaise chose, mais qu'il devienne aussi banal est un signal que quelque chose ne fonctionne pas dans notre société et dans notre réseau de l'éducation, réforme pas réforme.
De plus, on oublie de mentionner qu'il existe déjà des examens de reprise pour les élèves ayant connu des échecs au secondaire. Faut-il en rajouter?

L'illusion

Le deuxième, c'est qu'on vend de l'illusion aux jeunes. Comment un gamin qui n'a pas réussi son cours de français après cinq années d'études au secondaire pourra-t-il y parvenir en un trimestre alors qu'il devra aussi affronter une première session collégiale. Mystère? On est dans la pensée magique s'il l'on pense qu'ils suffit d'ouvrir les portes du cégep pour que tous puissent y réussir.

Dans le même ordre d'idées, combien d'élèves bénéficiant de cours de mise à niveau obtiennent finalement leur DEC? Je comprends bien qu'on veuille donner des chances aux jeunes, mais est-ce réaliste? Leur offre-t-on tout le support nécessaire à leur réussite?

Contrer une baisse de clientèle?

Le troisième élément qui m'embête est que cette mesure s'inscrit dans un plan plus global et sur lequel je m'interroge.

Ainsi, il sera dorénavant possible «d'admettre des jeunes qui ont passé plus de deux ans loin des banquettes de classes si l'établissement juge qu'ils possèdent «une formation et une expérience [...] suffisantes». Un tel principe existe dans certaines universités, c'est vrai.

De plus, un cégep pourra décerner un diplôme d'études collégiales sans mention. Il sera remis à un étudiant ayant cumulé des cours dans différents programmes». «C'est une mesure pour favoriser la réussite et la diplomation», explique Caroline Tessier. Favoriser la réussite et la diplomation, mais de quelle réussite parle-t-on et dans quel but?

Toute ces mesures me laissent un drôle de goût dans la bouche. Je ne suis pas contre la vertu. Mais je crains ses effets pervers. L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Et je me demande où l'on va avec tout cela. À force de vouloir raccrocher les raccrocheurs, dont les problèmes ne sont pas tous reliés à l'école, va-t-on inciter d'autres élèves à y aller plus mollo? Et quels services offrira-t-on à ceux qu'on dit vouloir raccrocher?

23 janvier 2008

Les exposés-z-oraux

Enseignants de français du monde entier, les exposés oraux sont les moments les plus jouissifs ou les plus ennuyants de notre boulot.

Garder l'oeil ouvert, lutter contre le sommeil alors que ce qui se passe devant nous incite au sommeil profond. Ne pas sourire quand l'élève voit le décor qu'il a malhabilement bricolé s'écrouler sur lui. Ne pas se réjouir quand il bute à un endroit précis, endroit dont on lui avait dit de se méfier ou d'éviter. Autant de moments qui font de nous de véritables professionnels.

Mais aussi s'émerveiller du génie de ces jeunes qui créent de toutes pièces des petits moments de magie. Apprécier leur intelligence quand ils nous démontrent qu'ils ont bien compris la tâche à réaliser et qu'ils la rendent de façon exceptionnelle, vivante, enjouée. Noter leur maîtrise de la langue, maîtrise dont ils ne font malheureusement pas toujours montre une fois le cours terminé. Autant de moments qui motivent encore à faire ce métier.

Un peu comme Safwan, je termine cette semaine la période d'évaluation des exposés oraux. Tout s'est bien déroulé dans l'ensemble. Aucun évanouissement, aucune crise d'hyperventilation, aucune échappée urinaire, aucune absence non motivée ou douteuse. La totale, quoi!

Ne riez pas: ce genre d'événement arrive. Il m'a déjà fallu réanimer un élève qui était tombé dans les pommes. Il m'a déjà fallu aussi trouver un petit sac brun pour un élève en crise. Pour l'incontinence passagère, je n'ai pas encore connu... et ne le souhaite pas non plus.

Cette année, un de mes groupes a eu à analyser le texte d'un poème ou d'une chanson. Lire un texte (poétique) et le comprendre. Mummmm... Faire des liens entre les mots, les temps de verbe, la ponctuation, le narrateur, les champs lexicaux, les figures de style. Un travail sérieux, rigoureux, exigeant.

Un autre a eu à analyser les personnages du roman Des souris et des hommes, de John Steinbeck. Description physique, psychologique, liens entre les personnages, valeurs, symboles, vocabulaire utilisé. Rien d'évident non plus. Quelques-uns ont lu le roman trois fois afin de recueillir toutes les informations nécessaires à leur exposé!

Certains s'en sont d'ailleurs plaint : «C'est trop difficile! On peut pas faire ça sur mon animal favori ou sur un film?» J'ai écouté leurs doléances et les ai renvoyés à leur travail. D'accord, j'ai un peu triché en leur offrant de la maxi-récupération le matin, le midi et le soir. Il s'agit d'un travail de fou, aussi bien les accompagner avec ce que je suis déjà comme perturbé mental.

Et certains m'ont livré des exposés géniaux dont ils ont raison d'être fiers. Ainsi, on a assisté à l'enterrement de Saint-Denys-Garneau, à Passe-Partout expliquant un poème de Rimbaud et à un de mes cours de français ou les élèves ont pastiché devant la classe votre humble scripteur. Inutile de dire qu'ils s'en sont donné à coeur joie avec tous mes tics et mes manies! Bref, des petits moments de bonheur!

Ce qui est regrettable cependant, c'est qu'on enseigne véritablement peu l'oral en français de cinquième secondaire. La qualité de la langue écrite est si mauvaise qu'on met beaucoup d'énergie sur la grammaire et l'écriture. Si on ne le faisait pas, les élèves nous en voudraient en fin d'année, une fois leur examen du MELS échoué...

On fait donc des exposés, mais combien de temps prend-on pour expliquer aux élèves leurs qualités et leurs défauts quand ils s'expriment ainsi devant un groupe? Combien de temps leur parle-t-on de prosodie, de maintien, de regard? Combien de temps consacre-t-on à l'utilisation efficace des moyens de communication audiovisuels, à ne pas décrocher d'un personnage, par exemple? Peu.

Cette année, comme j'ai un groupe que je conserverai pour deux ans, je prends plus de temps avec eux. Je commente, on échange. Je vais possiblement les filmer pour qu'ils puissent s'observer pour la prochaine année.

Mais chose certaine, l'expérience des oraux, qui est parfois pénible, s'est avérée agréable. Certaines équipes ont su conjuguer intelligence et audauce. Le prof est content. Les élèves le savent.

22 janvier 2008

CS des Hautes-Rivières: vers un même but, vraiment?

C'est joli comme slogan. On parle d'action, d'unité, de solidarité dans un objectif commun. Ce slogan, c'est celui de la CS des Hautes-Rivières.

La question est : quel est ce but? En effet, on peut se questionner raisonnablement sur sa véracité si on lit l'article paru dans Le Devoir hier. Faire un virage à 360° de la sorte manque de crédibilté pédagogique et sent l'improvisation budgétaire à plein nez.

Aujourd'hui, un article du Journal de Montréal nous en apprend un peu plus.
  • La CS des Hautes-Rivières a un taux de décrochage scolaire de 30%.
  • Elle a connu un taux de décroissance de 10% de sa clientèle en quatre ans.
  • Elle fait face à un déficit de 2 millions $.
  • 55 postes d'enseignants qui sont remis en question.
  • 41 groupes de cheminement particulier temporaire au secondaire risquent de fermer.
  • 10 classes spécialisées au primaire pourraient disparaître.
  • Au secondaire 700 sur 8 8232 pourraient être touchés directement par ces compressions.
  • Au primaire, 150 élèves seraient aussi touchés.
Un discours rassurant et épeurant

«On a essayé de maintenir l'offre de service jusqu'à maintenant, mais dans de telles conditions, on n'a pas le choix de s'adapter», affirme Claude Boivin, directrice générale de la CS.

«C'est possible d'avoir moins d'enseignants sans diminuer la qualité des services aux élèves», assure la présidente du comité consultatif des services aux élèves handicapés et en difficulté d'adaptation et d'apprentissage, Nathalie Drolet.

L'article du Devoir d'hier prévoyait déjà un exemple de scénario pour l'année prochaine: «La direction jongle donc avec d'autres modèles d'intégration en classes ordinaires, par exemple en regroupant les élèves en difficulté dans de petits groupes uniquement pour les cours de français et de mathématiques.»

Les autres matières, on le sait, sont sans importance... Elles sont des passe-temps, des foutoirs où il n'est pas nécessaire d'accompagner les élèves présentant des difficultés d'apprentissage parce qu'on n'y apprend rien, j'imagine. Pourtant, avec la réforme, le nombre de cours nécessaires à l'obtention du DES a augmenté.

Et puis, «s'adapter», ça ne concerne que quelques élèves poqués et les enseignants. Des pauvres, des paumés, des pestiférés. Aussi bien dire personne.

Des questions sur la gestion de cette CS

Devant une situation semblable, plusieurs interrogations me viennent à l'esprit:
  • Quelles mesures ont déjà été mises de l'avant avant d'en arriver aux compressions décidées par la CS?
  • Cette baisse de clientèle était prévisible. Qu'a fait la CS pour minimiser ses impacts sur son budget depuis quatre ans?
  • La CS a-t-elle un plan précis et efficace en matière de décrochage?
  • La CS a-t-elle déjà fait des demandes supplémentaires de budget auprès du MELS?
  • Peut-on rationaliser les dépenses ailleurs qu'en coupant ces programmes?
  • La CS a-t-elle fait une véritable analyse de la qualité des services donnés auprès des élèves en difficulté?
  • Près de 850 élèves seront déstabilisés dans leurs apprentissages. Combien devront changer d'école pour retourner dans leur secteur d'appartenance d'origine?
  • Grosso modo, ce sera deux élèves par classe qui seront intégrés au secteur régulier. A-t-on analysé les impacts de ce changement sur les élèves déplacés, les élèves accueillants et les enseignants? Dans certains cas, ce bouleversement pourrait compromettre tout leur cheminement personnel et scolaire. Des liens avec des amis et des profs seront brisés.
  • Arrivera-t-on à présenter et à adopter un projet satisfaisant avant l'attribution des tâches?

Manifestement ici, on a affaire à une décision budgétaire prise rapidement et dont toute la CS n'aura pas fini de se ressentir.

Si les enseignants sont déjà montés au front, il reste à espérer que les parents se réveilleront et se plaindront de cette forme de gestion. Un tel changement, effectué de façon aussi sauvage pour les élèves et les enseignants, transpire le mépris et la suffisance :«On est les patrons, on décide. Un même but: le nôtre.»

Comme gestionnaire, les décideurs de la CS des Hautes-Rivières ne peuvent arriver avec une telle solution aussi radicale sans avoir exploré, de façon transparente et avec tous les partenaires de cet organisme, des pistes de solutions efficaces.

Du côté du MELS, la réaction est décevante , quant à moi. Jean-Pascal Bernier, l'attaché politique de la ministre Courchesne, indique que celle-ci a fait des vérifications auprès de la CS et souhaite que la décision finale soit prise par le conseil de commissaires «dans l'intérêt des élèves, au cas par cas».

L'intérêt des élèves? Les commissaires? Dans certains cas, laissez-moi douter.